Champions Cup – Reportage. Le récit de la fête toulousaine : de Londres à Toulouse, la piste aux (six) étoiles

Au soir de la demi-finale, l’idée avait été lancée d’accompagner les Toulousains dans leur intimité lors de cette finale majuscule ; laquelle a reçu un accueil positif des dirigeants. c’est ainsi qu’en préambule, Midi Olympique a choisi de vous raconter l’intense bonheur d’une équipe encore une fois titrée, jusqu’à son retour triomphal dans la ville rose.

Le vol ramenant joueurs et staff toulousains, au début de la nuit de samedi à dimanche, n’avaient pas effectué la moitié de son trajet que les passagers avants de l’appareil se sont soudainement mis à brailler : « On s’était dit rendez-vous dans dix ans. » La chanson signature de Patrick Bruel, laquelle colle tellement à la réalité d’une institution décidément à part : les genérations passent, les titres restent. Quelques heures plus tôt, la « bande à Dupont » avait remporté sa deuxième Champions Cup, après celle de 2021, la sixième étoile d’un club qui a dominé le Leinster sur le terrain du Tottenham Hotspur Stadium et a désormais largué le (trop longtemps) bourreau de sa légende moderne dans le palmarès de la compétition. Désolé pour Bruel mais les hommes d’Ugo Mola ont choisi de ne pas attendre une décennie pour prendre rencard avec leur gloire. « C’est incroyable ce qui nous arrive depuis 2019, nous confiait Cyril Baille. Je ne sais même pas si on s’en rend compte. Cette Champions Cup, on se l’était mise dans le crâne mais on en veut toujours plus. »

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Référence aussi aux trois Boucliers de Brennus sur les quatre dernières éditions de Top 14. Mais, avant de basculer sur les prochaines pages du grand roman de leur histoire, voilà qui valait bien une célébration à la juste démesure d’une immense équipe. Alban Placines, blessé au genou en février dernier et qui était arrivé le matin du match à Londres comme tous les joueurs hors groupe et les familles, rigolait des festivités aériennes : « Dans l’avion, c’est toujours deux ambiances. Devant, c’est musique française. Derrière, c’est musique Joe Tekori. » L’ancien deuxième ligne samoan, dont l’idée de génie de le garder à l’intendance à l’issue de sa carrière de joueur, a permis de conserver son influence et son pouvoir fédérateur dans le vestiaire. à la fois grand frère et « DJ », il s’est vite mué en maître de cérémonie. Rien à voir avec le festival de Cannes…

Mola dans le bain, Willis déchaîné

La folie, celle observée sur la pelouse londonienne pendant les cent minutes d’une finale haletante, a trouvé son prolongement dans les entrailles de l’enceinte après la remise du trophée. Là où, fidèles à leurs habitudes (c’est l’autre avantage d’avoir l’expérience des titres !), les Stadistes ont enfilé leurs désormais traditionnels masques de ski. Effets garantis pour les photos et yeux protégés pour le champagne ! Le climat est rapidement devenu euphorique et électrique, à l’image d’un groupe à qui rien ni personne ne résiste. Jusqu’à envoyer le manager Ugo Mola, qui pousse constamment ses hommes à la limite du raisonnable, plonger dans le bain. Furie, quand tu les tiens… Et, comme sur le terrain face aux ogres irlandais, Jack Willis s’est révélé encore décisif dans l’énième mi-temps du jour.

Les Toulousains ont fêté le titre dès les vestiaires Midi Olympique

Déchaîné, après un passage par les vestiaires XXL de NFL (football américain) des lieux qui ont ébahi les joueurs, le spécialiste des rucks a chauffé sans cesse les esprits de ses partenaires, et plus tard ceux du personnel navigant quand il s’est levé au décollage – après que le commandant de bord avait annoncé un bienvenu « bravo Stade toulousain » dans les micros – ou quand il a répété quelques appels d’urgence. Des facéties bien sûr accueillies avec la légèreté qu’elles méritaient. Et c’est au son du « Freed From Desire » de Gala qu’ils ont entamé leur première chorégraphie à l’instant où Piula Faasalele distribuait les « casquettes six étoiles ». Puis, c’est à celui de Vegedream et son fameux « Ramenez la coupe à la maison » qu’ils ont pénétré dans leur bus, vêtus de leurs polos griffés d’un « Tolosa is 6 times champion »(traduire : Toulouse est 6 fois champion), en direction de l’aéroport de Luton, justement pour ramener la coupe à la maison.

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Célébrations organisées dans l’urgence

En coulisses, il fallait pour les dirigeants gérer dans l’urgence le changement de programme pour le dimanche. Jusque-là, il avait été décidé -en collaboration avec les collectivités locales- qu’il n’y aurait pas de célébrations publiques, même en cas de victoire. Mais, quelques minutes après le coup de sifflet final, la mairie de Toulouse a souhaité revoir ses plans en organisant une présentation du trophée sur la place du Capitole en fin d’après-midi. Il faut dire qu’elle était archi bondée la veille, où des dizaines de milliers de supporters ont assisté au match. Des images que les joueurs ont d’ailleurs passées en boucle sur leur téléphone samedi soir, impressionnés par un tel soutien populaire. Le président Didier Lacroix a donc improvisé un conciliabule avec certains décideurs pour gérer l’ensemble des festivités.

