Henri Bec, ancien vice-procureur à Béziers, était face à Robert Bandinter lors du dernier procès où la peine de mort aurait pu être prononcée

Henri Bec, ancien vice-président du tribunal de Béziers, a été avocat à ses débuts dans le monde judiciaire. Puis, il est entré en magistrature en tant que juge, avant de se diriger vers le parquet. Il a ferraillé contre Me Robert Badinter lors de la dernière affaire où la peine de mort était en jeu. Il défendait les intérêts de la famille de la victime en mars 1980.

Avant de se diriger vers une carrière de magistrat, notamment au parquet de Béziers, Henri Bec a exercé les fonctions d’avocat. Il était partie civile lorsque la dernière condamnation à mort a été prononcée par la Cour d’Assises d’Albi. L’arrêt ayant été cassé, l’affaire a été renvoyée devant la Cour d’Assises de Toulouse où Me Badinter a assuré la défense.

Quel était le dossier ?

L’auteur ( Norbert Garceau, NDLR) avait étranglé, sans aucun motif, une mère de famille de deux petites filles. Ils travaillaient l’un et l’autre dans la même grande entreprise à des postes totalement différents et ne se connaissaient pas. Le corps de la victime a été retrouvé par un paysan qui labourait, quelques jours après sa disparition, à une trentaine de kilomètres. C’est la raison pour laquelle l’enquête a été longue et difficile, aucun indice ne permettant d’identifier ou même de soupçonner qui que ce soit. Quand l’auteur a été interpellé et a reconnu son acte, il s’est avéré que celui-ci avait déjà effectué plus de vingt ans de détention pour des faits identiques (condamné pour le meurtre d’une adolescente en 1953, NDLR). Il était resté quelque trois ou quatre ans en liberté, puis avait récidivé. Lors de son premier procès, les psychiatres avaient estimé qu’il était susceptible de récidiver, ce qui a provoqué un émoi considérable. Et la peine de mort a été immédiatement évoquée.

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Quels souvenirs avez-vous ?

J’étais jeune avocat depuis 3 ans lorsque ce dossier m’est tombé dessus. J’allais, par la suite, passer plus de 40 ans dans des fonctions judiciaires, différentes mais voisines, mais c’est l’affaire la plus lourde que j’ai eue à connaître. Un article paru dans Midi Libre pour rendre hommage à Me Badinter sur ce dossier a fait remonter, en moi, des images qui n’ont jamais été totalement effacées. Notamment les contacts avec le mari et la famille que j’ai gardés jusqu’au verdict final. Je vous suis reconnaissant de cet article : on oublie trop les victimes et la peine de leurs proches qui, elle, est à perpétuité.

Qu’est ce qui vous avait marqué durant les débats ?

Je revois encore, pendant ma plaidoirie de plus d’une heure, le regard des membres de cette famille au premier rang, totalement brisée, comptant sur moi pour exprimer ce qu’ils ressentaient. Le silence total était impressionnant comme le fût celui qui a accompagné les réquisitions de l’Avocat général puis la plaidoirie de la défense. L’ambiance était très très lourde parce qu’on sentait, au fur et à mesure de l’avancement de l’audience, que la peine de mort était dans l’air. Et elle a été prononcée. Coïncidence, l’Avocat général portait le même nom que moi, ce qui a créé quelques confusions.

Me Badinter et vous étiez adversaires, vous êtes-vous heurtés ? Que pouvez-vous nous en dire ?

Nous n’avions pas de raisons de nous heurter parce que nous ne plaidions pas le même dossier. J’étais chargé de défendre la mémoire de la victime et les intérêts de sa famille. Les faits n’étaient pas contestés, la personnalité, la perversité de l’auteur non plus. Me Badinter n’est pas allé sur ce terrain. Il n’était venu que pour plaider le seul principe de la peine de mort. Ce dossier ne représentait pour lui que le support de cette croisade. Et cela ne regardait que le Ministère public. Bien que ne partageant pas ses convictions, nos contacts ont été très francs. Je garde le souvenir d’un confrère d’une parfaite loyauté. À la Cour d’Assises de Toulouse, l’auteur a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

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https://www.midilibre.fr/2024/02/21/henri-bec-ancien-vice-procureur-a-beziers-etait-face-a-robert-bandinter-lors-du-dernier-proces-ou-la-peine-de-mort-aurait-pu-etre-prononcee-11776247.php

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