l’image de sa saison, l’Usap a longtemps craint le pire avant de finir par relever la tête. Le maintien est assuré. Un soulagement pour tout un projet qui s’est réécrit en cours de route.
La sirène n’avait pas encore retenti mais la délivrance avait déjà sonné. Alors que l’exemplaire Jeronimo De La Fuente se relevait de l’en-but, balle en main, Tom Ecochard serrait un poing rageur sous les poteaux, Tommaso Allan congratulait Sama Malolo en bord de touche où Nicolas Nadau venait de lancer son brassard dans un grand sourire. Quelques instants plus tard, un raz-de-marée sang et or, contenu depuis de longues minutes, déferlait sur la pelouse. La fête qui avait trop tardé pouvait enfin débuter.
Au soir de ce 14 juin tant attendu, évoqué, les Catalans étaient enfin là où ils s’étaient promis d’être, il y a quelques mois : à la moins mauvaise place, celle du repêché de dernière minute. Là où ils avaient annoncé ne pas vouloir finir, il y a un an. En quittant le Stade des Alpes de Grenoble, un autre 14 juin, ils s’étaient persuadés que cette treizième place n’était pas une fatalité, que ce qui ne les avait pas tués les rendrait plus forts, que les nouveaux venus ajouteraient des pierres à l’édifice pour le faire grandir. Que le meilleur était à venir. Au cœur de l’automne, c’est le pire qui les a cueillis. Jusqu’à les voir toucher le fond dans la cuvette de Sapiac. « C’est la fin d’une ère », avait-on entendu devant le vestiaire catalan alors que le totem d’immunité des Catalans, cet instinct de survie qui les avait accompagnés de Mont-de-Marsan à Grenoble en passant par Biarritz, Brive et Vannes, venait de voler en éclats. C’était la fin d’une ère, celle de Franck Azéma. Et la naissance d’une autre, celle de Laurent Labit, débarqué en Catalogne avec un regard affûté, un discours aiguisé : « Le club a pris ses responsabilités avec le staff, avait-il d’entrée prévenu. Maintenant, c’est aux joueurs de prendre les leurs. C’est à eux de décider de ce qu’ils veulent faire de ce maillot, de cette institution, à eux d’assumer. » Si Laurent Labit incarnait le nouveau projet, celui-ci appartenait encore et toujours aux hommes de terrain. James Hall et les siens en avaient pleinement conscience : « On a tout de suite pu voir que Laurent était un très bon entraîneur, de par sa vision du jeu, sa capacité à nous remettre dans le droit chemin. Mais il y avait aussi une très forte envie de se racheter de notre côté, d’être enfin pris au sérieux en tant qu’équipe. »
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« Pourquoi on s’en serait caché »
Un recadrage psychologique et un recentrage tactique plus tard – moins jouer pour mieux jouer, l’Usap a commencé à afficher le niveau qui devait être le sien : « Avant de les rencontrer personnellement, je connaissais les noms et les joueurs de l’équipe et je me disais : « Ce n’est pas possible qu’ils soient à cette place », confiait récemment Benjamin Urdapilleta, surprenant joker de luxe. J’en suis même venu à me demander si j’avais déjà eu autant de joueurs de qualité dans mes clubs précédents. » Dès la fin janvier, tout était plus clair, sur le terrain et dans les têtes : la quatorzième place n’était plus une sanction crédible, la douzième plus un horizon accessible. L’access-match était déjà entré de plain-pied dans la réalité de James Hall et compagnie : « Pourquoi en aurait-on eu peur, pourquoi s’en serait-on caché ? La saison passée, on avait cru à la douzième place jusqu’au bout. Là, au moins, on a eu le temps de s’y préparer. » De peaufiner l’approche, de collecter les pièces à conviction. Et d’arriver le jour J dans sa meilleure version. Ce week-end, en Provence, le discours asséné depuis des mois par Laurent Labit avait pris tout son sens. Et trouvé sa résonance : « Nous sommes dans une situation où nous ne devons pas jouer pour nous-mêmes mais pour quelque chose de plus grand. Quand tu joues des phases finales ou un titre, tu joues pour le club mais aussi pour ton palmarès. Quand tu joues un match d’accès, tu dois penser à ce qu’il y a derrière : tu as, entre tes mains ou dans tes pieds, l’avenir de beaucoup de personnes, des salariés, des supporters. » Tout était dit. Tout restait à faire.
Un retournement aux portes de l’irrationnel
Reste que, aussi bien préparé soit-il, un barrage d’accession reste un défi à nul autre pareil. « Je n’ai jamais eu un match de la peur comme celui-là… », s’était projeté Laurent Labit dans la semaine. Après un Bouclier inattendu avec le Castres olympique face au grand Toulon, une finale dantesque au Camp Nou, une Coupe du monde tant attendue à la maison, l’entraîneur multititré a vécu un nouveau sommet au stade Maurice-David. « C’était particulier, je confirme », en souriait-il, après coup, ce dimanche. Un concentré de tension, de rebondissements, d’émotions en tous genres. Le Top 14 non plus n’en avait jamais connu de pareil, aussi enlevé, enfiévré. Avant même le coup d’envoi, les dieux du rugby y avaient mis leur grain de sel et de piment en privant Benjamin Urdapilleta d’une dernière séance et en offrant une guérison miracle à Setareki Bituniyata. Une fois le coup d’envoi donné, cette drôle de finale qui n’en a ni le nom ni le lustre a définitivement versé dans l’irrationnel : il y a eu ces cartons successifs pour l’Usap, cette série de ratés au pied du malheureux Manuel Vareiro, cette pénalité vite jouée au milieu du terrain par Tommaso Allan et conclue par le supersonique Théo Forner… Avait-on déjà vu un scénario s’inverser aussi soudainement, aussi radicalement, passant de 10-0 à la 35e à 10-21 à la 42e minute ? « Un mauvais début et une belle arrivée » pour les Catalans. Une rencontre couperet comme le reflet d’une saison.
Toute l’adversité d’un dimanche caniculaire en terre hostile n’aurait pu faire dévier les Catalans du sillon tracé depuis des mois, qui les a menés vers un bien drôle de quadruplé : après Mont-de-Marsan et Grenoble à deux reprises, leur odyssée du maintien s’est prolongée à Aix. Ce dimanche soir, avant de regagner sa Catalogne adorée, l’inclassable et inégalable colonie catalane a chaleureusement acclamé ses joueurs. L’inventeur du concept d’access-match, cet anonyme bienfaiteur, aurait tout autant mérité ses louanges.
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