À Béziers, la croisade du collège Henri-IV contre l’illettrisme

Sans lecture, pas d’avenir. Une institutrice à la retraite remet à niveau des collégiens qui sont sortis du primaire… sans savoir lire. Un dispositif qui devrait être étendu à la rentrée prochaine à six établissements biterrois.

Ils sont trois enfants autour d’une table, avec au tableau la maîtresse, Kheira Moussouni. « Rémi se rend au square, lit-elle… Tu as compris ? ». « C’est quoi un squart ? », demande Medhi en levant le doigt. « Un square, pas un squart. C’est un jardin avec des jeux. Si tu prononces bien, tu comprendras mieux ». Les têtes replongent vers les cahiers. Boris et Lamia déchiffrent la suite du texte, qu’ils suivent avec leur stylo, un petit chuchotis entre leurs lèvres.

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Cette scène, banale, se joue chaque jour dans des milliers d’écoles primaires. Mais dans un collège, elle est plus inhabituelle. Pour la deuxième année consécutive, des collégiens d’Henri-IV, à Béziers, surtout des 6e et des 5e, sont pris en charge quatre heures par semaine par une professeur des écoles à la retraite… pour apprendre à lire. « C’est un dispositif expérimental pour ceux que nous appelons des non-lecteurs, explique Karine Sabah, la principale adjointe. Nous sommes presque les seuls à le proposer dans l’académie. »

Les huit élèves bénéficiant du dispositif ont été repérés grâce aux évaluations nationales d’entrée en 6e. Elles comportent notamment un test de fluence pour mesurer la vitesse de lecture, qui devrait être de 120 mots à la minute en fin de CM2. Pour Kheira Moussouni, c’est un point de départ : « Lamia, par exemple, est passée de 17 à 104 mots en un an et demi… C’est un gros travail. Mais il faut ensuite comprendre ce que l’on lit. C’est pour cela que l’on travaille aussi le vocabulaire, l’association entre les mots et les images, la diction. »

« Des parents désinvestis »

La classe se poursuit, avec d’autres lectures, des phrases à trous à compléter. Kheira, qui a formé des générations entières de gamins, notamment à l’école de Maraussan, connaît son ouvrage. L’illettrisme, elle l’a même vécu dans sa chair, avec des parents algériens qui ne savaient pas lire, les documents administratifs à remplir à leur place… « Là-bas, vous n’avez qu’un manuel poussiéreux pour toute une classe, mais quand je vois les moyens qu’il y a en France, et ces collégiens qui nous arrivent sans savoir lire, je trouve ça affligeant. »

Sans langue de bois, elle ne se contente pas de dénoncer les écrans, omniprésents : « Il y a certains enseignants de primaire, pas assez consciencieux, et aussi certains parents qui ont eu un rapport compliqué à l’école, et qui se désinvestissent complètement de l’éducation de leurs enfants. » Les mêmes oubliant aussi d’envoyer leur progéniture à l’heure de lecture, la chasse à l’absentéisme est devenue une autre de ses priorités.

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L’expérience de Henri-IV, cependant, est concluante. Ses promoteurs seront à Toulouse ce vendredi pour la présenter, et elle devrait être étendue à la rentrée à six établissements biterrois.

L’heure se termine. Les enfants prennent leur manteau pour rejoindre leur classe. « D’habitude, on finit avec un jeu, mais bon, ce sera pour la prochaine fois », rassure Kheira. Ses élèves comprennent-ils que la maîtrise de la lecture peut changer leur vie ? Lamia et Medhi approuvent. Boris, lui, est plus circonspect : « On peut réussir sa vie, lance-t-il crânement, même si on ne sait pas lire ».

Obtenir des budgets

En dehors de ses heures attribuées par le ministère, un établissement scolaire n’a pas le budget pour payer des vacataires. Pour cela, il faut répondre à des appels à projets. C’est ce qu’a fait la mairie de Béziers qui a obtenu 400 000 euros au titre de la Cité éducative, un programme national qui concerne la formation des jeunes de 0 à 25 ans.

Cette somme permet de financer plusieurs formations, comme ces cours de lecture, des visites de classes dans des librairies, des heures de français supplémentaires pour ceux qui en ont besoin, des interventions d’auteurs. Sans oublier le quart d’heure lecture, pendant lequel élèves et professeurs lisent un livre, ensemble, en silence… Un vrai luxe à l’heure des réseaux sociaux omniprésents.

https://www.midilibre.fr/2024/04/03/a-beziers-la-croisade-du-college-henri-iv-contre-lillettrisme-11863108.php

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