« On ne voit plus les enfants comme des handicapés, mais comme des personnes » : handicapés ou valides, jeunes ou vieux, ils marchent tous ensemble à Lespignan

Ces « marches pour tous », organisées par l’Institut médico-éducatif SOL-N, veulent briser l’isolement… Et les idées reçues. Reportage à la marche de Lespignan, qui s’est déroulée ce mardi 21 avril.

Une « marche pour tous », ce n’est pas une randonnée comme les autres. D’abord, les jeunes de l’Institut médico-éducatif SOL-N, venus de Nissan-lez-Ensérune, arrivent avec leurs éducateurs. Ils sont polyhandicapés, autistes, ou déficients intellectuels. Certains marchent seuls, d’autres ont besoin d’être soutenus, ou portés dans une joëlette, un fauteuil tout terrain.

Ils sont rejoints par des résidents de l’Ehpad de Lespignan, où se déroule la marche ; par les parents d’Amaury, 7 ans, atteint par une maladie génétique encore inconnue ; sans oublier des habitants des villages alentour. Benoît Castelar, éducateur sportif à SOL-N, contemple le petit groupe de 70-80 personnes avec satisfaction : « C’est notre dixième sortie depuis 2023, et jamais nous n’avons eu autant de monde ! ».

Des gens qu’on ne voit pas au quotidien

Le convoi avance dans la pinède, et au milieu des sourires. « On voit sur leur visage que les jeunes apprécient, poursuit Benoît Castelar. Nous sommes très ouverts vers l’extérieur, nous organisons beaucoup d’activités inclusives à la médiathèque, à la piscine, mais lors de ces marches nous rencontrons des gens qu’on ne voit pas au quotidien. Ça fait du bien ! »

Le fauteuil Huckleberry passe partout, même en montagne.

La bonne humeur se lit aussi sur le visage de l’équipe « visiteurs », où l’on retrouve beaucoup d’habitués, comme Michelle, retraitée originaire de Seine-et-Marne, pour qui ces jeunes « sont comme les autres ». Un autre Michel, lespignanais, connaît à force de les fréquenter le prénom de tous les enfants. « On voit qu’ils sont contents, mais on admire aussi les gens qui s’en occupent », ajoutent Nadine et Lili.

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Un répit pour les parents

C’est notamment le cas des salariés de SOL-N, un institut dépendant de la Croix-Rouge qui accueille une cinquantaine de jeunes âgés de 3 à 20 ans. « Seulement cinq d’entre eux dorment toute la semaine chez nous, détaille la directrice, Isabelle Donati. La plupart passent une nuit de temps en temps, c’est un répit pour les parents. »

Des activités inclusives, comme ces marches, permettent de sensibiliser les valides, et de créer des liens : « On ne voit plus les enfants comme des handicapés, mais comme des personnes. » Du haut de ses 40 ans d’expérience, Isabelle Donati se félicite aussi d’une autre avancée : « Lorsque nous organisons ces activités à l’extérieur, clairement, il y a une ouverture des institutions, et du grand public, qu’on n’avait pas auparavant ».

Lucas, un jeune de SOL-N, prend la parole d’autorité : « Je suis très content, la marche c’est super ! ». Ça tombe bien : la prochaine sera organisée en juin, et pourrait bien partir directement de l’institut de Nissan-lez-Ensérune.

Un fauteuil pour aller loin

Amaury, 7 ans, est atteint d’une maladie génétique non encore référencée. Il subit des crises d’épilepsie sévères, ne peut ni marcher, ni parler… Mais grâce à son Huckleberry, il peut maintenant crapahuter main dans la main avec son frère jumeau Vianney, qui lui est en pleine santé. Ce fauteuil, fabriqué aux États-Unis, coûte autour de 3 000 euros. Le père d’Amaury, Christophe Klouchi, l’a financé en partie en organisant des courses solidaires sur les réseaux sociaux. Ce militaire retraité, installé à Vendres, l’a testé lors de cette marche pour tous, et il en attend beaucoup : « Avec Amaury on faisait déjà du handi-ski, des balades, des baignades, toute sorte d’activités… Mais ce fauteuil va nous permettre d’aller beaucoup plus loin ». Avec son harnais identique à celui d’un sac à dos, ses bâtons de marche équipés de freins reliés à la roue du fauteuil, pour le ralentir dans les descentes, le Huckleberry est le 4X4 des fauteuils roulants… « Certains parents l’ont même monté jusqu’au sommet du Canigou. »

https://www.midilibre.fr/2026/04/22/on-ne-voit-plus-les-enfants-comme-des-handicapes-mais-comme-des-personnes-handicapes-ou-valides-jeunes-ou-vieux-ils-marchent-tous-ensemble-a-lespignan-13336512.php

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