Top 14 – « Crèmes catalanes » : long entretien exclusif avec Franck Azéma, Patrick Arlettaz et David Marty

Réunis début mai pour un long moment d’échanges, Franck Azéma, Patrick Arlettaz et David Marty discutent du concept de catalanité, d’entraînement, de l’évolution et l’ouverture de l’Usap, de l’équipe de France et même d’Antoine Dupont. Morceaux choisis.

C’est quoi, être Catalan ?

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Franck Azéma : moi, je ne suis pas né à Perpignan (il est né à Ambilly, en Haute-Savoie, NDLR). Ce que j’en sais, je l’ai imprégné de ma vie ici : l’environnement, la géographie, l’histoire. C’est une éternelle transmission.

Patrick Arlettaz : il y a plusieurs parties. La plus évidente, celle qui me rend fier aujourd’hui avec la belle saison de l’Usap, c’est l’envie de légitimité, de savoir qui on est et de le montrer. Les Catalans ont une histoire chahutée, entre la France et l’Espagne. Le rugby est une partie importante pour prouver à tout le monde qui on est, qu’on existe et qu’on a des qualités. Il y a ce sentiment en nous de devoir prouver, d’exister et de montrer toutes les qualités qu’on peut avoir ici, sur ces terres de Catalogne. C’est un endroit bercé par le vent, avec peu d’industrie, peu de pognon mais qui revendique d’autres qualités. On se resserre, entre nous, pour le prouver à la France entière.

David, quand vous étiez joueur, aviez-vous ce sentiment, celui de devoir prouver ?

David Marty : moi, je n’ai pas beaucoup bougé d’ici (il sourit). C’est compliqué de se comparer aux autres. Il faudrait demander aux gens de l’extérieur.

Et de l’intérieur ?

Marty : on a ce ressenti d’appartenance qui est fort. Une identité qui te rend responsable parce que tu ne représentes pas seulement une équipe : tu représentes un territoire, une histoire, une identité. Ce n’est pas vrai seulement ici, je pense aussi à la Corse, avec des choses différentes.

Quand l’Usap est descendue en 2014, le club avait beaucoup communiqué sur la notion de « reconquête ». Franck, vous étiez à Clermont et, de l’extérieur, vous nous aviez alors dit que ce serait fondateur, parce que c’était fidèle à l’identité catalane…

Azéma : Patrick l’a dit, il y a toujours ce sentiment que tu es le plus petit. C’est une réalité, en termes de territoire. Cela t’oblige à prouver constamment. Et tu t’appuies sur des choses nobles : la combativité, la vaillance. Longtemps, l’Usap a été cataloguée dans ce registre là. L’évolution de notre sport a fait que les choses ont évolué, qu’elles se sont nuancées. Ce n’est pas vrai seulement dans le rugby, je vois aussi cette évolution dans la vie de tous les jours : nous restons fiers de notre identité mais nous sommes aussi capables de nous ouvrir à d’autres choses. Cette ouverture, c’est désormais un atout.

Le « seul contre tous », c’est un levier éternel de management…

Arlettaz : notre caractéristique principale veut que ce levier est déjà très présent, naturellement. On vous le rappelle tout le temps, cela revient sans arrêt quand vous vous promenez dans la rue. Le sentiment du « seul contre tous », il n’y a pas à le créer : il suffit de jouer dessus, sans forcément l’exacerber. Dès lors, la bonne question pour l’Usap est la suivante : ce levier, je l’actionne à quel service ? Dans quel but ? Vers quel objectif ? En Catalogne, la première chose qu’on reconnaît, c’est ce dont a parlé Franck : l’abnégation, la vaillance, ce que vous mettez de vous-même sur le terrain. Beaucoup plus que le talent, c’est la qualité première et il faut être intransigeant à ce sujet. Sinon, les gens ne vous le pardonnent pas. Mais cela ne peut pas s’arrêter là, ce n’est pas la finalité. Il y a la deuxième vague : en Catalogne comme ailleurs, on peut s’ouvrir à d’autres choses.

Justement, il y a l’identité du club mais aussi celle des joueurs, qui dans la grande majorité ne sont pas Catalans. Faut-il les imprégner de ces valeurs particulières, ou est-ce finalement un sujet qui les touche peu ?

