L’enseigne a demandé à être placé en redressement judiciaire. L’audience a lieu ce mardi 28 avril. Pour l’instant aucune fermeture de magasin n’est programmée. Le magasin toulousain de la rue du Taur poursuit son activité comme habituellement.
Entre recul global de la lecture et concurrence de la vente en ligne, les librairies peinent à maintenir un équilibre financier, et Gibert n’échappe pas à cette tendance. Le groupe a annoncé ce lundi qu’il allait demander à être placé en redressement judiciaire. L’audience a eu lieu ce 28 avril 2026 au tribunal des activités économiques de Paris, le jugement a été mis en délibéré.
« Le but de cette demande de placement en redressement judiciaire est de redonner un souffle financier au groupe afin de continuer nos activités dans un cadre protégé », explique Véronique Pernin, la porte-parole du groupe, contactée ce mardi matin par téléphone. Cette procédure lui permettra de poursuivre l’activité de ses magasins avec un gel des dettes et la garantie des salaires.
Dans un communiqué, le groupe explique que son « modèle actuel est pris dans un effet ciseau entre l’explosion de ses coûts fixes (loyers, énergie) et le déclin du marché des livres neufs avec une compression des marges sur ce marché ». La rentabilité n’est plus au rendez-vous depuis plusieurs années, assure la porte-parole à France 3 Occitanie. « Depuis au moins 2020, nous subissons des pertes. Cela est dû à plusieurs facteurs, dont la baisse des ventes de livres neufs, les faibles marges sur leurs ventes compte tenu des prix encadrés des livres neufs mais aussi la baisse du pouvoir d’achat généralisée et la diminution des dépenses culturelles des Français », énumère Véronique Pernin. La réduction des marges s’est accélérée ces dernières années.
« À ce jour, cette procédure n’induit aucun changement de fonctionnement dans les boutiques », assure-t-elle. À Toulouse, le magasin de l’enseigne situé rue du Taur (et son entitée rue des Lois) emploie 18 personnes. Contacté, son directeur, n’a pas commenté et a invité à joindre la porte-parole du groupe.
Le négoce de livres d’occasion, c’est ce qui fait l’identité même de Gibert depuis sa création à Paris à la fin du 19ème siècle, par Joseph Gibert, professeur de Lettres Classique et Parisien d’adoption. Aujourd’hui, le groupe continue de commercialiser en parallèle des livres neufs, des articles de papeterie et des disques. Il veut néanmoins recentrer son activité davantage sur l’occasion et espère « devenir le leader français du livre d’occasion » d’ici à quelques années.
En 2025, l’enseigne a dégagé 86 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 35% grâce aux ventes de livres d’occasion.
L’objectif est de doubler le chiffre d’affaires lié à l’occasion à l’horizon 2029. Le rachat de livres d’occasion permet à Gibert de maîtriser sa chaîne de valeur et ses marges
Véronique Pernin, porte-parole du groupe Gibert
Employant 500 personnes, Gibert exploite dans douze villes 16 magasins, dont cinq à Paris. « Chacun va travailler à dynamiser au maximum sa fréquentation, nous allons encourager l’organisation d’événements comme des dédicaces par des auteurs, afin d’attirer les clients dans les magasins », détaille Véronique Pernin.
L’enseigne effectue aussi des changements dans la gestion logistique. Elle a externalisé la gestion de son entrepôt de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) au printemps 2025, en le transférant à la multinationale ID Logistics. Début avril 2026, une vingtaine d’employés du service d’achat des livres d’occasion (SAO) situé à Paris, se sont mis en grève pour protester contre une réorganisation logistique.
L’occasion est un secteur qui connaît depuis plusieurs années une croissance importante, mais l’essentiel du marché est capté par des plateformes en ligne comme Amazon, au détriment des librairies physiques. Il existe également des plateformes spécialisées à l’image de Recyclivre.
Depuis 2020, l’enseigne a tenté de s’adapter en développant l’e-commerce, en renégociant les loyers de ses magasins ou en fermant certains d’entre eux. Il avait ainsi provoqué un choc en 2021 en baissant le rideau de quatre de ses librairies qui animaient la place Saint-Michel, en plein cœur de Paris. En novembre 2025, elle a ouvert un magasin dédié à la romance, à côté de son adresse historique, boulevard Saint-Michel.
« Ce qui arrive à Gibert est inquiétant, mais ce n’est pas une surprise », a réagi Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française, auprès de l’AFP.
De nombreuses librairies n’arrivent plus à couvrir leurs charges, notamment celles du personnel qui représentent environ 20% du chiffre d’affaires alors que la rentabilité est autour de 1%
Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française
« Il faut éviter la contagion et, pour cela, il faut que les éditeurs et les pouvoirs publics s’engagent », selon lui. Les ventes de livres neufs dans les librairies ont reculé d’environ 5% au premier trimestre, selon ce syndicat.
