Incendies en Gironde – « Des paysages semblables à l’enfer » : les rugbymen du Bassin racontent leur mobilisation aux côtés des pompiers

De nombreux rugbymen amateurs girondins viennent en aide aux pompiers, sillonnant les routes dans leur pick-up. Ils racontent ce qu’ils vivent, loin des sessions de physique et barbecues qui priment normalement dans les clubs à cette période de l’année.

“En longeant les routes désertes, en allant dans des villages dévastés par les flammes, j’ai en tête des pays ravagés par la guerre.” Entre deux missions de remplissage de cuves, Mathieu De Amorim prend quelques minutes pour mettre des mots sur l’invraisemblable. Depuis plus d’une semaine, cet ailier du Rugby Club Lège-Cap-Ferret, ancien militaire, se donne corps et âme pour épauler les pompiers engagés contre les incendies qui ravagent le nord du Bassin d’Arcachon. Comme tant d’autres habitants du Bassin, il refuse d’abandonner “sa forêt”, “son village”, “son territoire”.

Il se souvient de ce mercredi 22 juillet, lorsque “ce monstre”, comme il le surnomme, s’est déclaré à Saumos avant de tout ravager sur son passage jusqu’au Porge, puis aux portes de Lège-Cap-Ferret. “J’avais mes parents, ma femme et mes enfants à la maison. Ils ont tous été évacués de Lège, raconte-t-il. Moi, je suis resté. J’ai vu un mur de flammes passer derrière la maison, à une cinquantaine de mètres. Là, j’ai compris que ça allait être compliqué. On a passé une nuit blanche. On a attendu le feu, et il n’a pas mis longtemps à parcourir quinze kilomètres.”

Le lendemain pourtant, Mathieu revient, comme des centaines d’habitants. Il veut aider. À Lège, le stade s’est transformé en véritable base arrière. Les conversations WhatsApp se multiplient. “Sur le groupe de l’équipe, les mecs disaient : « Les gars, il faut faire quelque chose. » Les forces de l’ordre et les pompiers ont vite compris qu’on ne venait pas pour autre chose que les soutenir.” Derrière les soldats du feu se met alors en place une deuxième ligne discrète mais indispensable. “Pompiers, gendarmes, agriculteurs, chasseurs, bénévoles, rugbymen, tout le monde travaille ensemble. Ça devrait tout le temps être comme ça, bordel.”

On ne parle jamais de rugby

Entraîneur de Lacanau (Promotion R3), Valentin Gallencher acquiesce : “On est sur de l’entraide et de la solidarité. De ce point de vue-là, cela pourrait vraiment se comparer au rugby. Même des personnes qui ne s’aiment pas peuvent se retrouver sans problème dans le même pick-up pour éteindre l’incendie.” Le technicien est loin de penser à ses séances et ses compos. Mais le maçon dans le civil continue de diriger loin des terrains : il coordonne les bénévoles. “Il faut manager un petit peu de monde. Mais je n’aime pas trop utiliser ce terme-là, je ne suis personne pour donner des directives à quiconque. Tout le monde est dans la même mer***.”

Il est presque 17h et le coach se voit accorder une pause : il sera de patrouille toute la nuit, jusqu’à 4 ou 5 heures… Alors, la reprise de la saison “il n’y pense pas du tout. Même si, pour chambrer quelques joueurs de Lège quand je les croise, je leur propose de venir jouer chez nous s’ils n’ont plus de terrain. À part ça, on ne parle jamais de rugby. Il y a une pause dans la tête de tout le monde au niveau boulot et loisir.”

Si le brasier s’est, à l’heure d’écrire ces mots, arrêté aux portes de Lacanau, les joueurs du club tiennent à prêter main forte. “Même ceux qui n’habitent pas ici, précise Valentin Gallencher. Notre numéro 9 et capitaine Rémi Touron devait partir en vacances avec sa femme et ses deux enfants. Il les a amené avant de revenir aussitôt nous aider ! Il vient d’ailleurs de passer devant moi en gueulant avec Christophe Laussucq.”

L’ailier du RC Lège Cap-Ferret aux côtés de son père sapeur-pompier. Mathieu De Amorim

Les clubs également impliqués

Cette mobilisation gagne aussi les clubs et ne s’arrête pas aux lisières de la forêt. À Lège-Cap-Ferret, le pilier Victor Martinez, archéologue dans le civil, se remémore le moment où le rugby a basculé au second plan : “Mercredi, en finissant la réunion de pré-saison, le président nous a expliqué que le club allait servir de point d’accueil pour les habitants du Porge et de Saumos.” Très vite, les tentes remplacent les plots et les boucliers sur les terrains, tandis que le parking se remplit de camping-cars et que les bénévoles de la réserve communale organisent l’accueil des premiers évacués. « Le président nous a dit : « Si vous voulez aider, faites-le. Mais ne prenez pas de risques et écoutez les pompiers. »”

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“On fait attention, on ne fait pas les Rambo non plus, prolonge à ce sujet Guilhem Luquet, ancien des clubs de Lège et Lacanau. C’est vrai que des fois, on se met un peu en danger. Mais le but n’est pas de faire un sur-accident.” À force de sillonner “des paysages semblables à l’enfer” dans son pick-up, le restaurateur tire un constat amer : “Nous sommes des gens motivés, mais il y a un manque de moyens au niveau des pompiers.”

À quelques kilomètres de là, la même mécanique de solidarité se met en place. À Salles, épargné par les flammes mais devenu terre d’accueil de nombreux sinistrés, là où l’on parlait encore quelques jours plus tôt de la préparation de la saison de Nationale 2, il n’est désormais plus question que de ravitaillement, d’évacuations et de maisons à sauver. “On a pris conscience que notre territoire partait en fumée. À partir de ce moment-là, on s’est tous mis en action. Nous, mais aussi tous les clubs des alentours”, raconte le capitaine Brian Recher. Au milieu du chaos, chacun trouve naturellement sa place. Sans jamais chercher à remplacer les soldats du feu, les rugbymen bénévoles se mettent au service des secours. “On n’a pas vocation à éteindre le feu. Les pompiers passent, ils éteignent, et nous, on veille derrière. Dans le malheur et dans la tristesse, il y a aussi une forme de beauté. Tout le monde aime son territoire, ses forêts, ses villages. Alors chacun aide comme il peut.”

Quand les flammes seront enfin éteintes, viendra le temps du bilan. Celui des milliers d’hectares partis en fumée, des maisons détruites et des paysages ravagés. Viendra aussi le temps des réponses et de la reconstruction. « On est tous dans l’adrénaline, on passe tous les jours devant les maisons brûlées, on ne réalise pas encore, reconnaît Mathieu De Amorim. Je sais qu’il y aura un après, quand tout le monde sera parti. » Un autre combat commencera alors, le plus long.

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https://www.rugbyrama.fr/2026/07/30/incendies-en-gironde-des-paysages-semblables-a-lenfer-les-rugbymen-du-bassin-racontent-leur-mobilisation-aux-cotes-des-pompiers-13489295.php

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