Investec Champions Cup – « Ici, on ne peut pas s’endormir » : Santiago Chocobares évoque son évolution et la concurrence à Toulouse

Entré dans période qu’il adore, celle des matchs à élimination directe avec un premier rendez-vous samedi en huitième de finale de Champions Cup contre Bristol, Santiago Chocobares a accepté de se livrer. Le trois-quarts centre du Stade toulousain revient sur sa progression personnellle, sur le rugby néo-zélandais qui l’inspire au quotidien, sur le départ de Pita Ahki ou encore sur l’émulation énorme qui existe à son poste.   

Vous allez aborder votre premier match de phase finale de la saison. Qu’est-ce que ça représente à vos yeux ? 

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C’est toujours un moment particulier. Pour moi, quand le printemps arrive, c’est déjà un moment particulier (sourire). Parce que ça veut dire qu’on a passé l’hiver et tous les matchs disons un peu moins sympas. Ces périodes où il faut passer les doublons qui peuvent être risqués pour l’équipe. 

Elle ne l’a pas été cette année, comme lors des précédentes saisons…

Oui. Franchement, on a réussi à bien passer tous ces moments-là. Et aujourd’hui, on a basculé dans la semaine de notre premier match de phase finale. Je sais que quelque chose a changé.

C’est-à-dire ?

Il y avait un truc différent dans le staff ou chez les joueurs, dès lundi matin. On connaît les spécificités de la Champions Cup. Il faut bien la préparer toute la semaine, la cuisiner doucement, pour arriver à jouer contre une grande équipe de Bristol. J’ai regardé quelques matchs, et elle pratique un beau rugby, elle joue bien, un peu partout, donc il va falloir être prêt pour répondre à tous les combats. On sait que ce sera un match avec un temps de jeu très élevé.

Sentez-vous cette bascule aussi dans le contenu des séances ? 

Oui. Déjà, on a changé de compétition. Donc, on a senti aussi des choses différentes dans la manière dont le staff nous parle, dans ce qu’il nous propose… On n’a même pas vraiment revu le match de Montpellier, parce qu’on a laissé le championnat derrière nous. Là, les équipes vont êtres différentes, l’arbitrage va être différent. Je ne sais pas pour les autres mais, moi, j’ai senti dès lundi matin qu’on était dans une semaine particulière.

Comment le gérez-vous ?

Je pense que c’est pareil pour tous les joueurs : je veux absolument être prêt pour samedi soir. Parce que si tu perds, tu rentres à la maison et c’est fini.

Et, en tant que compétiteur, vous aimez ce genre de contexte…

Oui. Comme je le disais, c’est pour cela que j’aime le printemps. C’est vraiment le moment décisif pour nous. Personnellement, je suis ici pour vivre ces moments-là. C’est ce que j’adore dans le rugby. J’aime jouer, j’aime gagner des matchs. Mais, quand le printemps arrive, c’est différent. C’est la période où ta seule idée, c’est d’aller jusqu’au bout. Pour y parvenir, il faut faire attention à tout, chaque jour. Au moindre petit détail, dans chaque extra que tu fais. Ces petites choses qui, à la fin, font que ça va payer.

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C’est une période que vous savez bien négocier, avec de nombreux titres ces dernières années. Cette expérience collective vous sert-elle ? 

Je le pense. Par exemple, le week-end dernier, on n’a pas fait une grosse performance contre Montpellier. On a gagné, c’est important, mais le contenu n’était pas à la hauteur de notre équipe. Je n’avais pourtant pas de doute sur le fait que quelque chose allait changer dès cette semaine dans le groupe. 

Comment ça ?

La phase finale arrive. Et je sais que, pour le match de samedi, on sera tous prêts. Je connais le groupe, les joueurs, et même le staff. Tout le monde va répondre présent pour faire un gros match. Après, on gagne ou pas, c’est le sport. Mais on va faire une grosse performance.

Depuis que vous êtes arrivé à Toulouse en 2021, les fins de saison vous ont presque toujours souri. Vous avez souvent gagné votre place, été performant, et êtes allé chercher des trophées… 

Oui. C’est lié, je crois, au fait que c’est le moment dont je profite le plus de la saison. Le résultat, on ne peut pas toujours le contrôler mais je ne veux pas rater cette période. Je m’envoie à 200%, j’essaie d’aider l’équipe à chaque instant. Et cette saison ne va pas faire exception.

Votre place dans le groupe et dans l’équipe n’a fait que croître au fil des ans. Quel regard portez-vous là-dessus ?

La concurrence est toujours là, et elle fait toujours du bien. Mais oui, si je regarde de plus près, j’étais sur le terrain pour les quatre finales de Top 14. Et j’étais remplaçant pour la finale de Champions Cup (en 2024, NDLR), mais Pita (Ahki) s’est blessé en première mi-temps et je suis entré tôt dans le match. Je me donne les moyens pour être prêt et aider le collectif.

A quel point ?

Il y a toute une saison à traverser, et j’ai ma vie à côté. Mais, dans ma tête, le rugby est la seule priorité durant ces semaines décisives. Pendant ces deux ou trois mois qui arrivent, le rugby est vraiment au centre de tout. Ça veut dire que tout tourne autour de ça. Il n’y a rien d’autre. Cela ne signifie pas que je ne profite pas de ma vie mais, dans cette période, je monte tous les curseurs. 

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Vous avez souvent été associé à Pita Ahki, et étiez considéré comme son successeur en numéro 12. Comment avez-vous vécu son départ début décembre ? 

