Quatre mois après le sinistre, provoqué par une fusée de détresse lancée pour « s’amuser » par quatre jeunes, Michel Granier n’a reçu aucune indemnisation. Son exploitation tourne au ralenti et le procès a été renvoyé au 10 juin.
Verrières répandues au sol et éparpillées façon puzzle, poutrelles tordues par le feu, plantes calcinées et bureau administratif réduit à l’état de cendres… Aujourd’hui comme hier, au matin du 20 novembre dernier, c’est un spectacle de désolation qui s’offre au sein des établissements Michel Granier.
Cette nuit-là, en effet, une partie des serres de la pépinière de l’avenue Pierre-de-Coubertin, dans le quartier du Faubourg, à Béziers, s’était embrasée, victime d’une fusée de détresse tirée par quatre jeunes qui s’amusaient sur le pont Vieux – ils ont ensuite été identifiés et interpellés par les forces de l’ordre.
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Rien n’a bougé depuis novembre
Horticulteur depuis près de 50 ans – il a fondé son entreprise en 1977 –, Michel Granier, âgé de 68 ans, a vu son outil de travail partir en fumée, sans que rien ne bouge. « Un expert dépêché par l’assurance est passé le lendemain du sinistre et nous a dit de ne rien toucher et depuis lors, on attend… »
De quoi plonger le couple Granier dans une grande détresse. « C’était déjà un coup dur, moralement, mais on pensait qu’on toucherait au moins une avance pour pouvoir repartir. Mais on ne nous a rien versé, rien proposé. On se sent abandonné ».
Tout détruire pour reconstruire
Non seulement, l’entreprise horticole a perdu 90 000 € de stock mais il a fallu également réinvestir dans du matériel informatique car tous les ordinateurs, les archives et les papiers ont brûlé.
Quant au montant estimé des travaux pour remettre en état les 1 000 m2 endommagés par les flammes, sur les 4 000 m2 existants, les premiers devis s’élèvent à 900 000 € !
« Il faut tout détruire avant de reconstruire, précise Michel Granier. Certains nous ont conseillé de déposer le bilan mais je ne pouvais pas planter là, du jour au lendemain, mes fournisseurs, dont certains me suivent depuis plus de quarante ans ».
Une audience renvoyée au 10 juin
Avec les ressources des autres serres, le couple fait tourner la société, à faible régime. « En quelques mois, on a perdu 60 % de notre chiffre d’affaires et mon épouse et moi, on travaille sans salaire pour payer celui de nos deux employés ».
Les Granier pensaient voir le bout du tunnel, début mars, avec une audience prévue devant le tribunal. Las, celle-ci a été renvoyée au 10 juin. « On espère que la justice tranchera vite et que les assurances suivront. Honnêtement, après tout ça, on est fatigué et on aimerait pouvoir tourner la page« . En espérant que personne ne fasse appel.
Parcelle et risque inondation
Fatigué par les épreuves, Michel Granier aimerait pouvoir passer à autre chose, une fois le procès bouclé. Comme vendre, par exemple, les 5 500 m2 de ce terrain (dont 4 000 m2 de serres) situé au Faubourg. Pourquoi pas à un promoteur… « On nous dit que le terrain n’est pas constructible, or il y a des habitations à proximité, on ne comprend pas ». La parcelle est en effet classée en zone UCI, c’est-à-dire « une zone urbaine à faible densité de population et peu équipée ». Surtout, le « I » correspond à la prise en compte du risque inondation. « L’habitat et les activités existants y sont maintenus, mais les travaux et aménagements doivent obéir aux règles édictées par le PPRI, destinées à prévenir le risque d’inondation et à réduire ses conséquences », indiquent les textes réglementaires. Et dans ce fameux PPRI (Plan de prévention du risque inondation), la parcelle figure en zone inondable rouge. Les nouvelles constructions y sont donc interdites…
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