« Ronan O’Gara, l’antihéros » : portrait du manager irlandais de La Rochelle

Ronan O’Gara – Manager de La Rochelle La personnalité de Ronan O’Gara ne fait pas l’unanimité dans le rugby français et de ce que l’on sait, lui n’en a cure. On ne peut pas plaire à tout le monde, n’est-ce pas ?

Le roman français de Ronan O’Gara, c’est l’entraîneur de l’attaque du XV de France Laurent Labit qui en résume le mieux le prologue : « Quand, avec Laurent (Travers), on a donné notre accord au Racing en 2013, Gonzalo Quesada avait encore un an de contrat et devait rester travailler avec nous, ce que nous envisagions d’un très bon œil. Puis « Gonza » a eu une opportunité, il a rejoint le Stade français et la candidature de Ronan est alors arrivée sur notre bureau. » Et ? « Je trouvais ça intéressant d’avoir un troisième homme avec nous, quelqu’un qui bouscule nos habitudes vieilles de dix ans ; quelqu’un qui nous challenge, en fait. Très vite, il nous a dit qu’il ne voulait pas être cantonné au jeu au pied. C’était quelque chose qui l’agaçait beaucoup, d’ailleurs. On lui a donc confié la défense de l’équipe et il a excellé à ce poste ; dans la création des systèmes, il était très doué et en quelques mois, il a fait du Racing l’une des meilleures défenses de France et d’Europe. »

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O’Gara ? C’est parce qu’il a connu la souffrance qu’il fait tout, aujourd’hui, pour en préserver les clubs qu’il entraîne. Et avant de devenir le meneur de jeu de l’équipe le plus dominante de la Coupe d’Europe, Ronan O’Gara (45 ans) a ainsi connu la terrible morsure de la défaite, la brûlure sur le torse qu’occasionnent les médailles en carton, la balafre invisible qui marque à vie ceux que l’Histoire a choisi d’oublier. « Moi, nous disait-il un jour, je suis dans le sport pour gagner et je sais quels sacrifices cela suppose. Après avoir perdu mes deux premières finales avec le Munster (2000 et 2002), j’ai dû attendre six ans avant de remporter la Coupe d’Europe. Chez nous, on dit que ce ne sont pas les deux heures d’entraînement qui comptent, mais les vingt-deux suivantes… Cela implique, pour les joueurs, des sacrifices permanents. As-tu fait une séance vidéo supplémentaire ? As-tu été voir les kinés pour te faire masser ? T’es-tu assez étiré ? Ce travail individuel est capital. » Pour transformer la proie en chasseur, ROG n’accorde jamais le moindre répit à ses joueurs et, s’il est moins cassant vis-à-vis d’eux qu’à l’époque où il fit ses grands débuts d’entraîneur au Racing (2013), il reste à ce point exigeant que son management et les raccourcis de langage qu’il peut parfois s’autoriser peuvent évidemment s’avérer douloureux, pour les moins solides de ses troufions.

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En clair ? La parole d’O’Gara, il y a ceux qui l’aiment et ceux qui la détestent. Brice Dulin, que le manager irlandais a relancé au plus haut niveau, fait incontestablement partie de la première catégorie : « Ronan sait comment me piquer pour tirer le meilleur de ma personne et tous les deux, on sait s’enfermer dans un bureau pour crever l’abcès, quand le besoin s’en fait sentir. C’est sain, j’aime ça. » Et puis il y a ceux, comme Jérémy Sinzelle ou Jules Plisson, qui ont parfois eu du mal (doux euphémisme…) avec le franc-parler du patron sportif rochelais. À ce titre, est-ce une incompatibilité d’humeur avec ROG qui poussera, bientôt, le trentenaire Sinzelle à rejoindre le Var ? Allez savoir…

Laurent Labit : « Il est moins raide qu’à ses débuts »

