Mardi et mercredi, aux septième et huitième jours du procès devant la cour d’assises spéciale de Paris des attentats de Trèbes et Carcassonne qui ont fait quatre morts, dont le gendarme Arnaud Beltrame, les auditions se sont concentrées sur les proches de l’assaillant. Il y a eu le « pressentiment » de ses amies et de sa famille… si tout le monde jure n’avoir « rien » vu de la radicalisation de Radouane Lakdim, personne n’a été surpris de savoir que c’était « lui« .
Lors de la perquisition chez Radouane Lakdim, on a trouvé un carnet où il « porte allégeance à l’État islamique jusqu’à la mort » au stylo bic rouge, se proclame « Lakdim Radouane agent secret de l’État islamique« , « kamikaze rider« , dessine une grenade, et « BOUM BADABOUMMMM« .
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« Je ne savais pas », a murmuré sa mère
En regardant le sol, tête voilée, long châle blanc sur les épaules, sa mère a murmuré, mardi, « je ne savais pas« . « Je n’assume pas qu’il ait fait une chose pareille« . Radouane Lakdim était l’aîné de quatre soeurs, il était « normal« , a-t-elle assuré à la cour. Il avait arrêté l’école en troisième, donnait parfois un coup de main à son père ouvrier agricole dans les vignes, et dealait régulièrement aussi.
« Il avait un rêve, rentrer dans l’armée française« . Il sera recalé trois fois, pour « signes de nervosité, voire d’impulsivité et une nature très méfiante« , avait rappelé un enquêteur. Les couteaux retrouvés à la maison ? Le pistolet que la petite soeur de 9 ans a eu entre les mains ? « Je ne sais pas, je vous jure« , a répété en boucle la mère.
Comme la cour, le parquet antiterroriste a insisté et a évoqué le regard de Radouane Lakdim qui « se durcit » au fil des photos entre 2011 et 2018, sa barbe qui s’épaissit : « c’est manifestement plus du tout le même« , a clamé l’avocate générale. Ni la cour, ni l’accusation n’avaient pourtant demandé à l’enquêteur pourquoi le suivi pour radicalisation de Radouane Lakdim, fiché S depuis 2014, avait été mis en veille deux mois avant l’attentat.
Après la mère, sa fille Shaïma, 23 ans, visage juvénile et cheveux lâchés, a également soutenu que « rien » ne l’avait alertée. Mais alors pourquoi, quand tout le monde était « calfeutré » chez soi et l’attentat toujours en cours, avoir foncé avec sa grande soeur vers le supermarché de Trèbes ? Ont-elles eu un « soupçon » que c’était leur frère ? a demandé le président. « Non« . Alors quoi ? « Je ne sais pas« , a répété la soeur, butée.
« J’ai pensé directement à lui », a dit Kamelia
Pour commencer à entendre parler d’un « pressentiment« , il faudra attendre les auditions, mercredi, des « relations féminines » – pas « sentimentale » insistent-elles – de Radouane Lakdim. « Je ne pourrais pas vous dire pourquoi« , a dit Khadija D., 28 ans, voilée de près, mains gantées, qui a témoigné en visioconférence.
Elle a vu les photos, annotées de versets du Coran, de Radouane Lakdim brandissant sabre et fusil sur les réseaux sociaux. Mais « les armes, ça ne m’intéresse pas« . Lui avait-il parlé de mourir en martyr ? « Oui, mais il y a plusieurs formes de martyres« , a éludé Khadija qui avait essayé de l’appeler deux fois en apprenant l’attentat.
En revanche, Kamelia K., 26 ans, crop top et cheveux lissés, a dit sans détour à la barre, « j’ai pensé directement à lui ». « Quand on faisait des soirées, il buvait, on rigolait et d’un coup, il se levait, il partait courir. C’était un psychopathe« . Une fois, il avait dit « toutes façons bientôt, tu me verras sur BFMTV, ça va choquer tout le monde« .
« Vous ne faites pas le lien avec la possibilité qu’il fasse un attentat, qu’il tue des gens ? » a alors demandé le président. « Honnêtement, à ce moment-là, je le prenais pas du tout au sérieux. Bah, ok, cool, fais ta vie« .
Marine H., l’une des rares à avoir été « lucide »
Marine H. est l’une des rares à avoir été « lucide« , selon une avocate de la défense. Quelques semaines avant l’attentat, ce copain de soirées avec qui elle promenait son chien, « lui fait peur » en parlant des « mécréants« . « J’ai l’impression qu’il voulait me sauver« .
« Pour autant, vous n’avez pas couru chez les policiers ? » lui a demandé l’avocate. Comme si elle se disait qu’en vrai « ça ne pouvait pas arriver ? » « Exactement« .
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