Marty : tout cela se fait assez naturellement et rapidement mais il y a un processus. Cette saison, par exemple, nous avons fait des choix sur les premiers matchs et on s’est peut-être trompés : des nouveaux joueurs venaient d’arriver et on en a mis un certain nombre sur les premières feuilles de matchs, très tôt dans la saison. Peut-être que cette pression, celle de notre identité a mis trop d’attentes sur ces nouveaux venus. Ils avaient envie d’en être mais ça ne se fait pas d’un coup de baguette magique. Il faut discuter avec les gens, aller au stade, au marché, entendre leurs attentes quand tout va bien et surtout quand ça ne va pas. C’est un travail d’assimilation.

Cette exigence aurait un effet parfois néfaste ?

Marty : on parle des Catalans comme d’une généralité, une particularité mais c’est très réducteur. Quand je vais à Paris, je ne me sens pas si différent. C’est plutôt une image qu’ont les gens de l’extérieur. Ils peuvent croire qu’on est parfois limités, renfermés mais je sais qu’on est aussi capables de faire différemment, de s’ouvrir. La seule chose spécifique, Patrick l’a dite : la priorité, c’est le combat. C’est ce que les nouveaux joueurs ont parfois du mal à comprendre, quand ils arrivent. La priorité, c’est l’état d’esprit et le combat. Là-dessus, tu peux greffer le reste. Ici, ça marche dans cet ordre-là.

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La saison de l’Usap montre cette démarche : du combat, oui mais pas seulement, bien loin du cliché d’une équipe qui sécurise son maintien sur le triptyque défense-conquête-occupation.

Azéma : on réfléchit parfois trop par couches, dans ce milieu de l’entraînement. « On va faire X, puis Y et quand on les maîtrisera, on fera l’étape Z ». Moi, je vois le projet de jeu comme un tout. Il faut mener tous les chantiers de front. L’héritage du combat est ici ancestral, mais l’héritage du jeu existe aussi. Depuis quelques années, une idée de rugby de mouvement a été impulsée.

Quand la pression du maintien se fait sentir, ce n’est pas une démarche aisée.

Azéma : la nature humaine vous dit : « quand c’est dur, tu fermes le robinet ». Je crois à l’inverse : si tu fermes le robinet, tu deviens facile à lire et à défendre. Tu deviens une proie. Je crois pourtant qu’il faut rester un prédateur, résister à cette envie de mise en sécurité pour continuer de proposer, de provoquer. Le défi, pour l’entraîneur, c’est que tous les joueurs adhèrent à ça. Ce qui n’empêche pas le combat.

Arlettaz : on parlait d’assimilation : j’ai regardé la victoire de l’Usap à Montpellier (entretien réalisé début mai) et j’ai vu les interviews de fin de match, celles de Louis Dupichot et Kélian Galletier. Kélian est pourtant Montpelliérain, Louis est Parisien, mais je les ai vus en larmes à la fin du match. J’ai su qu’ils avaient compris, qu’ils avaient adopté ce projet et cette culture. Ils comprenaient tout ce qu’elle signifiait, l’espoir que l’Usap peut donner aux gens, ce que cela revêt d’importance dans leurs vies.

Ce rugby positif, dynamique, est-ce la grande force de cette saison à l’Usap ?

Azéma : cela fait quelques années que ça dure. Patrick pensait déjà comme ça. Jacques (Brunel), quand il est arrivé, avait fait évoluer tout le club dans ce sens-là.

Marty : c’est la première chose qu’avait dite Jacques à son arrivée : « Je connais les bases de combat et la culture locale pour ce jeu, mais il faut qu’on évolue. » Il nous avait tournés vers la discipline, l’ambition, plein de choses qui nous manquaient pour gagner des titres.

Azéma : ce qui nous a rassemblés cette année, c’est l’identité de jeu. C’est notre vecteur commun. On a fixé notre défense, notre conquête, ce qui nous a permis d’amener tout le reste.

Jacques Brunel semble avoir laissé une empreinte durable sur le club.

Azéma : déjà, il n’habite pas loin (il sourit).

Marty : il nous a fait gagner un Bouclier, quand même !

Arlettaz : il n’y avait pas eu de titre ici depuis 54 ans. On avait perdu l’habitude. Il y avait eu de belles saisons mais sans titre au bout. Jacques a prouvé que dans ce rugby moderne, l’Usap pouvait encore gagner. Pour les mentalités, ce fut très important.

Que gardez-vous de son passage ici ?

