« La lutte, ça paye » : l’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens sauvée de la liquidation immédiate, ce qui attend les 270 salariés d’ici septembre

Nouveau sursis jeudi 30 juillet 2026 pour l’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) : une offre de reprise consolidée pourra être déposée jusqu’au 24 août, portée par le groupe alsacien Soprema. Un soulagement pour les 270 salariés, au lendemain de la liquidation de l’usine jumelle de Tarascon.

C’est un répit que tous appelaient de leurs vœux. Ce jeudi 30 juillet, à exactement 9h15, le mandataire judiciaire s’est présenté devant l’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens, actuellement occupée par les salariés, pour annoncer aux représentants du personnel que la lettre d’intention de reprise déposée par le groupe Soprema était bien prise en compte. Le tribunal de commerce de Toulouse accorde un délai jusqu’au 24 août pour le dépôt d’une offre de reprise en bonne et due forme. Si la justice estime que cette offre n’est pas suffisamment solide, la liquidation judiciaire du site sera prononcée le 15 septembre.

La nouvelle intervient au lendemain de la liquidation de l’autre usine de pâte à papier du groupe, à Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône. Les deux sites emploient 270 personnes chacun.

Devant l’usine qu’ils occupent depuis le 21 juin pour en placer les machines « sous protection », les salariés ont accueilli l’annonce avec un mélange de soulagement et de retenue. « On est satisfait de ce sursis, on respire un peu mieux », a réagi Sébastien Oustric, délégué syndical CGT du site, tout en rappelant à quel point ces retournements de situation en série pèsent sur le moral des employés : « C’est compliqué pour les salariés d’être dans l’attente permanente. »

Pour l’union départementale CGT de Haute-Garonne, cette étape couronne de succès une longue mobilisation. « La lutte, ça paye : si on en est là aujourd’hui, c’est parce que jamais les salariés n’ont baissé la tête », salue Pauline Salingue, de la direction de l’UD CGT 31. « Ce n’est pas juste un sursis ou un délai qu’on a gagné : il y a un vrai projet d’investissement, de création d’emploi », insiste la syndicaliste.

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Dans sa décision, le tribunal indique avoir reçu de la part de l’industriel une « offre indicative et préliminaire », assortie d’un dépôt de deux millions d’euros, présenté comme une « potentielle avance sur le financement de l’éventuel investissement ».

Le calendrier est désormais fixé. L’offre définitive de Soprema devra être déposée au plus tard le 24 août. Le tribunal précise qu’une autre société intéressée pourrait également présenter une offre d’ici cette date. Les propositions seront ensuite examinées le 8 septembre, à huis clos, au tribunal de commerce de Toulouse. Le site étant jugé « dans une situation irrémédiablement compromise, sans perspective de redressement », une liquidation sera prononcée le 15 septembre si aucune offre n’est validée.

Soprema, spécialiste de la couverture, des sous-couches phoniques et de l’isolation thermique, affiche un programme ambitieux. Le groupe alsacien prévoit de maintenir une activité autour de la pâte à papier, mais aussi de se diriger vers le bâtiment. Le site de Saint-Gaudens fabriquerait donc aussi de la pâte « fluff », des flocons de bois destinés à l’isolation.

Une production qui reprend en partie un précédent projet proposé en interne chez Fibre Excellence :« Sur la pâte fluff, tout est déjà chiffré, on l’aidera, c’était déjà un projet des salariés », précise Sébastien Oustric, qui salue « le meilleur industriel qu’on pouvait trouver sur le marché français : une famille qui a un capital solide, un nom bien connu dans le milieu ».

Au-delà des emplois sauvegardés – tous, selon les intentions de Soprema -, une cinquantaine de postes seraient créés autour de la fabrication de panneaux isolants. Selon Sébastien Oustric, Soprema s’est associé au papetier belge VPK Group ainsi qu’à Engie pour le volet énergétique, afin de consolider une offre soutenue par la région Occitanie et le département de Haute-Garonne, qui doivent tous deux injecter cinq millions d’euros.

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La présidente de la région Occitanie, Carole Delga, qui s’était déjà rendue sur le site en soutien avec les salariés de Fibre Excellence, a salué une décision qui « donne l’occasion de démontrer que la production de la pâte à papier a encore un avenir en France ». Rappelant que ses équipes sont « mobilisées depuis plusieurs mois, jour et nuit », elle a remercié le PDG de Soprema, Pierre-Étienne Bindschedler, « qui n’a pas hésité à déposer une garantie de deux millions d’euros ». « Nous avons 24 jours pour transformer cet espoir en réalité », a-t-elle ajouté, en appelant l’État à « jouer un rôle prépondérant ».

Les syndicats se sont justement montrés très critiques vis-à-vis du gouvernement. La CGT salue « une première victoire collective » des salariés et des collectivités, mais fustige l’attitude de l’État. « Ceux qui n’ont pas mouillé la chemise, c’est l’État, qu’on se le dise, tranche Pauline Salingue. C’est plus que des bâtons dans les roues qu’on a eu : il y a eu des offres, mais ils ont refusé de donner les sommes accordées dans d’autres entreprises. » Une référence à l’offre du financier Matthieu Pigasse, critiquée de façon virulente par le ministre de l’Économie Roland Lescure.

D’ici au 24 août, Soprema et ses partenaires doivent encore transformer leur lettre d’intention en offre ferme et détaillée. La CGT, qui juge l’usine « viable et rentable » au vu de ses résultats récents, promet de rester mobilisée et annonce que des précisions sur le projet seront données ultérieurement.

Pour ce bassin d’emploi du Comminges, où Fibre Excellence est l’un des principaux employeurs industriels, l’été s’annonce décisif. Les 270 salariés, eux, continueront d’occuper leur usine, attendant l’audience du 8 septembre, celle, enfin, qui déterminera si le dernier grand site français de pâte à papier commerciale basculera vers une nouvelle vie industrielle… ou vers la liquidation.

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