Dossier – Quand les supporters pèsent de plus en plus dans l’économie du rugby pro

Entre des affluences records, une manne économique de plus en plus profitable et leur capacité à se faire entendre, les supporters jouent un rôle prépondérant dans le paysage rugbystique.

On en voit de plus en plus. Et on les entend de plus en plus. Eux, ce sont les supporters de rugby. En 2024-2025, au total, 2 932 750 spectateurs avaient pris place dans les stades de Top 14 ; soit une moyenne de 16 114 personnes par rencontre de première division. Il s’agissait d’un nouveau record d’affluence sur une saison, en hausse de 6 % par rapport à l’édition d’avant. À titre de comparaison, en 2014-2015, ils étaient tout juste 2,5 millions (soit 14 % de moins).
Sur l’exercice 2024-2025, le dernier complet, huit des quatorze pensionnaires de l’élite ont établi une nouvelle moyenne référence : c’était le cas de l’Union Bordeaux-Bègles (32 864), de l’Aviron bayonnais (16 445), de Castres (10 771), de la Section paloise (13 141), de Clermont (17 837), de Lyon (17 900) et de Perpignan (13 871).

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À Chaban-Delmas à Bordeaux ou au Hameau de Pau, supporter rime avec ferveur. Midi Olympique – Patrick Derewiany

Dix des quatorze clubs dépassaient les 80 % de taux de remplissage ; avec une mention toute particulière à La Rochelle qui a dépassé le cap des 100 matchs à guichets fermés en championnat en janvier 2025 et à Toulouse qui s’en approche et y parviendra sans nul doute.

À Chaban-Delmas à Bordeaux ou au Hameau de Pau, supporter rime avec ferveur. Midi Olympique – Patrick Derewiany

Cet emballement ne se limite pas à l’élite. Avec 1 430 046 spectateurs dans ses enceintes, soit une moyenne de 5 959 personnes par match (+ 6 % aussi), le Pro D2 a aussi enregistré un nouveau record d’affluence sur l’édition 2024-2025. « Ce qui donne de la valeur et sa légitimité à une compétition, c’est le remplissage de ses tribunes », nous avait un jour professé le boss du rugby à Canal +, Eric Bayle. À cet égard, la photographie actuelle du rugby professionnel français est des plus flatteuses avec un seizième homme plus que jamais présent et actif. L’impact des supporters ne se mesure pas seulement aux décibels et au nombre d’entrées. Économiquement parlant, leur importance est considérable. Il suffit de se remémorer l’état des finances des clubs en temps de Covid quand les tribunes étaient désertes… De 3,9 millions d’euros de recette moyenne par club en 2014-2015, les recettes matchs ont atteint 4,7 millions dix ans plus tard. Soit 15 % des rentrées d’argent des clubs. Une manne indispensable.

Des « manifs » et des pétitions

Le poids des supporters se ressent bien au-delà des 80 minutes des rencontres. Chez les clubs les plus passionnés, les adeptes donnent régulièrement de la voix pour faire passer des messages. À Toulon peut-être plus qu’ailleurs. Chaque saison est marquée par son lot d’interventions, du côté de Mayol : en 2022, les Fils de Besagne et autres Mordus avaient publiquement pesté contre les départs de Louis Carbonel et Eben Etzebeth ; un an plus tard, ils avaient déployé une banderole pour dénoncer le merchandising excessif de leur club au détriment de la politique sportive avec une banderole déployée à l’entrée du siège demandant « moins de moutarde, plus de rugby » ; en mars 2024, c’est une lettre ouverte qui avait été adressée aux dirigeants de la rade pour dénoncer l’inconstance des prestations, la trop faible incorporation d’espoirs locaux et, globalement, une « politique de l’autruche ».

À Perpignan particulièrement, la ferveur se fait entendre. Midi Olympique – Patrick Derewiany

À Perpignan, en janvier dernier, des milliers de supporters ont signé une pétition en ligne pour s’opposer à l’éventuel recrutement du pilier international Mohamed Haouas, au regard de son passé judiciaire. La prise de contacts avec le Montpelliérain n’avait pas été plus loin. Des projets de grande ampleur ont même été abandonnés face à la pression populaire : dans un passé récent, ça a été le cas de la fusion entre Bayonne et Biarritz ou encore celle des deux géants de la capitale, le Stade français et le Racing 92. Si les deux clubs de la capitale ne sont pas ceux qui déchaînent le plus de passion dans l’Hexagone, la mobilisation de leurs adeptes n’en avait pas moins été exemplaire dans ces circonstances : « J’ai entendu et compris les fortes réticences qu’a soulevées ce beau projet d’union », avait témoigné Jacky Lorenzetti à l’époque. « J’ai entendu l’émotion, la surprise et l’incompréhension des supporters, des joueurs et des membres de notre association, avait dit, comme un écho, son alter ego parisien, Thomas Savare. J’ai aussi entendu leur attachement profond à l’indépendance du Stade français Paris, cet attachement passant devant toutes les autres considérations. »

« Je n’avais jamais connu ça »

Le 16e homme est également une vitrine pour les clubs. Perpignan est un cas d’école en l’occurrence : le peuple sang et or est autant loué pour sa passion, sa capacité à se mobiliser et sa fidélité que raillé pour les débordements d’une part de sa communauté. Les chants repris par les adeptes de l’Usap mais aussi de l’Aviron bayonnais ou de la Section paloise sont, dans le même ordre d’idées, devenus des marqueurs d’identité à part entière. Les personnes présentes au stade aiment peser sur les débats – ou aiment croire qu’ils le font à tout le moins. Sur les joueurs, les arbitres. À ce sujet, Mathieu Raynal, le patron des hommes au sifflet, avait récemment calmé le jeu, d’ailleurs, dans nos colonnes : « Avec leurs oreillettes moulées, les arbitres sont dans leur bulle. Ils entendent un peu le public mais tout compte fait, ce n’est pas une pression supplémentaire. C’est même agréable d’évoluer dans de grosses ambiances. »
Quoi qu’il en soit, il n’y a pas une conférence de presse où les joueurs ne mettent pas le sujet sur la table : le soutien du public, sans qui rien ne serait pareil. En France, peut-être plus qu’ailleurs, soit dit en passant : « Ce sont des ambiances que je n’avais jamais connues avant, évoquait dernièrement Jamie Ritchie, ancien capitaine de l’Ecosse, devenu celui de l’Usap. La passion avec laquelle les supporters nous soutiennent, ça se rapproche de ce que l’on peut vivre au niveau international. » Et c’est sans nul doute la meilleure pub que peut avoir le Top14.

PLUS INFO  Wiaan Liebenberg (La Rochelle) : « En rugby, j’arrivais au bout du tunnel : il fallait que j’en sorte »

https://www.rugbyrama.fr/2026/02/18/dossier-quand-les-supporters-pesent-de-plus-en-plus-dans-leconomie-du-rugby-pro-13228689.php

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