Le derby entre l’AS Béziers Hérault et le Racing Club Narbonnais se tiendra ce vendredi à 19 h au stade Raoul-Barrière. Quatre ans et demi après leur dernière confrontation officielle, les deux clubs historiques du Languedoc, en quête de maintien en Pro D2, ravivent une rivalité légendaire, dont l’historien spécialiste du club biterrois David Wozniak évoque des anecdotes.
En 2022, l’AS Béziers Hérault venait jouer un mauvais tour au Racing Club Narbonnais au Parc des Sports et de l’Amitié. Comme un poisson dans l’eau, le 1er avril, le collectif biterrois s’imposait largement 17-46 et Narbonne retournait en Nationale. Quatre ans et demi plus tard, les deux clubs les plus titrés du Languedoc vont de nouveau croiser le fer en match officiel, ce vendredi au stade Raoul-Barrière à 19 h.
« C’est un derby qui a de la saveur cette saison, on en a déjà vu, il y a quelques années, où il n’y avait rien, aucun enjeu, déclare David Wozniak, enseignant-chercheur, titulaire d’un doctorat en histoire contemporaine et auteur d’une thèse sur l’histoire du club biterrois. Béziers a besoin de Narbonne comme Narbonne a besoin de Béziers, ils ont besoin de cette rivalité, c’est d’ailleurs, à Béziers, la seule fois de la saison où le stade devrait être plein. »
Longtemps dans les hautes sphères du rugby français, particulièrement entre 1970 et 1985, les deux clubs cumulaient rivalité géographique mais aussi sportive. Même s’il est tôt pour l’affirmer, après seulement quatre journées de Pro D2, orange et noir et rouge et bleu devraient lutter pour le maintien cette saison, loin des joutes livrées par les grands anciens.
« Pour les Biterrois, l’équipe qu’ils vont retrouver le plus en finale dans ces années 70, c’est Brive (1972 et 1975). Leur plus belle démonstration arrive contre Montferrand en 1978, mais le meilleur souvenir reste assurément le Brennus de 1974 face à Narbonne », poursuit celui qui a écrit deux ouvrages sur le club héraultais : « Le Grand Béziers, légende des Invincibles » et « Rugby de Béziers, sueurs, gloires et secrets ».
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Amis en dehors du terrain
Menant 14-13 à quelques instants de la fin de la rencontre et ayant une touche en sa faveur, le Racing pensait empocher le deuxième Brennus de son histoire… c’était compter sans un ballon volé par Michel Palmié et un drop assassin d’Henri Cabrol pour coiffer les Audois sur le fil (14-16). Les supporters narbonnais aux cheveux gris s’en souviennent encore. « C’était la première finale en couleur à la télévision, ça lui donne une saveur particulière, et Cabrol, à un moment donné, quand l’ASBH est menée 14-10, dit à Jo Maso : « Celle-là, elle est pour vous ». C’était plié. Les frères Spanghero, étaient impériaux en touche et n’ont pas dû laisser passer tant de ballons que ça en touche sur la rencontre. Et quand on regarde le match, Narbonne mérite de le gagner certainement. Mais souvent, les grandes équipes ont le petit truc qui tourne en leur faveur… », explique Wozniak.
De ces grandes années, l’auteur n’a pas noté, au gré de ses entretiens avec les acteurs, une animosité ou un antagonisme démesuré hors du terrain : « Mais ce qui est sûr et certain, c’est que les Biterrois et les Narbonnais s’appréciaient, ils étaient amis. Par exemple, Richard Astre et Jo Maso… C’est important de le mentionner aussi. »
« La police arrive sur le terrain pour extraire les Biterrois du stade Cassayet »
« On peut aussi parler du derby de 1968, en challenge Cadenat, le plus violent, ajoute-t-il. Les joueurs finissent avec le visage ensanglanté, la police arrive sur le terrain pour extraire les Biterrois du stade Cassayet et on a l’épisode où le père de Jack Cantoni sort le fusil de chasse pour extraire son fils de la cohue, ou encore, 50 ans plus tard, du plus large succès biterrois, à Narbonne en inscrivant dix essais (21-68)… »
Cette rivalité permet aux deux protagonistes de se tirer mutuellement vers le haut et si elle a montré de jolies prémices en amical cet été (29-27 pour Béziers après un match disputé), elle pourrait offrir une belle partie aux supporters des deux camps, vendredi soir. « Aujourd’hui, il se passe quelque chose à Narbonne, un club qui vient de monter, une euphorie, un joli recrutement et le Racing vient à Béziers pour gagner, lance David Wozniak tremblant presque pour son club de cœur. Ce qui est inquiétant pour l’ASBH c’est qu’au vu de ce que les Narbonnais ont montré depuis le début de saison, ils sont en capacité de le faire. Pour Béziers, il est interdit de perdre, quand Narbonne n’a rien à perdre sur cette rencontre à l’extérieur. »
Avant de penser à gagner, faut-il penser à ne pas perdre ? On laissera cette question aux 30 acteurs sur le terrain et à leurs staffs, vendredi soir.
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