Quelques jours après le sacre des Bleus dans le Tournoi des 6 Nations, Peato Mauvaka a accepté de revenir sur ses dernières semaines singulières, lui qui avait retrouvé la compétition début janvier derrière une longue blessure. Et le talonneur toulousain a déjà basculé sur le choc à Bordeaux-Bègles dimanche soir, qui pourrait marquer sa première titularisation depuis son retour.
Avec quelques jours de recul, quel regard portez-vous sur ce scénario dingue vécu face à l’Angleterre samedi soir ?
Ce match était vraiment énorme des deux côtés, pour chacune des équipes… Disons qu’on a stressé jusqu’à la fin. Que ce soit le public, les supporters, mais aussi nous.
Que ressentiez-vous quand Thomas Ramos a posé le ballon pour cette dernière pénalité de la victoire ?
Moi, je fais partie de ceux qui jouent aussi avec Thomas en club. Donc, quand on a l’habitude d’être avec lui, on sait que, dans les grands matchs, il répond toujours présent.
Donc, vous ne trembliez pas ?
Non. Quand on voit la froideur qui était la sienne en posant le tee… Cela nous rassure tout le temps de le savoir aussi serein.
Que signifie à vos yeux ce deuxième titre d’affilée dans le Tournoi des 6 Nations ?
C’est énorme. Nous sommes tous très fiers de ce groupe, du travail qu’on a fait pendant des semaines. Il n’y a plus aucun match facile dans cette compétition. Mais… (Il s’arrête)
Quoi ?
Comme certains joueurs l’ont déjà dit avant moi, on avait bien démarré le Tournoi avec une grosse défense sur les trois premiers matchs. Et, même si on ressort vainqueurs de cette compétition à l’arrivée, ce n’est quand même pas normal d’avoir pris autant de points sur les deux dernières rencontres.
Après votre retour à la compétition à Perpignan début janvier, faisant suite à votre longue absence due à une grave blessure à un genou, vous nous disiez que, si on vous appelait pour le Tournoi, vous iriez en courant…
Oui, j’aime tellement porter ce maillot bleu. Même si j’avais très peu de temps de jeu, même pas 80 minutes, c’est toujours une fierté de représenter son pays.
Qu’est-ce que cela vous a apporté ?
Malgré huit mois d’absence, cela prouve j’ai encore la confiance du staff, et ça m’a fait du bien. Cela m’a fait reprendre un peu plus de confiance en moi. Savoir que, même avec aussi peu de temps de jeu, j’étais quand même sur les feuilles de match, ça m’a rassuré.
Vous avez participé à quatre des cinq rendez-vous, à chaque fois comme remplaçant. Qu’avez-vous pensé de vos performances individuelles ?
Je suis plutôt content. Je sais que je reviens d’une longue blessure, et ça m’a rassuré là aussi. J’ai beaucoup progressé en défense. Avec le temps de jeu qu’on me donnait, j’essayais de m’envoyer (sic) au maximum dans ce secteur, parce que je suis conscient de ne pas avoir encore retrouvé mes repères en attaque. Il fallait donc… Comment dire ?
Trouver le bon équilibre, peut-être ?
Oui, c’est ça. Je devais essayer de m’adapter au contexte, donc d’être un peu plus présent et efficace en défense. Je sais qu’entre le joueur que j’étais avant ma blessure et celui d’après, je défends plus.
Était-ce une évolution personnelle que vous visiez ?
Non, pas du tout. Mais, encore une fois, je m’adapte. Avant, on va dire que j’allais un peu partout où était le ballon (sourire). Mais, pour reprendre mes repères dans ce jeu-là, je crois que cela va prendre encore un peu de temps. En attendant, je préfère par exemple me concentrer sur ma défense.
Vous êtes désormais revenu au quotidien du club…
J’en ai l’habitude. Pour les internationaux qui ne sont pas en vacances, on a eu un peu de repos en début de semaine. Mais j’ai repris directement et ça fait toujours plaisir de retrouver ses petits repères en club après deux mois passés à Paris.
Et retrouver votre petit garçon, dont vous répétez que vous êtes dingue ?
