Atmo Occitanie alerte sur une qualité de l’air dégradée sur toute la région Occitanie, à cause notamment d’un risque élevé d’exposition aux pollens de cyprès, de graminées de frêne et de bouleau, des essences pouvant provoquer des allergies. Le changement climatique aggrave le nombre d’habitants concernés.
Avis aux allergiques : sortez les mouchoirs ! Le risque d’exposition aux pollens est au niveau le plus haut sur toute la région, selon les prévisions d’Atmo Occitanie. Le service d’analyse de la qualité de l’air explique cette dégradation « en raison de la présence de bouleaux, de cyprès et de frênes« , en pleine période de pollinisation, mais aussi de graminées. Les oliviers devraient eux aussi commencer à fleurir.
Les prévisions pollens d’Atmo Occitanie sont au niveau élevé pour la région Occitanie en cette fin avril 2026. • © Atmo Occitanie
Ces périodes d’émissions de pollens arrivent de plus en plus tôt, et durent de plus en plus longtemps. « Et ça, c’est vraiment dû au changement climatique« , assure Isabelle Farrera, chercheuse à l’Institut Agro de Montpellier et spécialiste dans l’étude des pollens. Les fleurs s’ouvrent plus précocement car les températures printanières augmentent, environ 0,3°C en plus par décennie depuis 1950 selon les données de Météo France.
Avec le dérèglement du climat, la concentration en dioxyde de carbone dans l’atmosphère augmente aussi. « Des chercheurs ont montré que c’était un facteur aggravant puisque ça favorise le développement des plantes qui s’en nourrissent, et donc l’augmentation des pollens« , détaille Isabelle Farrera. La chercheuse alerte aussi sur le rôle des particules fines qui se fixent sur les pollens : « Elles sont transportées jusque dans nos bronches où elles s’enterrent plus profondément, avec le risque qu’elles les fragilisent. »
Ces effets sont déjà mesurés, puisqu’en vingt ans, le nombre de personnes avec des symptômes allergiques a augmenté de 20%. Aujourd’hui, trois adultes sur dix sont allergiques et des études projettent que ce sera même 5 sur 10 en 2050, soit la moitié de la population.
S’il semble difficile d’enrayer la hausse des allergies face à l’évolution des saisons polliniques, des solutions se mettent en place pour suivre le cycle des plantes au plus près.
À Montpellier, Isabelle Farrera a ainsi participé à la création du projet Carto Pollens, la première carte de surveillance des pollens de cupressacées, comme les cyprès. Créée au début des années 2010, elle permet de suivre en temps réel le tout début des floraisons des cyprès, des thuyas et des genévriers dans la région. L’objectif est de permettre aux personnes allergiques d’anticiper, afin de commencer des traitements médicamenteux au plus tôt.
C’est aussi le rôle que s’est fixé le premier pollinarium sentinelle d’Occitanie, installé à Montpellier il y a deux ans. Sur le domaine de Grammont ont été plantées la plupart des espèces allergisantes de la région : cyprès, graminées, frênes, peupliers, aulnes… Chaque jour, depuis deux ans, des agents de la métropole viennent y relever leurs débuts de floraison.
Philippe Robert relève chaque jour les floraisons des plantes au pollinarium sentinelle de Montpellier. • © M. BOSCHER / FTV
Sur un pied de pariétaire, l’œil aiguisé de Philippe Robert repère une toute petite fleur blanche. « Ça veut dire début d’émission« , explique-t-il en plantant un bâton orange dans le sol comme repère pour suivre le début des floraisons. Une newsletter est ensuite envoyée aux 1600 abonnés du pollinarium sentinelle qui peuvent donc, là aussi, prendre un coup d’avance sur les allergies.
La lettre d’alerte envoyée aux abonnés du pollinarium sentinelle de Montpellier permet d’anticiper les traitements contre les allergies. • © M. BOSCHER / FTV
L’anticipation reste pour l’heure le meilleur remède face à l’augmentation de la saison des pollens. Pour être complètement efficaces, les traitements antihistaminiques, sous forme de comprimés, de collyres ou de sprays nasaux, doivent être pris dans la durée, mais ils n’agissent que sur les symptômes. Il existe des traitements curatifs de désensibilisation. « L’objectif est de rééduquer le système immunitaire pour lui apprendre que ces substances-là sont inoffensives pour le corps« , explique Yanis Bouderbala, allergologue à Montpellier.
Des traitements de désensibilisation peuvent permettre de soulager les allergies. • © M. BOSCHER / FTV
Un traitement long, environ trois à cinq ans, mais efficace. « Cela permet des améliorations sur cinq à dix ans« , souligne le médecin. L’intérêt est aussi financier, puisqu’en réduisant les symptômes, on réduit le recours aux consultations et médicaments, alors qu’en France, les dépenses de santé publique pour les allergies sont estimées à un milliard d’euros par an.
Si on n’a pas recours à la désensibilisation, le patient prend pendant toutes ces années des comprimés, donc la balance bénéfice-risque reste en faveur de la désensibilisation pour les traitements au long cours.
Dr Yanis Bouderbala, allergologueFrance 3 Occitanie
En attendant, pour éviter les éternuements, la gorge qui gratte et le nez qui coule, il est possible de mettre en place des mesures d’hygiène simples. « Si on est obligés de sortir lors de gros pics polliniques, on peut porter un masque« , préconise Yanis Bouderbala, « aérer son logement tôt le matin ou tard le soir » et « se rincer le visage et les cheveux en rentrant chez soi« .