De Londres à Toulouse, la piste aux (six) étoiles Icon Sport – Icon Sport

Et le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, présent à Londres puis dans l’avion des joueurs au retour, de se réjouir : « Comment ne pas être heureux après une telle victoire ? Cela m’a rappelé la finale de Top 14 contre La Rochelle l’an dernier, notamment au niveau du suspense. C’est fabuleux de pouvoir partager ce bonheur avec les Toulousains. » Un bonheur absolu que rien, absolument rien, ne devait altérer. Pas même les (très) nombreuses traces laissées par le combat acharné livré face au Leinster : Emmanuel Meafou, peut-être victime d’une déchirure à un ischio et dont la fin de saison pourrait être compromise ; Pita Ahki, lui aussi touché au niveau des adducteurs ; Joshua Brennan, sorti sur commotion; Julien Marchand, qui avait cru entendre sa cheville craquer mais dont les nouvelles étaient rassurantes ensuite. « Non, ça va très bien là », nous glissait-il avec un large sourire dans la nuit.

Ramos, « sauveur » de Tekori

Ce sourire était aussi scotché sur le visage de tous les autres blessés, reflet de la belle humeur qui s’avérait contagieuse, jusqu’à provoquer quelques fous rires quand les analystes vidéo repassaient sur l’ordinateur les images de la « percussion » évidemment involontaire en première période de Romain Ntamack sur « Lulu », l’historique chauffeur du bus stadiste alors debout à côté du banc de touche. Sans conséquence, fort heureusement… La fête s’est logiquement poursuivie du côté de l’aéroport, avec tout de même une retenue et un respect qu’il s’agit de souligner. Et la plupart des joueurs en ont même profité pour braver les interdits et s’offrir friandises et chocolats pour le vol. Thomas Ramos – dont l’ombre de la soirée a résidé en la défaite de l’équipe de football de Lyon, dont il est supporter, en finale de Coupe de France contre le PSG- a alors interpellé Juan Cruz Mallia en se marrant : « Oh Juanchi, pas le droit ! » Et l’Argentin de répondre : « On avait dit : pas le droit jusqu’à la finale. Maintenant, on est champions, donc on peut cette fois ! » Et de pouruivre en rigolant : « Après, plus le droit jusqu’à la finale de Top 14. » Ramos, décidément l’ange gardien des Toulousains puisqu’il a également « sauvé » Tekori, l’ambianceur attitré – encore accompagné de son poteau de coin comme après chaque titre toulousain – subitement en panne de son… Jusqu’à ce que l’arrière international ne sorte de son sac son enceinte portable et ne vienne égayer son vol.

Le trophée bien installé dans le bus Midi Olympique

Et l’ambiance est clairement montée d’un cran quand il a fait cracher la chanson sur Diego Maradona que les Rouge et Noir ont vite dédicacé à « Juanchi » Mallia. Ceci pendant que Romain Ntamack, qui avait certainement besoin d’un temps de récupération, s’est contenté de regarder calmement « Top gun » sur son ordinateur. La prolongation des réjouissances n’allait pas tarder à être annoncée dans le haut-parleur de l’appareil, laissant aisément à penser qu’un Toulousain s’en était emparé : « Soirée de folie à Ernest-Wallon en arrivant. Puis direction l’Ubu (célèbre discothèque toulousaine, NDLR) pour les courageux et on se retrouve demain à 11 heures pour un brunch avec les familles. Match des espoirs ensuite, puis on part à 17h30 pour le Capitole. » à l’atterrisage, les joueurs ne tardaient pas à constater combien l’allégresse était virale dans la ville rose, jusqu’à voir les agents de sécurité et les gendarmes présents à la descente de l’avion leur réclamer des photos avec le trophée. Un moment original et sympathique qui a amusé Jack Willis ou Alexandre Roumat.

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Kinghorn : « C’est complètement fou… »

En s’approchant de la sortie de l’aéroport, alors que Rodrigue Neti se distinguait par ses talents de percusionniste tambour à la main, le bruit des centaines de fans se faisait de plus en plus grand. Et l’explosion eut lieu, peu après 1 heure du matin, à l’ouverture des portes. Première communion d’un peuple avec ses héros. « C’est tout ce qu’on aime, se félicitait Didier Lacroix. Apparemment, le public toulousain a apprécié le match même si on a beaucoup stressé. Les joueurs se sont donnés les moyens de ramener cette sixième étoile, ils sont aux anges. » Leurs supporters aussi qui, amassés devant le bus du club où Dupont et ses acolytes avaient pris place, criaient en chœur : « Oh lé lé, oh la la ! Mais qu’est-ce qu’il s’est passé ? On est champions d’Europe. » Tant pis, à cet instant de la nuit et à ce degré de ferveur, pour le nom de la Champions Cup.

