Avec sa large victoire au pays de Galles conjuguée à la défaite des Anglais à Murrayfield, le XV de France est (déjà) la dernière équipe en lice pour réaliser le Grand chelem, celui qui pourrait être le onzième de son histoire. Sauf qu’évidemment, les Bleus préfèrent avancer cachés…
Quand le calendrier de ce Tournoi des 6 Nations 2026 fut dévoilé, les supporters français ont fait un rapide calcul : en cette année paire synonyme de trois réceptions, celle de l’Irlande dès la première journée allait forcément donner le ton. Et si les Bleus passaient cet écueil, tout indiquait qu’une « finale » pour le Grand Chelem se dessinerait pour la dernière journée du 14 mars et la venue de l’Angleterre au Stade de France. Un XV de la Rose qui s’avançait dans ce Tournoi en candidat crédible à la victoire finale, tant ses équipes de Premiership avaient fait forte impression en Champions Cup avec pas moins de sept équipes anglaises qualifiées pour la phase finale contre seulement quatre françaises. Sauf qu’évidemment, le sport et le rugby ne répondent à aucune logique mathématique. Et ce week-end, les Écossais de Greg Townsend que l’on disait exsangues ont fait redescendre Maro Itoje et consorts de quelques étages en les dominant de la tête et des épaules à Murrayfield. Défaite 31-20, la formation menée par le sélectionneur Steve Borthwick n’a plus de chance de remporter le Grand chelem. Et comme l’Italie de Gonzalo Quesada a manqué de maîtrise pour remporter un succès historique en Irlande (défaite 20-13), les Bleus de Fabien Galthié sont désormais les seuls en lice pour aligner les cinq victoires.
Cette performance est suffisamment rare pour être appréciée à sa juste valeur : non que le dernier Grand Chelem des Bleus remonte aux calendes grecques (c’était en 2022), mais il faut bien reconnaître qu’il n’arrive pas souvent : seulement dix fois dans toute l’histoire du XV du France (1968, 1977, 1981, 1987, 1997, 1998, 2002, 2004, 2010 et 2022). Ce dernier en 2022 avait même été une grande délivrance pour le rugby français, qui n’avait pas connu cette extase, donc, depuis douze ans.
Dupont : « Vous allez faire votre boulot, on va faire le nôtre »
Après leur victoire pleine d’autorité face aux Irlandais, les Français ont encore frappé un grand coup à Cardiff. Et leur prestation – quasi-parfaite malgré un léger relâchement en fin de match – leur a donné un peu plus de légitimité pour le gain du Grand Chelem. C’est du moins ce que le sélectionneur gallois Steve Tandy répondit quand on lui posa la question : « Je crois qu’ils en sont capables, oui. Ils l’ont montré aujourd’hui : la France possède un groupe d’une grande qualité, c’est une équipe puissante, capable de jouer dans la défense et qui s’appuie sur un pack très dense, des trois-quarts dangereux et un banc performant. Je pense qu’ils sont en bonne position pour remporter tous leurs matchs, même s’il faut bien sûr rappeler que le 6 Nations est une drôle de compétition où tout peut se passer. » Et Tandy ne croit pas si bien dire. Car les Bleus ont déjà connu de terribles déconvenues dans ce Tournoi. Souvenez-vous de l’édition de 2020 : en pleine crise Covid, nos Bleus avaient d’emblée maté l’Angleterre (24-17) avant de disposer de l’Italie (35-22) puis de s’imposer au pays de Galles (23-27). Idéalement lancés, ils n’avaient plus qu’à négocier un dernier déplacement à Murrayfield avant de recevoir l’Irlande au Stade de France. Seulement voilà, rien ne s’est passé comme prévu. À l’image d’un Mohamed Haouas qui colla une poire au flanker écossais Jamie Ritchie, les Bleus perdirent leurs moyens et tombèrent à Murrayfield (28-17). Et malgré leur victoire sur les Irlandais la semaine suivante (35-27), ils se firent coiffer sur le poteau par l’Angleterre qui remporta l’édition au bénéfice d’un goal-average favorable.
À quelques jours de défier les Italiens à Villeneuve-d’Ascq, les Français seront également bien inspirés de se souvenir de ce qu’ils ont vécu dans ce stade il y a deux ans, quand ils concédèrent un match nul historique face à la Squadra Azzurra. Un score paritaire bien payé, puisqu’on rappelle que le malheureux ouvreur italien Paolo Garbisi avait la victoire au bout du pied, sauf qu’il manqua une pénalité facile à la dernière seconde de la rencontre. Steve Tandy avait donc raison : tout peut arriver dans ce 6 Nations. Voilà pourquoi les Bleus, quand on leur demanda s’ils s’étaient ouvert une voie royale vers le Grand Chelem, ont poliment esquivé ce constat, à l’image de leur capitaine Antoine Dupont : « C’est ce pour quoi on se prépare depuis le début du Tournoi, on veut gagner tous les matchs. On a gagné les deux premiers. Après, vous allez faire votre boulot et on va faire le nôtre, mais on a assez d’expérience pour nous dire que jusqu’à la dernière journée, le Tournoi ne sera pas gagné. Aujourd’hui, on est en bonne position mais il nous reste trois matchs très durs. On va donc prendre les matchs les uns après les autres avec le plus de sérieux possible. C’est la meilleure façon d’arriver au bout de cette compétition. »
.