Azéma : Jacques sortait de huit ans avec l’équipe de France et il est arrivé avec son aura immense. Ce n’est pas rien : ça impacte les arbitres, la population et tout l’environnement du club. Ensuite, il a amené son ouverture d’esprit. Comment faire évoluer dans le bon sens notre point fort naturel ? Comment ne pas être seulement une équipe qui combat mais devenir une équipe qui crée, joue, maîtrise ses fondamentaux et sa discipline, adapte ses choix aux situations ? Ce sont ses qualités d’homme qui lui ont permis de nous faire évoluer dans le bon sens.

Arlettaz : notre mentalité est construite autour du combat. Les gens vous confrontent à ça, ne vous parlent que de ça. Le combat, la conquête et c’est seulement quand il y aura 35-3 que tu auras le droit de jouer, d’oser. Il fallait faire changer cette mentalité et Jacques a été un pionnier sur notre territoire, le premier à s’attaquer à ce problème. Faire comprendre aux gens qu’il y a plusieurs façons d’être menaçant, que le combat pouvait être au service d’une autre menace perpétuelle, celle à la main. Notre courage, notre vaillance, nos valeurs humaines ne sont plus nos seules armes. Ce changement de mentalité, il commence avec Jacques.

Les trois hommes se connaissent parfaitement. Midi Olympique – Patrick Derewiany

Franck, votre héritage direct est celui de Patrick, qui vous précédait dans ce rôle d’entraîneur en chef. Vous êtes-vous appelés au moment de la passation ? Vous êtes-vous rencontrés ?

Azéma : Patrick, montre-lui le message que je t’ai envoyé après la victoire à Montpellier ! Il y a tout dedans, de ce que je pense au sujet de ton héritage.

Arlettaz : non, non, ça reste entre nous. Mais, avec Franck, on se connaît assez et on s’apprécie assez pour ne pas attendre un événement pour s’appeler.

L’été dernier, il n’y a pas de moment identifié, de passation formelle ?

Arlettaz : je vais répondre là-dessus, parce que je veux vraiment que ce soit clair et net pour tout le monde. Quand j’ai choisi de partir, de quitter l’Usap, j’avais un souhait très fort : que ce soit Franck qui prenne la suite. Je l’ai dit à tout le monde et je le redis ici. C’était lui et personne d’autre. Il connaissait le staff, le club. Moi, je connais très bien ses belles qualités humaines, aussi celles de manager. L’Usap ne pouvait pas se permettre de repartir de 0, mais elle avait besoin d’évoluer. Son CV, sa présence allaient imposer d’avoir plus de moyens pour l’accompagner. C’était le seul à pouvoir le faire. Il avait l’intelligence de pouvoir continuer ce qui était en cours et de le rendre meilleur.

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Azéma : coupez ! C’est beaucoup trop d’hommages.

Arlettaz : (il coupe) non, je vais au bout. La chance qu’on a eue ici, c’est que Franck ait accepté de venir. Je le pense sincèrement. Il rend l’Usap plus performante, sans gommer ce qui a été fait avant. Je ne l’ai donc pas appelé pour lui dire : « fais comme-ci, fais comme-ça ». Il savait ce qui était déjà fait et ce qu’il fallait faire. À ses côtés, il conservait « Zaza » (Marty, NDLR), un excellent entraîneur et quelqu’un très important dans la construction dans notre jeu.

Azéma : c’est gentil de dire tout ça.

Arlettaz : je le pense, Franck. Tu le sais.

Azéma : la présence de Zaza est aussi importante pour la continuité. Si j’ai une interrogation, que je le questionne ou que je questionne Patrick, je vais avoir la même réponse. Chaque semaine, on répète à tous les joueurs que l’histoire a commencé il y a trois ou quatre ans. Nous écrivons juste une page supplémentaire.

Un nouvel entraîneur mais pas de rupture, ce n’est pas commun.

Azéma : un de nos piliers importants, c’est le jeu. Qui met en place le jeu de l’Usap ? C’est Zaza Marty. A partir de là, tout était facile pour moi, à mon arrivée.

Quand l’Usap vous a contacté, vous étiez dans un projet bien lancé à Toulon, dans un club qui dispose de moyens plus importants. Cela vous a fait hésiter ?

Azéma : il y avait des raisons personnelles, importantes pour moi, qui me poussaient à revenir ici. Et puis, je l’ai dit, je ne suis pas né en Catalogne mais j’ai toujours vécu ici. J’ai joué mes premiers matchs ici. J’ai une histoire avec ce territoire. Dans le contexte où je suis arrivé, tout me paraissait évident avec les gens déjà en place.

