Mais où s’arrêtera-t-il ? À 22 ans, l’ailier bordelais a encore repoussé les limites du réel en inscrivant un quadruplé décisif et historique.
Avec « LBB », on sait toujours comment ça va finir. Mais on ne sait plus par où commencer. Samedi, le recordman en série a encore affolé tous les compteurs. Plus que jamais, les chiffres donnent le tournis : il y a son quadruplé, performance que seuls deux Français avaient jusqu’alors accomplie… en 1924 et 1937 ; il y a ces neuf essais personnels, nouveau meilleur total de tous les temps sur une même édition ; il y a ces deux grands chelems – deux éditions consécutives en marquant à chaque rencontre – qu’il est le premier finisseur à boucler ; et il y a, parmi tant d’autres choses, cette incongruité : en n’inscrivant que des essais, le Bordelais a échoué à deux points du podium des meilleurs réalisateurs de la compétition, entre Jack Crowley et Paolo Garbisi… « Arme fatale, record d’essais, productions incroyablement prolixes : les qualificatifs sont difficiles à trouver, commentait Fabien Galthié au coup de sifflet final. Il va sans doute être élu meilleur joueur du Tournoi. Il marche sur les traces d’Antoine (Dupont). »
Même l’intéressé était quelque peu dépassé par la tournure des événements, samedi soir : « Je n’avais jamais mis quatre essais de ma vie : c’est assez fou, voire irrationnel », évoquait l’Isérois d’origine, sans se départir de son humilité. Et de son mantra : « En tant qu’ailiers, on est là pour marquer, pour concrétiser les temps forts de l’équipe. » Ceux qui en parlent le mieux, évidemment, ce sont les autres. À commencer par ses adversaires : « Que vous dire ? Il est incroyable, tout bonnement, s’inclinait après coup Jack van Poortvliet. Sur le dernier coup de pied à suivre, j’ai sprinté comme jamais pour essayer de le devancer. Mais une fois que le ballon est tapé dans la profondeur, il est quasiment impossible de lutter tant sa vitesse est fulgurante. Aucune tactique ne peut contrer ça. » Si sa quatrième réalisation était imparable, les Anglais pourront déplorer leur organisation défensive sur ses deux premiers passages dans l’en-but. Sans couverture adverse, Bielle-Biarrey s’en est donné à cœur joie, à la réception de services en or de Thomas Ramos puis Matthieu Jalibert : « Sur le deuxième essai, quand je vois que Daly coupe, je sais que l’espace est dans le dos, raconte le numéro 10. Avec « Loulou », si le ballon fait un ou deux rebonds, c’est lui qui le récupère généralement. Ce sont des choses travaillées à l’entraînement. Mais disons que c’est plus facile quand il y a Louis à l’aile de gonfler ses stats. »
Près d’un essai français sur trois
Il y a ce qui se travaille à l’entraînement. Et ce qui est inné. Le superpouvoir de Louis Bielle-Biarrey en fait aujourd’hui un joueur à part sur la scène internationale. Théo Attissogbe, deuxième meilleur marqueur de ce Tournoi avec cinq essais à son actif, en parle avec une étincelle dans les yeux : « Ce qu’il fait est franchement stratosphérique. Et c’est forcément inspirant. On n’a pas beaucoup de différence d’âge (un an, N.D.L.R.) mais, sur le terrain, il règle tout le monde. Pour moi, c’est le meilleur ailier au monde. Il force le respect. » Et tant d’autres choses encore, de l’admiration à l’incompréhension : « On se demande juste où est-ce qu’il va s’arrêter… Tant mieux pour nous. Et pourvu que ça continue parce que ça nous a permis de gagner ce match. » Il y a évidemment bien trop de talents en France pour parler de « LBB-dépendance » mais les statistiques témoignent de son importance grandissante : sur les deux dernières éditions du Tournoi, le Grenoblois de formation a inscrit 28 % des essais tricolores (17 sur 60). Et ses mises sur orbite sur des jeux au pied dans le champ profond constituent l’arme numéro 1 – et de loin – de la bande à Galthié en attaque.
La même prière est sur les lèvres des entraîneurs et des millions de supporters du XV de France au sortir de ce 6 Nations : puissent les dieux du rugby le préserver de tout pépin physique. Avec déjà 1 583 minutes au compteur, « LBB » est l’international le plus utilisé cette saison. Lui aime tellement ça qu’il ne compte pas : « Quand on gagne, on se sent toujours mieux, souriait-il, samedi soir, avant la fête. Je me sens bien. Les vacances, ce sera pour plus tard. » Elles seront amplement méritées.
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