Entré en jeu samedi en fin de match face au Japon, le demi de mêlée toulousain Paul Graou a honoré sa toute première sélection sous le maillot bleu. Un moment d’une immense intensité émotionnelle pour le joueur, qui prolonge une tradition familiale sous les yeux du sélectionneur Fabien Galthié, un témoin pas comme les autres…
Le chronomètre affichait la 67e minute ce samedi lorsque Paul Graou a foulé la pelouse du stade national olympique de Tokyo pour la première fois avec un maillot du XV de France sur les épaules. Si le score était déjà scellé et la victoire acquise face aux Japonais, cet instant restera à jamais gravé dans l’histoire personnelle du joueur de 28 ans. En entrant sur le terrain, le Toulousain, déjà sacré champion de France pour la deuxième fois quelques semaines plus tôt, n’a pas seulement validé son propre parcours : il a prolongé une lignée. Son père, Stéphane Graou, avait lui aussi porté la tunique tricolore à huit reprises dans les années 90. L’histoire aime les clins d’œil : le sélectionneur actuel, Fabien Galthié, a bien connu le père de Paul pour avoir partagé le même maillot sous les couleurs de Colomiers.
Une proximité du passé que le technicien français a dû occulter le temps des choix sportifs, comme il le confiait avant la rencontre : « Je me dois de faire la part des choses. Paul mérite pleinement sa sélection, il a un parcours atypique. D’abord parce qu’il est ingénieur. Il est passé par Auch, Montauban, Agen, puis une fenêtre s’est ouverte pour lui à Toulouse dans un statut de ‘numéro bis’ d’Antoine Dupont. On a vu qu’il était performant. À lui de saisir sa chance. »
Une fois la fenêtre ouverte, le natif d’Auch s’y est engouffré avec une énergie débordante, confiant avec le sourire en zone mixte qu’il « aurait pu enchaîner deux ou trois matchs », tant il débordait d’envie et de fierté. Justement, cette fierté, parlons-en. Sous les néons blafards de la salle de conférence de presse, située au deuxième sous-sol du stade olympique, Paul Graou est apparu profondément ému, serrant contre lui sa toute nouvelle « cape » internationale, floquée du numéro 1 236. L’image n’a rien de péjorative, mais on aurait dit un gamin de quatre ans agrippé à son doudou. Le masque du compétiteur venait de glisser pour laisser place à l’enfant d’Auch. La fierté brillait dans ses yeux, la voix trahissait l’intensité du moment. Ironie de cette histoire, il a partagé cette émotion avec Naoto Saito, son ancien partenaire du Stade Toulousain et demi de mêlée japonais, venu immortaliser l’instant par une photo. « Je pense que je prendrai le temps de réaliser quand je serai en vacances la semaine prochaine, entouré de ma famille. Il me tarde beaucoup de leur montrer ma cape et les maillots. Et de partager ça avec eux, comme de partager le Brennus », a glissé le Toulousain.
Le défi de la concurrence, il le connaît mieux que personne…
Si Paul Graou savoure à juste titre ce moment suspendu, l’ingénieur de formation sait aussi analyser la réalité froide du très haut niveau. Car en France, le poste de demi de mêlée s’apparente à un standard de niveau mondial où les places valent plus cher que de l’or. Pour revoir le bleu, Graou va devoir jouer des coudes dans une concurrence tout simplement dantesque. À commencer par son quotidien en club où il partage le vestiaire avec l’un de ses meilleurs amis qui se trouve être, accessoirement, le meilleur joueur du monde : Antoine Dupont. Mais l’ombre du capitaine toulousain n’est pas le seul obstacle sur la route du XV de France. Derrière, la liste des prétendants donne le tournis : Maxime Lucu, le patron de l’ombre, fort de son statut de capitaine lors de cette escapade estivale ; Nolann Le Garrec, le dynamiteur au talent pur ; Baptiste Jauneau, la jeune garde clermontoise qui pousse très fort.
Paul Graou a prouvé ces deux dernières années qu’il avait le niveau et le caractère pour exister tout en haut de l’affiche. Sa première cape est une juste récompense de son travail, mais pour s’installer durablement dans l’esprit de Fabien Galthié, le plus dur commence. Un défi immense, à la hauteur du plaisir qu’il a pris samedi.
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