Le sentiment de ne pas basculer dans l’inconnue vous a-t-il conforté ?

Azéma : l’inconnue, je l’avais vécue à Toulon où ça s’était pourtant très bien passé. Mais au début, je ne connaissais personne. Je me demandais où je mettais les pieds. Ici, je connaissais tout le monde. La première personne que je suis allé voir, c’est Zaza, pour savoir ce qu’on pouvait faire évoluer. C’était facile. C’était un rapprochement pour ma famille, aussi.

Pas d’hésitation, donc ?

Azéma : paradoxalement, la personne qui m’a le plus aidé dans ma décision, c’est Bernard Lemaître (président de Toulon). Je lui ai expliqué ma situation et il m’a immédiatement répondu : « Franck, il n’y a pas de doute. Tu dois le faire. » Bernard avait compris le sens de mon histoire. Ce comportement est grand, parce qu’il est rare.

Vous avez connu Toulon, aussi Clermont, deux publics forts. L’engouement à Perpignan est-il si particulier ?

Azéma : on revient sur le fait d’être Catalan. Ce que ressentent les joueurs, les supporters le ressentent aussi. Ils sont imprégnés de ce club et toute la semaine, on sait qu’ils préparent eux aussi le match du week-end ! Tout est exacerbé, dans les deux sens. La démesure est aussi dans la critique, la pression, la déception. Si tu n’acceptes pas cela, il ne faut pas venir jouer ici. Mais si tu l’acceptes, cela t’aidera à te transcender, te dépasser, aller chercher des choses profondes et insoupçonnées en toi.

Franck Azéma est désormais le manager de l’Usap, Patrick Arlettaz l’était la saison dernière. Midi Olympique – Patrick Derewiany

Cette identité culturelle, cette forme de démesure, on les amène avec soi à Marcoussis, où l’équipe de France réclame une certaine forme de maturité ?

Arlettaz : Zaza, tu commences !

Marty : quand j’étais en équipe de France, il y avait toujours d’autres Catalans à mes côtés. Jo (Maso) était là, Jean Dunyach aussi (vice-président de la FFR). Chez les joueurs, il y avait Nicolas Mas, ensuite il y a eu Guilhem (Guirado), maintenant Patrick avec Laurent Sempéré et Cédric Cassou (kiné de l’équipe de France). Mais le ressenti était différent. Ce n’est pas comparable.

Pourquoi ?

Marty : si tu veux exister en équipe de France, il faut te fondre dans l’aventure. Cela ne veut pas dire que tu te renies, mais tu t’adaptes.

Patrick, est-ce pareil pour un entraîneur ?

Arlettaz : il y a deux choses différentes. Le projet, le jeu, c’est au-dessus. Mais quand Fabien m’a appelé pour être entraîneur, c’était pour venir avec toutes mes caractéristiques. C’est comme ça que je l’imagine. Comme pour Zaza, qui était appelé pour ses qualités de puncheur et de courage. En tant qu’entraîneur, je l’appréhende de la même façon. Le projet France et l’ampleur du public que vous avez en face donnent d’autres obligations mais le fond reste le même. Je ne crois pas avoir changé et ils ne m’ont pas demandé de le faire. Tant mieux : j’ai mon caractère, mon phrasé, ma façon d’être. Je ne sais pas faire autrement.

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Quelles sont ces obligations ?

Marty : la plus grosse différence, c’est le médiatique. La pression. Tout est exponentiel. Ici, en club, on sait le contrôler. Les médias, ce sont France Bleu ou L’Indépendant, c’est comme une famille. Là-bas, à Marcoussis, tu ne contrôles plus rien.
Arlettaz : c’est exactement ça, plein de choses sont similaires mais la pression est différente, exacerbée. Tout est décuplé. Je suis bien placé pour en parler, avec le premier match que j’ai connu face à l’Irlande… (il sourit) Derrière ça, les réflexes restent pourtant les mêmes. Quand tous ces sujets de médiatisation sont évacués, vous vous retrouvez avec un groupe de joueurs auxquels vous parlez de rugby, de valeurs, d’évolutions et d’améliorations. Les leviers sont les mêmes, c’est juste l’ampleur qui change.

Cette ampleur, cette médiatisation et ses enjeux financiers, tout cela change-t-il aussi les rapports humains ?

