Le Top 14 n’a jamais été aussi riche et, dans le même temps, il est également fragile. Selon le rapport de l’A2R (ex DNACG), l’explosion des salaires des joueurs et des staffs pousse les clubs à vivre clairement au-dessus de leurs moyens. À quelques exceptions près, l’élite est toujours plus dépendante des mécènes.
Le rapport annuel du gendarme financier (A2R) comporte 137 pages qui sont une mine d’informations sur la véritable santé financière des clubs de Top 14 et de Pro D2. Jusqu’ici « anonyme », il offre pour la première fois un accès aux bilans comptables détaillés des clubs pour la saison 2024-2025 et révèle de nombreux enseignements.
Tout d’abord et malgré le salary cap, les masses salariales restent extrêmement élevées. Pour les clubs de Top 14, elles représentent une part majeure des budgets. Le salary cap, fixé autour de 10,7 millions d’euros (avec divers ajustements possibles), est régulièrement atteint par les clubs du haut du classement. Au total, sept clubs dépassent même les 99 % (Bordeaux, Clermont, La Rochelle, Montpellier, Paris, Toulon et Toulouse). Les triple champions de France en titre sont même largement au-dessus (13,2 M€), grâce aux crédits accordés aux internationaux.
Les joueurs majeurs du championnat peuvent percevoir entre 500 et 800 000 euros brut annuel, comme Antoine Dupont, Romain Ntamack, Matthieu Jalibert, Damian Penaud, Gaël Fickou, Charles Ollivon ou Grégory Alldritt. Cette inflation se diffuse à l’ensemble des effectifs : le salaire moyen en Top 14 est estimé autour de 22 000 à 25 000 euros brut mensuels quand il était encore autour des 15 000 euros, il y a une dizaine d’années.
Des avantages pour les plus petits salaires
Mais la hausse des rémunérations ne s’arrête pas aux joueurs, et c’est l’un des enseignements du rapport. Les entraîneurs principaux (Urios, Mola, Bru, Mignoni, Labit…) peuvent atteindre 400 000 euros à 600 000 euros annuels, quand leurs adjoints ou préparateurs physiques voient également leurs émoluments progresser, parfois de 20 % à 30 % en quelques saisons. Les postes sont très précaires : la durée de vie moyenne d’un technicien dans un club est de 22 mois. La précarité est forte et, en contrepartie, les salaires sont élevés. De plus, ils bénéficient parfois d’avantages en nature, notamment la prise en charge du logement. « Je paie, ou plutôt le club paie, l’intégralité des loyers pour le manager, ses adjoints mais aussi les préparateurs physiques et analystes vidéo. Cela représente près de 2 millions d’euros par an. Sans quoi, ils ne veulent pas venir, notamment les « petites mains » qui ont des salaires inférieurs à 4 000 euros par mois », nous confiait en fin de semaine un président de club du Top 14.
Face à ces dépenses, les revenus progressent, notamment grâce aux droits TV versés par Canal +, qui atteindront 139,4 millions d’euros par saison jusqu’en 2032 répartis entre les deux championnats Top 14 et Pro D2 (70% – 30%).
Reste que, mis à part Toulouse, La Rochelle, Bordeaux et Bayonne, les clubs de Top 14 dépendent en grande partie d’un modèle reposant sur l’engagement financier de propriétaires ou partenaires privés. Certains clubs présentent des déficits très importants : Paris (-16M€), Montpellier (-11M€), Toulon (-9M€.) ou encore Castres (-7M€.). Le Racing (-4M€) limite la casse, notamment parce que son stade, la Paris-La Défense Arena et son centre d’entraînement (siège d’Ovalto) appartenaient au propriétaire de la SASP, Jacky Lorenzetti. Mais l’enceinte ultramoderne a été vendue, et le club devra lui aussi faire face au défi de réduire sa dépendance au mécène. C’est d’ailleurs le défi qui attend le Top 14 s’il entend continuer d’offrir des salaires aussi attractifs : trouver de nouvelles sources de revenus. Sans quoi il devra réapprendre à vivre à hauteur de ses moyens réels.
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