Chez le jeune entraîneur qu’est Ronan O’Gara, il existe donc un côté « Fabien Galthié » et, de l’aveu de certains de ses joueurs, sa prédominance technique sur les autres coachs du Top 14 est aussi desservie par un rapport à l’autre pour le moins douloureux. « ROG » en a-t-il conscience ? On le jurerait, tant les hommes qui l’accompagnent aujourd’hui à La Rochelle (Donnacha Ryan, Gurthrö Steenkamp…) sont de nature plus ronde, plus souple qu’il ne l’est, lui. Au sujet de son manager, Brice Dulin ajoute : « Il n’y a aucun passe-droit, avec Ronan. C’est la raison pour laquelle les joueurs adhèrent. Au Racing, il pourrissait tout le monde de la même façon et ça nous aidait à être meilleurs, je crois. Avec Dan Carter, il n’employait pas le mot « fucking » qu’il aime tant mais il lui disait parfois : « Le joueur que tu es ne doit pas rater des plaquages, Dan ! Remets-toi au boulot ! » Je le répète : c’est sain et ça nous fait avancer. » À tel point que l’on dit que la méthode O’Gara, qui ne convient évidemment pas aux plus sensibles, est un argument massue lorsque les dirigeants rochelais tentent de recruter un joueur.

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Le futur Rochelais Teddy Thomas, par exemple, nous contait il y a quelques mois : « Ronan m’a fait beaucoup progresser même s’il s’est arraché les cheveux avec moi, au départ… En tribunes à Colombes, je l’entendais parfois hurler : « Teddy ! Putain ! » Il avait raison. En défense, mes décrochages créaient des déséquilibres. » Au sujet de la méthode O’Gara, Labit poursuit ainsi : « Comme tous les gens très pointus techniquement, il a parfois eu du mal à transmettre son savoir. Au Racing, il ne faisait pas d’entretiens avec les joueurs, ne participait pas aux réunions… En fait, il a mis du temps à comprendre comment un coach de club devait parler aux joueurs parce que lui a grandi au Munster, soit dans l’écosystème d’une sélection. Dans un club français, tu as 45 joueurs de différents niveaux ; certains d’entre eux te feront deux ou trois matchs dans la saison mais il faut les avoir, il faut pouvoir compter sur eux. Lui ne comprenait pas qu’on n’ait pas 45 joueurs de top niveau et avait alors du mal avec ces gens-là. Mais il a beaucoup changé, là-dessus. Il est moins raide qu’à ses débuts. »

En froid avec les Racingmen

De toute évidence, Ronan O’Gara n’a jamais fait du commerce. Il ne plaît pas à tout le monde, est copieusement détesté par la majorité des coachs du Top 14 (Ugo Mola et Christophe Urios le disent d’ailleurs ouvertement…) et a même appris à en jouer : si le Stade rochelais est plus agressif qu’il ne l’était dans sa communication, si les Jaune et Noir se démarquent aujourd’hui de l’image clermontoise de « gentil loser » qui pourrait leur coller à la peau en cas d’un nouvel échec en phases finales, c’est que ROG a compris que l’avant-match et ses petites phrases assassines permettaient aussi de gagner les premières batailles. A-t-il d’ailleurs été trop loin, récemment, en attaquant dans un élan de mauvaise foi véritable le Racing, coupable à ses yeux de décrédibiliser la coupe d’Europe en délocalisant la dernière demi-finale dans le Ch’Nord et devant 15 000 gonzes ? Toujours est-il que cette semaine, aucun des trois Racingmen que nous avions contactés n’a souhaité parler du bon Ronan, laissant penser qu’entre les Ciel et Blanc et ROG, il y a de la friture sur la ligne. Bip, bip, bip…

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Brice DULIN, arrière de La Rochelle : « Il n’y a aucun passe-droit, avec Ronan. C’est la raison pour laquelle les joueurs adhèrent. Au Racing, il pourrissait tout le monde de la même façon et ça nous aidait à être meilleurs, je crois.« 

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