Oui, tout à fait, il m’a beaucoup manqué. Ça passe trop vite, il a bientôt un an.
Est-ce que ça change quelque chose de jouer des matchs internationaux en étant papa, en se disant qu’il pourra vous voir à la télévision ?
Je pense qu’il a le temps, d’autant plus qu’on interdit un peu les écrans (rires). Mais, contre Montauban (match qu’il a disputé sur la semaine de repos du Tournoi, NDLR), j’ai eu la chance de l’avoir avec moi au stade. C’était un vrai plaisir. J’ai ressenti ce que les papas ressentent après chaque match.
Vous jouerez donc à Bordeaux dimanche. Vous ne serez pas dépaysé, face à beaucoup d’adversaires avec qui vous avez partagé la fenêtre internationale…
Oui. Sauf que, là, ils seront contre moi ! Mais cela me fera plaisir de voir Yoram (Moefana) et les autres. Je pense que ça va être un gros match. Même si pas mal de mecs sont en vacances de notre côté, on va partir avec une bonne équipe. On verra ce qu’il va se passer.
Avec ce déplacement chez le champion d’Europe, vous serez directement dans le bain pour le retour au Top 14…
Oui, mais j’ai l’impression que ce n’est pas vrai que pour Bordeaux. Cette saison, c’est serré, et on voit que c’est dur contre toutes les équipes. Mais c’est bien de revenir et d’apporter au groupe la petite expérience qu’on a connue au niveau international.
L’objectif est-il de maintenir la dynamique observée même en cette période de doublons ?
Oui, bien sûr. Ce qu’on veut déjà, c’est conserver la première place. Et pour y parvenir, c’est simple, il faut gagner des matchs. Ça passe donc par ce week-end. Même si on a un peu d’avance au classement, on ne veut pas se louper.
Depuis votre retour de blessure, vous avez disputé neuf rencontres, avec Toulouse ou le XV de France, mais à chaque fois en sortie du banc. Démarrer un match est-il dans un coin de votre tête depuis un moment ?
Oui, c’est mon objectif. D’ailleurs, j’ai toujours cet objectif, de retour de blessure ou pas, en équipe de France ou en club. Et puis, j’ai envie de savoir où j’en suis.
C’est-à-dire ?
Ce ne sont pas juste des petits bouts de vingt, trente ou trente-cinq minutes qui le permettent. J’ai envie de voir sur tout le déroulé de la journée, jusqu’au match. Après l’échauffement, on est déjà chaud mais, vu que je n’ai été que remplaçant depuis mon retour, j’ai refroidi à chaque fois. Puis, tu rentres en jeu plus tard… Là, j’ai besoin de voir ce que ça fait déjà de jouer une mi-temps entière, et plus si ça va bien. Mais bon, je le répète, j’ai toujours envie de démarrer.
Vous attendez donc cette première titularisation comme une étape supplémentaire…
Ça va faire longtemps, non ?
La dernière, c’était le 26 avril 2025, contre Castres en Top 14…
Oui, ça fait vraiment longtemps. Et vous savez quoi ? Mon fils était né peu de temps auparavant. Et pour les matchs qui ont suivi sa naissance, ça avait beaucoup changé pour moi avec le sommeil et le reste. Je considère que ma vraie dernière titularisation, c’était contre l’Écosse l’an passé (le 15 mars 2025, NDLR), pour le dernier match du Tournoi des 6 Nations. Il me tarde.
Quelles sont vos sensations au niveau du genou ?
J’ai toujours… (Il hésite) Je sais que ce n’est pas complètement naturel. Mais c’est parce que je ne le strappe pas et que je ne l’oublie pas totalement. Après, dès que je suis sur le terrain, à l’entraînement ou en match, je n’y pense pas. Là encore, j’attends de voir mes sensations sur match où je vais démarrer.
D’autant plus qu’avec la phase finale de Champions Cup qui se profile, avant celle de Top 14, les trois prochains mois vont être excitants…
Oui, on attend ça toute la saison, et on travaille dur pendant des mois pour arriver à ces moments-là. Pour l’instant, on pense au déplacement à Bordeaux et à la réception de Montpellier. Mais, pour la suite, j’ai pleinement confiance en notre groupe.
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