Avant le multiplex de la dernière journée de Top 14, la finale de Pro D2 constitue un événement de la saison rugbystique française. Parce que cette compétition séduit de plus en plus, et que ses participants offrent un duel des plus alléchants.
Si le Tournoi des 6 Nations a instauré depuis 2004 le concept de « Super Saturday », mettant en scène les trois matchs de l’ultime journée de la compétition, la Ligue Nationale de Rugby n’a pas à rougir de sa version franchouillarde. En effet, son « super samedi » va réunir, à quelques heures d’intervalle, la finale de Pro D2 et le multiplex de la 26e journée. Ce dernier sera passionnant à bien des égards, non pas pour la lutte pour le maintien, déjà réglée depuis de longs mois, mais pour la course à la phase finale, puisque huit équipes peuvent y prétendre et seule la première est sûre de son classement. Malgré ça, en dépit des rebondissements attendus, le sommet de l’antichambre de l’élite, programmé en fin de journée, a de quoi faire grimper aux rideaux.
En effet, la deuxième division française n’en finit plus d’attirer des nouveaux publics : 1,5 million de spectateurs sur la phase régulière, soit une hausse de 7 % sur la saison et de 13 % sur les trois dernières saisons. Un phénomène qui ne tient pas qu’à la ferveur du stade de la Rabine (12 948 en moyenne) mais aussi à l’attractivité accrue des autres clubs, puisque Provence Rugby a également passé la saison à guichets fermés, et de nombreux autres ont vu avec réjouissance leur travail récompensé, avec une affluence moyenne en hausse. Et devant la télévision aussi, la marque Pro D2 séduit de plus en plus, avec une audience en progression à deux chiffres. C’est pourquoi cette finale constitue un événement à part entière du panorama sportif français. Et on est tenté de dire que c’est d’autant plus le cas cette année, avec un choc entre deux prétendants naturels à la montée.
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« On sait pourquoi Vannes est aussi haut »
C’est leur Sainte-Victoire à eux : sous la montagne emblématique de la région aixoise, les partenaires d’Andrés Zafra se sont préparés à gravir un autre sommet. En face d’eux se dresse l’ogre de la division, présenté dès le mois d’août comme favori à la « remontée » par la majorité des entraîneurs. Le RC Vannes a répondu à toutes les attentes, et bien au-delà. Les relégués ont survolé le championnat, mourant à un point du record codétenu par Montauban et Lyon (117), et explosant toutes les statistiques. « Vannes, cette année, on sait pourquoi ils sont aussi haut : quand on arrive à garder ses joueurs (après une relégation), ça maintient la cohésion et tout le groupe dans le positif », observait il y a quelques semaines Vincent Debaty, qui a vécu la même chose en 2022-2023 avec Oyonnax.
Un duel d’internationaux
Au-delà de progresser dans sa formation (en attendant leurs aînés, les espoirs ont validé leur ticket pour l’élite), le club du Morbihan peut aussi se targuer d’avoir verrouillé la pépite locale, Robin Taccola, malgré les sollicitations pressantes de nombreuses écuries de l’élite.
En bref, les adversaires ont été surclassés et l’émulation dans le groupe est telle que Jean-Noël Spitzer s’est offert le luxe, en demi-finale, de composer sans Pedemonte, Blanc-Mappaz, Metz, Roudil ou encore Djehi… Ce dernier a pâti de la présence dans le groupe de Mako Vunipola, malgré un plus faible nombre de matchs disputés dans la saison. L’Anglais va d’ailleurs se livrer à un duel de haut vol en mêlée face au Gallois Tomas Francis.
Un choc de titans entre l’international anglais (79 sélections, 9 avec les Lions) trois fois vainqueur du Tournoi, double champion d’Europe et quintuple champion d’Angleterre, et le Gallois (82 sélections), double vainqueur du Tournoi. La preuve de l’importance de ce secteur dans cette phase finale ? Le choix de Vunipola, d’une part, et la performance du droitier à Colomiers la semaine passée – la mêlée aixoise ayant remporté six pénalités dans ce seul domaine. Ainsi, peut-on objectivement considérer Provence Rugby comme un petit Poucet à ce stade ?
Gagner… Et assumer
« Brive, Colomiers… Continuez à dire que nous sommes outsiders, ça nous va », piquait Philippe Saint-André. Deux performances majuscules empreintes d’expérience et de sang-froid. Les réactions d’après-match traduisaient cette mentalité parfaitement. « On était confiant » ; « on n’a pas eu l’impression de réaliser un exploit », dit-on à Aix. Après deux demi-finales manquées, le groupe a mûri et a préparé très soigneusement sa phase finale. La dynamique sur laquelle il surfe depuis deux mois (7 succès de rang) contribue forcément à cette assurance.
Maintenant, il s’agit pour les deux formations non seulement de soulever le bouclier mais aussi d’en assumer les conséquences. Depuis l’instauration de ce système en 2017-2018, seuls deux promus sur sept sont parvenus à se maintenir en Top 14. Toutefois, les investissements conséquents à tous les niveaux consentis par les deux clubs sur la dernière décennie incitent à de l’optimisme.
Alors même si l’équité sportive et la majorité des présidents appellent à faire monter le premier à l’issue de la phase régulière, on ne boudera pas notre plaisir à l’entrée des équipes sur la pelouse du stade Ernest-Wallon…
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