Jai appris la nouvelle quinze jours avant son départ, parce que je n’étais pas là (il était en sélection argentine, NDLR). Après, je l’ai remercié pour tout. Franchement, en jouant à mes côtés, il m’a appris tellement de choses…

Lesquelles ?

Pita était incroyable. Ses qualités techniques, ses plaquages… J’adorais aussi la manière dont il apportait l’énergie à l’équipe sans parler. Sur ce plan, il était exceptionnel. Et puis, c’est un mec tellement professionnel. Moi, j’aime beaucoup la culture néo-zélandaise, aussi celles fidjienne, samoane, etc. Pita, c’est un vrai garçon de Nouvelle-Zélande, des Tonga. Je l’ai remercié pour tout ce qu’il m’a apporté ici. On a beaucoup parlé ensemble. Aujourd’hui, il me manque et il manque beaucoup à tout le monde. 

Vous inspirez-vous de cette culture néo-zélandaise dans le rugby ? 

Oui, je suis allé dans une académie là-bas, celle des Blues, quand j’avais quinze ans. J’y ai passé deux mois. Et il fat voir la place de notre sport dans ce pays. L’Argentine, c’est le foot. La Nouvelle-Zélande, c’est le rugby. J’ai aimé le pays, j’ai aimé observer le rugby là-bas. Et j’ai l’impression d’avoir gardé une sorte de lien. 

Ah oui ?

Déjà, ma première sélection, c’était contre la Nouvelle-Zélande. Je ne sais pas si c’était un hasard ou pas (rire). En tout cas, je kiffe ce pays.

Certains joueurs néo-zélandais ont-ils été des modèles à votre poste ? 

Bien sûr. Déjà, Sonny Bill Williams. C’est un joueur qui m’a beaucoup inspiré. Et il y a bien sûr Ma’a Nonu.

Dans une précédente interview, il y a deux ans, vous nous confiez que votre voie de progression se trouvait dans l’utilisation du ballon, dans la volonté de faire jouer autour de vous. Vous avez beaucoup évolué sur ce plan, justement. Qu’en pensez-vous ?

Déjà, pour jouer ici, il faut être bon en attaque. Au début, je pense que j’avais surtout gagné ma place grâce à ma défense, à ma façon de plaquer. Mais, si tu as envie de rester dans la durée, il faut continuer à progresser sur d’autres secteurs. Par exemple, je me suis inspiré de Pita. Ses crochets étaient intéressants à regarder. Je ne sais pas s’il a appris cela au rugby à 7, car il en a fait beaucoup. Après, il faut peut-être essayer de marquer un peu plus d’essais (sourire). Cette saison, je n’ai pas encore marqué.

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Vous avez failli le faire contre Montpellier…

Oui, j’étais à un mètre (rire). C’est un truc sur lequel mon frère me chambre. Il m’a envoyé une photo: « Ce n’est pas possible, tu es à un mètre ! » L’important, c’est de continuer cette progression. J’aime bosser. 

Désormais, vous êtes davantage fixé en premier centre. Est-ce justement pour cette plus grande faculté à faire jouer ?

Oui, même si le 12 doit aussi aller mettre des coups de casque (rire). Les courses tout droit, ce n’est pas toujours le plus sympa, mais ça fait partie du job. Faire jouer autour, tenter des petites passes… Tout ça est aussi lié à la confiance que tu as en toi. J’avais peut-être quelques capacités auparavant, mais je ne me lâchais pas totalement. Là, je sens que, petit à petit, je me lâche de plus en plus. Même si j’ai encore beaucoup de marge de progression. Sans oublier, bien sûr, les bases de ce sport. C’est d’autant plus important sur les matchs de phase finale qui vont arriver. 

Et, même sans Pita Ahki, la concurrence reste très forte avec notamment Pierre-Louis Barassi, Kalvin Gourgues ou Paul Costes…

Pita est parti, mais « Kal » (surnom de Gourgues, NDLR) est monté. Et ça se passe toujours comme ça dans ce club. Ici, on ne peut pas s’endormir. Il faut continuer à travailler et à être ambitieux. Cette saison, c’est pareil. 

L’an passé, alors que vous étiez tenants du titre, vous aviez perdu en demi-finale de Champions Cup à Bordeaux. Repartir à l’assaut de ce trophée est-il un défi singulier cette saison ? 

Oui, parce qu’on a déjà vécu ça. Quand tu connais la sensation après être devenu champion… J’ai tellement kiffé, j’ai envie de le ressentir encore une fois. Mais, être champion d’Europe ou remporter le Top 14, cela demande beaucoup de travail, beaucoup d’efforts. On peut le faire cette saison, j’en suis certain. Au plus profond de moi, je veux encore gagner des choses. Et cette compétition est particulière pour nous. En fait, j’aimerais faire le doublé cette année encore. Mais, comme je le dis toujours, il ne faut pas brûler les étapes. On ne peut pas penser à la finale avant d’avoir joué les autres matchs. Est-ce que cela nous était arrivé l’année dernière ? Je ne sais pas. Mais on a vu que le fait d’être champion en titre ne t’assure rien. Alors, on se concentre sur ce week-end, avec l’objectif d’aller très loin. 

https://www.rugbyrama.fr/2026/04/01/investec-champions-cup-ici-on-ne-peut-pas-sendormir-santiago-chocobares-evoque-son-evolution-et-la-concurrence-a-toulouse-13301833.php

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