La joie de Blair Kinghorn Midi Olympique – Jérémy Fadat

Les heures ont alors défilé sans que l’enthousiasme ne retombe, pas même quand plusieurs acteurs ont inondé leurs réseaux sociaux de clichés pris dans le centre-ville toulousain au lever du soleil. Et il fut aussi savouré avec les familles que certains ont retrouvées avec soulagement, alors que l’avion des proches fut à deux doigts de ne pas décoller de Londres samedi soir… Après avoir assisté à la défaite des espoirs à Ernest-Wallon, un match où officiaient notamment Matéo Lacroix et Roméo Mola -fils d’un président et d’un manager au palmarès bientôt long comme le bras, lesquels avaient effectué l’aller-retour jusqu’au Tottenham Hotspur Stadium- la plupart des jeunes papas ont retrouvé au Capitole de Toulouse leurs progénitures. Il était amusant de voir « mini Meafou » dans les énormes bras de « Daddy Manny » ou la fille de François Cros se balader dans la salle des Illustres avec le nom de son père gravé dans le dos de la veste en jean.

Les Toulousains accueillis en héros au Capitole Icon Sport – Icon Sport
Cyril Baille accueilli au Capitole Icon Sport – Icon Sport

Là, l’extase avait laissé place à l’émotion, surtout face à l’accueil des 12 000 Toulousains présents sur la principale place de la cité. « Honnêtement, je ne sais même pas quoi dire, soufflait Blair Kinghorn, arrivé en provenance de Glasgow début décembre. C’est totalement dingue. Voir 10 ou 15 000 personnes nous attendre ainsi… J’aime tellement ça. C’est insensé de voir à quel point ces gens-là aiment leur équipe. Je n’avais jamais vu un truc pareil de ma vie. On se doit de jouer pour eux. Vous imaginez, en novembre, je ne jouais même pas pour ce grand club qu’est le Stade toulousain. Aujourd’hui, j’ai gagné la Champions Cup et je découvre la place du Capitole pleine. ça n’a aucun sens, c’est complètement fou… » Finalement, comme l’épopée sans limite d’une troupe au sein de laquelle le talent vire à l’insolence et l’ambition à l’obsession. « Sans vous en rendre compte, vous nous donnez tout le temps du bonheur parce que vous avez un immense cœur », a dit Ugo Mola à cette troupe samedi midi. Et plus que jamais la tête dans les étoiles.

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Antoine Dupont : « Toujours des frissons »

« Les célébrations au Capitole, j’ai eu la chance de pouvoir les connaître à plusieurs reprises déjà. Mais, à chaque qu’on arrive ici et qu’on voit cette place remplie, ça offre toujours beaucoup d’émotions. On ne peut pas s’habituer à cela. Je ressens toujours des frissons, d’autant que nous sommes beaucoup dans le groupe à être fans de ce club depuis tout petit. On a tous en tête des images du Capitole plein, avec des écrans géants et des festivités. Être à cette place, sur le balcon aujourd’hui, c’est absolument incroyable. C’est très important pour nous de partager ces titres avec tout le public. On se rappelle que, pour notre dernière victoire en Champions Cup, il y avait l’épidémie de Covid et c’était donc un contexte différent. Là, avoir l’opportunité de célébrer ce trophée, que ce soit dans un stade plein après le match ou ensuite en rentrant à Toulouse, c’est vraiment quelque chose de très fort. On a peut-être parfois du mal à se rendre compte du palmarès qui est celui du Stade toulousain. Pour nous, c’est un privilège de jouer dans ce club, où certains ont fait des grandes choses avant notre passage. Et notre génération, qui a de nombreuses ambitions, sentait qu’elle avait le potentiel pour écrire notre page de l’histoire de ce club. Aujourd’hui, on l’écrit encore un peu plus et c’est une immense fierté. La finale a été dure, tendue et rugueuse. Il a fallu attendre les prolongations pour que ça se décante. Même si on a parfois subi dans ce match, on a senti un état d’esprit irréprochable. Chaque erreur a été rattrapée et compensée. C’est ce qui fait la force d’un groupe et ça rend certainement ce succès encore plus beau. Tout était incroyable… On a déjà gagné des titres mais c’est toujours un contexte et un scénario différents. Depuis le coup de sifflet final, on profite et on continue de profiter, même si d’autres objectifs vont arriver pour nous tous. J’ai envie de vivre le moment présent. »

https://www.rugbyrama.fr/2024/05/26/champions-cup-reportage-le-recit-de-la-fete-toulousaine-de-londres-a-toulouse-la-piste-aux-six-etoiles-11975938.php

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