INFO RADIO FRANCE – Selon les informations de la cellule investigation de Radio France, un premier lien a été confirmé entre la consommation d’un lait infantile contaminé et la présence de toxine céréulide dans les selles d’un enfant hospitalisé à Montpellier.
« À ce jour, aucun caractère d’imputabilité n’a été établi scientifiquement ». Depuis le début de la crise des laits infantiles, révélée au grand jour au début du mois de janvier, la formule est répétée à l’envi par les industriels concernés, et relayée par la cellule de crise du ministère de la Santé (CORRUS). Mais cette ligne de défense pourrait rapidement évoluer. Selon les informations de la cellule investigation de Radio France, après huit intoxications de nourrissons recensés en Belgique, un premier lien entre la consommation de lait contaminé et la toxine céréulide a été établi.
L’enfant, âgé d’un peu moins d’un mois – 24 jours – avait été hospitalisé du 6 au 7 février au CHU de Montpellier, après avoir consommé un lait infantile de la marque Gallia Calisma (Danone) contaminé par la toxine céréulide et visé par un rappel officiel. Selon nos informations, la concentration de toxine découverte dans les selles du bébé était supérieure à la dose aiguë de référence, fixée fin janvier par les autorités sanitaires européennes et françaises à 0,014 microgramme de céréulide par kilo de masse corporelle.
La Direction générale de la santé a de son côté confirmé ce premier lien mais elle a précisé que cela ne permettait pas de conclure à un lien de cause à effet.
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Les analyses ont été menées en Belgique
Les analyses biologiques ont été réalisées par le laboratoire belge Sciensano, mandaté par la France pour tester à la fois les poudres de lait suspectes et les selles des enfants malades. Cette décision, intervenue mi-février, faisait suite à nos révélations selon lesquelles la France ne disposait d’aucun laboratoire de référence capable de réaliser ces tests cruciaux. Dans le même temps, des familles, dont les enfants avaient présenté des symptômes après avoir consommé des lots de poudres de lait rappelées, et qui demandaient que des tests soient menés sur les selles ou les poudres de lait, étaient renvoyées vers le fabricant Nestlé par la Direction Départementale de Protection des Populations des Hauts-de-Seine (92), où se trouve le siège de la multinationale.
Dans un enregistrement, une responsable de la DDPP 92 expliquait aux parents que l’entreprise Nestlé avait « gentiment accepté de faire les analyses » et qu’« il n’y avait pas d’autre solution ». Malgré le refus explicite exprimé par les familles de renvoyer les produits incriminés à la multinationale, les parents avaient ensuite reçu du groupe Nestlé un email leur demandant de renvoyer les produits, avec un bordereau de retour. Vingt-quatre familles, réunies au sein du collectif Intox’Alim, ont porté plainte, non seulement contre les industriels, mais aussi contre l’État, pointant l’incapacité des autorités à assurer la sécurité et le suivi des nourrissons exposés.
Les industriels continuent de qualifier ces retraits de « rappel préventif »
Plusieurs enquêtes judiciaires se déroulent actuellement en France, notamment à Angers, Bordeaux et Blois, où trois nourrissons sont morts après avoir consommé des lots de poudre contaminés, ainsi qu’à Paris, où le parquet a ouvert plusieurs dossiers, dont certains pour mise en danger de la vie d’autrui. Les fabricants, parmi lesquels figurent des géants européens comme Nestlé, Danone et Lactalis, ont procédé à des rappels dans plus de 60 pays. Mais ces mesures ont été prises avec des retards avérés : selon nos informations, et comme l’a confirmé le groupe Nestlé à la cellule investigation début janvier, la toxine avait notamment été détectée dès le 26 décembre dans des lots produits en France par Nestlé à l’usine de Boué (Aisne), en France, les produits n’ayant été rappelés qu’à partir du 6 janvier.
Dans leurs communications officielles, les industriels continuent encore aujourd’hui de qualifier ces retraits de « rappel préventif ».
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