À cœurs rochelais, rien n’est impossible

Ce week-end, les Rochelais ont rendez-vous, en finale de Champions Cup, avec l’une des meilleures équipes jamais aperçues sur le vieux continent. Néanmoins, y a-t-il des raisons d’espérer ? Et si oui, pourquoi ?

 

Cette semaine, on a posé la question suivante à certaines de nos connaissances, plus ou moins influentes, du mundillo du rugby français. « Alors ? T’y crois, toi ? » Lundi soir, un ancien troisième ligne du XV de France nous répondait, blasé : « Il y a une division d’écart entre les deux équipes. Les Rochelais n’ont aucune chance. » Le lendemain, un coach du Top 14, pourtant peu heureux face au Stade rochelais ces derniers temps, balayait notre débat d’un éclat de rire : « Ni La Rochelle, ni personne d’autre… Le Leinster est injouable. On est d’ailleurs tous en train d’étudier les circuits de jeu irlandais pour savoir comment les contrer, la saison prochaine. » Jeudi matin, c’était enfin un joueur du circuit qui tenait peu ou prou le même discours, arguant que la performance des Dubliners, face au champion en titre toulousain, était de nature à effrayer n’importe qui…

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Reste l’irrationalité du sport…

Quoi qu’en pensent les uns et les autres, la supériorité jusqu’ici théorique du Leinster ne saurait nous faire perdre de vue la raison première de notre amour pour le sport, sous toutes ses formes ; ici, l’impression de toute-puissance que véhiculent les Blues depuis un mois ne saurait nous faire oublier qu’il existe, dès lors que l’on place une poignée d’hommes au même endroit pour en découdre, une large part d’impondérable, une imprévisibilité naturelle, ce fier morceau d’irrationnel qui fit de Yannick Noah le bourreau de Mats Wilander en 1983 ou du XV de France le guillotineur des All Blacks de Jonah Lomu, Tana Umaga et Christian Cullen, seize ans plus tard et au fil de ce que l’on qualifie encore de « match du siècle ». Et pourquoi pas, après tout ? Et au nom de quoi les coéquipiers de Grégory Alldritt devraient donc faire des complexes ? L’an passé, les Rochelais ont déjà tordu le cou à la bête irlandaise, en demi-finale de la compétition (32-23) et dans la maussade indifférence d’un huis clos. À cette époque, face à une équipe amputée de son maître à jouer Johnny Sexton, les gonzes de Ronan O’Gara avaient compris qu’en se servant des corps de Uini Atonio, Grégory Alldritt, Pierre Bourgarit ou Will Skelton comme autant de masses d’armes, le paquet d’avants irlandais finirait bien par exploser…

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On imagine la folie, du côté du vieux port

C’est parce que La Rochelle, une tonne de barbaque à l’avant, a le pouvoir de frapper et détruire tout ce qu’elle touche qu’elle reste la seule équipe du vieux continent à pouvoir briser l’hégémonie à laquelle est ces prochaines années promis le Leinster, sur le continent européen. C’est riches de l’expérience de deux finales perdues la saison dernière que les Rochelais ont aujourd’hui compris qu’une finale se gagne et se perd sur un fait de jeu, une broutille, un détail et qu’à ce titre, le carton rouge de Levani Botia avait largement aidé le Stade toulousain, moins fort que son adversaire ce jour-là, à remporter la dernière édition. C’est finalement conscient qu’une quatrième défaite consécutive en finale (aux deux échecs de l’an passé, il faut ainsi ajouter celui subi en Challenge européen contre l’ASMCA en 2019) ferait de lui le « nouveau Clermont », le « néo-maudit », « le gentil loser » du rugby européen, que le Stade rochelais se sert désormais du « seul contre tous » qui a marché sous d’autres latitudes pour débarquer au Vélodrome habité d’une rage nouvelle et d’un taux de testostérone qui servira probablement ses plus noirs desseins. « Tout le monde nous voit en prendre quarante et ça nous excite », disait donc Alldritt peu après la demi-finale remportée face au Racing (20-13), à Lens.

C’est que le jeu en vaut la chandelle, n’est-ce pas ? Et du côté du grand Ouest, on imagine déjà la folie à laquelle serait abandonné le vieux port si les Rochelais, en Pro D2 il y a encore huit ans, revenaient du Vélodrome lestés du scalp des Dubliners. Au vrai, on frissonne déjà de plaisir à l’idée de voir les Jaune et Noir débarquant dans leur cité juchés sur un bus à impériale, ouvrant la foule telle l’armée d’Hannibal rentrant de campagne, accordant à Vincent Merling son premier sourire de l’année 2022. Ce serait bon, ce serait beau et ça offrirait, surtout, à la Coupe d’Europe – la dernière avant que les franchises sud-africaines lui donnent un autre nom et une autre gueule – une fin de vie comme elle le mérite incontestablement.

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Et si le Leinster avait déjà joué sa finale ?

Existe-t-il un plan pour vaincre le Leinster à Marseille ? Autre chose que la domination souhaitable d’un pack sur un autre, en fait ? Disons que les plus farouches ennemis des Blues, pour la plupart natifs de Cork et Limerick, croient dur comme fer que les coéquipiers de Johnny Sexton ont joué contre le Stade toulousain le match de leur vie et qu’ils n’en reproduiront jamais un tel autre avant des lunes ; que le Leinster, mortecouille, a tout de l’équipe d’Angleterre du Mondial 2019 qui, après avoir commis une performance irréelle face aux All Blacks en demi-finale de la compétition, avait ensuite touché son plafond de verre face aux titans sud-africains. À ce sujet, on est ainsi nombreux à croire que la belle machine imaginée dans la capitale irlandaise par Leo Cullen et son éminence grise, l’Anglais Stuart Lancaster, peut être brisée par la force brute rochelaise et éclater en lambeaux, si Alldritt et ses potes gagnent les impacts comme ils le font généralement. « En équipe nationale, nous expliquait mercredi notre confrère de l’Irish Times Peter O’Reilly, le sélectionneur Andy Farrell a opté pour le « go Leinster » et s’appuie depuis les tests de novembre sur des mouvements similaires à ce que Lancaster a imaginé à Dublin. Offensivement, le système est dynamique, truffé de leurres et difficile à décrypter pour une défense. »

Aussi nombreuses soient les options de jeu disponibles autour de Johnny Sexton, aussi créatifs ces Irlandais soient-ils devenus après nous avoir plombés d’ennui pendant dix ans, ils ne peuvent a priori rien face à une ligne que l’on imagine bien plus fraîche, bien plus dense que celle que présentèrent les Toulousains, rincés par trop de luttes, à l’Aviva Stadium il y a quinze jours. Alors, quoi ? Inspirez-vous un peu de ce qu’ont fait les Bleus cet hiver, jeunes gens ! Usez et abusez du pied ! Réduisez les séquences à leur plus simple expression ! Marquez Tadhg Furlong au fer rouge, étouffez ce vieux grigou de Johnny Sexton et réduisez au silence Josh van der Flier, le flanker insomniaque. Et priez, bonne mère, pour qu’Ihaia West soit à Marseille touché par la grâce…

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https://www.midi-olympique.fr/2022/05/25/a-coeurs-rochelais-rien-nest-impossible-10318463.php

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