Trente ans après l’inscription du Canal du Midi au patrimoine mondial de l’Unesco, retour sur le destin hors du commun de Pierre-Paul Riquet, son créateur, né à Béziers, sur son projet monumental et son parcours. Deux Biterrois, Amaury de Nervaux, l’un des descendants de l’ingénieur et Jacques Nougaret, passionné par l’histoire de Béziers, reviennent sur ce personnage d’exception.
Pour faire revivre l’histoire de Pierre-Paul Riquet, il suffit d’écouter ceux qui consacrent leur vie à protéger son œuvre. Amaury de Nervaux est l’un de ces gardiens passionnés. Descendant direct de Jean-Mathias Riquet, le fils de Pierre-Paul Riquet, il est membre de la prestigieuse Société archéologique, scientifique et littéraire de Béziers, qui veille à ce que le passé de la ville ne tombe jamais dans l’oubli.
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Véritable érudit, doté d’une connaissance particulière du dossier, il résume l’esprit de son aïeul avec admiration : « C’était un homme qui voulait toujours progresser » et qui possédait « une intelligence humaine folle » pour son époque.
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Avant tout un homme de terrain
Né à Béziers en 1609, Pierre-Paul Riquet n’a pourtant rien d’un ingénieur de formation. C’est avant tout un homme de terrain, un fermier des gabelles. À l’époque, cette charge consiste à percevoir l’impôt sur le sel, un impôt royal particulièrement lourd, complexe et impopulaire qui pèse sur le quotidien de la population.
Toujours sur les routes cabossées et poussiéreuses du Languedoc pour recouvrer cet argent et inspecter ses commis, il peste contre la lenteur exaspérante des transports terrestres. C’est en observant la nature et en arpentant les paysages qu’il imagine un projet monumental : relier l’océan Atlantique à la mer Méditerranée.
Pour y parvenir, il doit résoudre un défi titanesque : alimenter en eau le point le plus haut du parcours. Il s’agit de la Montagne Noire, ce massif montagneux situé au sud-est du Massif Central. Il comprend, grâce au « langage des sources », enseigné par le fontainier Pierre Campmas, qu’il peut capturer et domestiquer l’eau pour alimenter son futur canal.
L’ambition d’un visionnaire face au pouvoir royal
Pour transformer son intuition en projet concret, Riquet s’installe en 1651 dans son château de Bonrepos, situé non loin de Toulouse. C’est dans ce domaine qu’il médite, dessine et va même jusqu’à construire une immense maquette dans ses jardins pour prouver la faisabilité de ses calculs.
Mais l’ambition de l’entrepreneur dépasse le simple confort personnel, comme le souligne le féru d’histoire Jacques Nougaret : « Il avait surtout l’ambition de concrétiser ce que les plus grands avaient échoué à réaliser avant lui ». En effet, avant le père du canal du Midi, d’illustres souverains s’étaient lancés sur un projet de jonction des mers. C’est le cas de l’empereur romain Auguste, du roi François Ier qui gouvernait la France au XVIe siècle, ou encore d’Henri IV, le monarque. Aucun d’eux n’avait réussi à dompter la nature.
L’appui du pouvoir suprême
L’ingénieur, lui, comprend vite qu’il lui faut l’appui du pouvoir suprême. Grâce à ses réseaux, il parvient à faire porter sa correspondance au ministre Jean-Baptiste Colbert. À cette époque, le roi de France est Louis XIV, le tout-puissant monarque absolu surnommé le Roi-Soleil, qui dirige le royaume depuis Versailles.
Séduit par la stratégie économique du projet, qui permet au pays d’acheminer ses denrées en évitant le long, dangereux et coûteux détour par le détroit de Gibraltar et les taxes du roi d’Espagne, Colbert convainc le souverain de donner sa chance au Biterrois.
Et ce dernier ne déçoit pas, se révélant être un patron en avance sur son temps, soucieux de sa main-d’œuvre. Amaury de Nervaux rappelle ainsi : « Il payait ses hommes quand il pleuvait, quand il ventait, quand ils étaient malades », protégeant des ouvriers malgré les critiques de propriétaires terriens jaloux.
Porté par un amour indéfectible pour sa ville natale. « C’était un Biterrois pur et dur qui a défendu Béziers de toutes ses forces », insiste son descendant. S’il s’est éteint à Toulouse en octobre 1680, à quelques semaines de voir son grand canal achevé, l’œuvre demeure.
Comme le conclut Jacques Nougaret, le créateur féliciterait le Toulousain Urbain Maguès pour son exploit pour le pont-canal : “Pierre-Paul Riquet serait heureux de voir que son pari fou fait aujourd’hui l’admiration du monde entier.”
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