« Même pas peur » : La Rochelle, un ambitieux qui s’assume

C’est enfermés dans la posture du « seuls contre tous » que les Rochelais se préparent à affronter le Leinster en finale de Champions Cup. Pour eux, l’objectif est simple et consiste, en fait, à ne pas incarner le « gentil loser du rugby contemporain »…

La Rochelle a changé. Le Stade rochelais n’est plus le gentil bizut qui découvrait émerveillé les plus grandes soirées du rugby français et européen. Après avoir disputé, et perdu, une finale de Champions Cup et une autre, en Top 14, le club de Vincent Merling et Ronan O’Gara est en quelque sorte devenu un familier des petites sauteries de la « haute ». Mais en voyant aujourd’hui se dessiner à nouveau le grand barouf de la phase finale, la belle Rochelle a subitement décidé de changer de peau, de mordre la première, histoire de se débarrasser au plus vite de l’image de « gentil loser » qui menace à terme de lui coller à la peau.

Quel est le risque, au juste ? De ce que l’on sait, les dirigeants rochelais vivraient très mal le fait de devenir, à terme, le « Clermont de l’ère moderne », le club maudit du rugby pro, le béni-oui-oui du monde européen, l’entité qui, lorsqu’arrive le printemps, reçoit sa médaille d’argent – et les quolibets qui vont avec – la tête basse et le regard éteint. Car jusqu’ici, il existe un vrai parallèle entre l’ASMCA des années Cotter et le Stade rochelais contemporain : un stade à bien des titres exceptionnel et toujours ras-la-gueule ; une colonie de supporters estampillée « fièvre SR » et rappelant à s’y méprendre la « yellow army » qui secouait la place de Jaude, les jours de finales ; un jeu léché, plaisant, spectaculaire ; une équipe, aussi, pour le moment dépourvue de grand buteur, puisque le Néo-Zélandais Ihaia West a tant de choses en commun avec l’Australien Brock James, seul au monde en Auvergne avant l’arrivée au club de Morgan Parra…

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Pour briser le pont qui est en train de se dresser entre ces deux clubs et ces deux générations, les dirigeants rochelais ont donc choisi de revoir leur comm’et d’attaquer les premiers.
 

O’Gara et la culture de la gagne

À La Rochelle, on n’a plus peur de clamer que l’« on veut gagner » la Champions Cup, puisque tels furent les mots de Grégory Alldritt, Jonathan Danty ou Jeremy Sinzelle après la demi-finale de Lens. On n’a plus peur d’assumer son statut, de jouer le seul contre tous (« Tout le monde nous voit en prendre quarante et ça nous excite », disait le même Alldritt), de déstabiliser l’adversaire à l’échauffement, bien avant que le coup d’envoi du match n’ait été donné. Ainsi, le mundillo du rugby français a bien failli tomber de sa chaise, à l’instant où Pierre Venayre (le directeur général du club) et Ronan O’Gara ont volé dans les plumes des dirigeants du Racing, les accusant dans une mauvaise foi inavouable d’avoir délibérément choisi le Nord pour couper l’équipe de Gregory Alldritt de sa base de supporters.

Au vrai ? Mourad Boudjellal aurait pu faire ça. Guy Novès et Christophe Urios aussi. Mais les Rochelais, d’habitude si confortables dans les bonnes mœurs, le silence ou la pudeur ? Non, impossible… Et si on ne l’avait pas vu de nos propres yeux, on n’aurait jamais pu le croire…

Il va de soi que Ronan O’Gara est pour beaucoup dans le récent basculement du Stade rochelais. Il est évident que l’Irlandais a eu plusieurs mois pour réfléchir à la brûlure de la saison dernière et, passé l’introspection, s’est convaincu que la première étape, pour éviter pareille douleur, était de changer la proie en prédateur. N’est-ce pas, d’ailleurs, ce qu’il avait tenté de faire au Racing 92, peu avant que le club des Hauts-de-Seine ne remporte son premier titre de champion de France en 2016 ? Quelques semaines avant la grande messe du Camp Nou, ROG nous avait en effet conté ceci, au sujet de la Ferrarri sans couronne qu’avait déjà bâtie Jacky Lorenzetti en banlieue parisienne : « Le Racing n’a pas de culture de la gagne. Ce n’est pas un manque de respect vis-à-vis des anciens mais ici, on a seulement gagné le championnat de Pro D2. Ce n’est pas le niveau auquel aspire un tel club, un tel effectif, un tel staff. Et ça m’énerve que les gens puissent s’en contenter ».

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La mue qui s’était alors produite au Racing, en l’espace de quelques mois, le Munsterman est peut-être en passe de la reproduire sur les bords de l’Atlantique, six ans plus tard. Enfin… Peut-être…

https://www.midi-olympique.fr/2022/05/22/meme-pas-peur-la-rochelle-un-ambitieux-qui-sassume-10311721.php

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