Marty : ça a une incidence, oui, il faut le dire. Les joueurs sont plus exposés, les entraîneurs aussi et cela peut influencer les choses, les comportements, les hommes. Il ne faut pas se le cacher et quand on entraîne, il faut le prendre en compte. Après, certains savent le gérer. On parle beaucoup d’Antoine Dupont, partout, tout le temps, mais je vois comment il gère tout cela et il m’impressionne. Son comportement avec les autres est exceptionnel. Certains auraient eu plus de mal à le gérer, se seraient enflammés pour beaucoup moins.

En club aussi, l’arrivée de l’argent et de la médiatisation a fait évoluer les rapports ?

Azéma : bien sûr. Il y a désormais beaucoup d’argent autour du rugby. Le marketing, la communication, les réseaux sociaux… Mais quand tu es dans le dur, la réalité se resserre sur trois éléments : le terrain, le ballon et les joueurs. Et tout le monde ne réagit pas pareil. Je vois Patrick, comment il se comporte en tribunes avec l’équipe de France. Il n’est pas vraiment empaillé ! Il est naturel et c’est tant mieux. Ça fait du bien à tout le monde.

Arlettaz : l’essence de la réussite reste la même, Franck vient de le dire : le terrain, le ballon et les joueurs. La multiplicité des sollicitations a un peu brouillé cet idéal, mais tous les entraîneurs qui réussissent sont ceux qui maintiennent la sphère de compétition comme une zone d’efforts. Il y a des alentours plus individuels mais dans ce cercle, celui de la performance, le joueur n’est qu’un parmi d’autres. Pour réussir, il faudra faire un tout. On parle d’Antoine Dupont et sa plus grande réussite est celle-là : il sait faire le tri entre son hyper médiatisation et le moment où il enfile le maillot. Il sait alors se concentrer sur l’essentiel de son sport.
Marty : tu nous donnes de bonnes indications, pour quand il va signer à l’Usap ! (rires)

D’ailleurs, Patrick, vous n’avez toujours pas entraîné Antoine Dupont…

Arlettaz : je l’ai seulement croisé une ou deux fois, mais je ne l’ai pas encore eu à l’entraînement. De ce que j’en vois, de l’extérieur, je n’ai pas de doutes sur son intelligence pour gérer à la fois le rugby et l’extra rugby.

Marty : y’a pas trop de doutes non plus qu’avec lui, tu vas gagner plus de matchs ! (ils éclatent de rire)

Arlettaz : ça, je vais attendre avant de me prononcer.

On parle beaucoup du projet de jeu des Bleus : la dépossession, de possession, de re-possession…

Arlettaz : (il coupe) et voilà cette question qui revient, encore et toujours…

Prenons de la hauteur : Ugo Mola parlait récemment d’une tendance mondiale des arbitres à récompenser à nouveau la possession. Quelle est la part de vérité dans ces tendances, ces cycles et comment ils influent sur les projets de jeu ?

Azéma : les Sud-Africains viennent d’être champions du monde sans trop tenir le ballon, non ?

Exact.

Azéma : je provoque. Il y a des influences, bien sûr. Ce qui se décide à World rugby est coopté, ça fait ensuite buvard chez les arbitres. En début d’année, on est prévenus qu’il y aura un focus mis sur certaines zones, certaines situations. On est obligés de le prendre en compte. C’est pour cela que ton rugby doit être équilibré.

Toulouse est champion de France en faisant bouger le ballon, La Rochelle a été championne d’Europe en le déplaçant beaucoup moins. Ce qui brouille les pistes…

Azéma : regardez attentivement tous les titres de Toulouse, toutes les finales. Vous verrez le nombre conséquent et la qualité de l’utilisation du jeu au pied.

Ils cherchent et trouvent d’autres solutions, aussi.

Marty : ils trouvent d’abord du gros combat. Ensuite, ils trouvent surtout Dupont et Ntamack ! Moi aussi, je provoque. Mais retournez le problème comme vous le voulez, parlez d’équilibre, de conquête, de jeu, de mouvement si vous voulez. Il reste une vérité : dans les grands matchs, de temps en temps, il faut un grand joueur qui fait un grand truc.

https://www.rugbyrama.fr/2024/06/12/top-14-cremes-catalanes-long-entretien-exclusif-avec-franck-azema-patrick-arlettaz-et-david-marty-12009438.php

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