Une grève de trois jours débute ce mardi chez le géant des jeux vidéo Ubisoft, pour protester contre la quasi-disparition du télétravail et un nouveau plan d’économies.
« On a très très peur qu’à terme, tout ça finisse comme ça s’est fini chez France Télécom« , alerte ce mardi, au micro de France Inter, Vincent Cambedouzou, délégué syndical du STJV (Syndicat des travailleurs du jeu vidéo) chez Ubisoft Paris. Les salariés du géant du jeu vidéo français sont appelés à faire grève pendant trois jours, à partir de ce mardi et jusqu’à jeudi. Des piquets de grève sont prévus à partir de 14h au siège parisien d’Ubisoft, à Saint-Mandé, et en fin de matinée devant les studios de l’éditeur à Montpellier, Lyon, Annecy et Bordeaux.
L’annonce le 21 janvier d’une nouvelle organisation interne, au prix de l’annulation de plusieurs jeux, dont le remake très attendu de « Prince of Persia – Les Sables du Temps », et d’une cure d’austérité de 200 millions d’euros sur deux ans, a soufflé sur les braises de la contestation sociale qui avait agité le groupe en 2024 autour d’une réduction du télétravail et des conditions salariales. Ubisoft souhaite désormais revenir à cinq jours de travail en présentiel par semaine, assortis d’un quota annuel de télétravail, malgré un compromis trouvé l’année dernière sur le sujet.
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Une situation comparable à celle de France Télécom selon Vincent Cambedouzou, délégué syndical
« On a des accidents de travail qui se multiplient en ce moment« , affirme Vincent Cambedouzou. « Depuis l’annonce de ce plan de restructuration, on a été contraints, avec les élus (syndicaux), de déclencher plusieurs alertes pour danger grave et imminent« , explique le délégué syndical qui trouve que la situation rappelle la vague de suicides chez France Télécom, de 2007 à 2010, lors de deux plans de restructuration prévoyant le départ de 22.000 employés et la mobilité de 10.000 autres (sur 120.000 employés).
« Avec cette nouvelle annonce, les salariés ont l’impression que c’est le retour en enfer. Les gens ont été bouleversés, ont été sidérés. On a déjà fermé des studios, licencié des gens un peu partout dans le monde« , poursuit Vincent Cambedouzou. « Énormément de gens craignent pour leurs conditions d’existence, se demande s’ils vont pouvoir continuer à bosser dans le jeu vidéo et dans le même temps, on sent beaucoup de colère« , décrit-il, et ce « en France ou à l’étranger, en Italie, en Espagne, en Scandinavie, même en Amérique du Nord ».
« Une crise globale sur le marché du jeu vidéo » selon Olivier Mauco, président de l’Observatoire européen des jeux vidéo
« Les gens commencent à vraiment être poussés à bout par ce qu’il s’est passé et par ce qui semble être la goutte d’eau de trop pour passer à un stade supérieur de colère et de mobilisation« , prévient encore Vincent Cambedouzou. Invité de France Inter ce matin, Olivier Mauco, docteur en sciences politiques et président de l’Observatoire européen des jeux vidéo, explique que la crise « inédite » que traverse le groupe depuis un an et demi « est une crise globale sur le marché du jeu vidéo« .
« Les concurrents vont mal aussi« , dit-il. Aux États-Unis, « à peu près un tiers des personnes » qui travaillent dans l’industrie du jeu vidéo « ont connu un licenciement » ces deux dernières années, souligne-t-il, s’appuyant sur un récent rapport. Soumis à plusieurs plans d’économie, Ubisoft a fermé plusieurs de ses studios à l’étranger, notamment à San Francisco (Etats-Unis), Osaka (Japon), Leamington (Royaume-Uni), Stockholm (Suède) et Halifax (Canada).
Une colère mondiale des studios d’Ubisoft
Il a également mené des restructurations au sein de studios à Abu Dhabi, en Finlande ou encore en Suède. Le numéro 1 français, qui compte environ 17.000 salariés dans le monde, s’est séparé de plus de 3.000 employés ces dernières années. D’autres studios d’Ubisoft dans le monde pourraient se joindre au mouvement, selon les syndicats, et un rassemblement est également prévu devant celui de Milan.
Dans un communiqué, la direction d’Ubisoft explique que la « transformation annoncée par Ubisoft le 21 janvier vise à ouvrir un nouveau chapitre pour le Groupe » et être « conscients que ces évolutions, notamment en matière d’organisation du travail, suscitent des réactions fortes« . Ubisoft indique aussi être « engagé dans un dialogue ouvert et constructif avec les employés et les représentants du personnel afin d’accompagner cette transformation et de construire un cadre de travail stable et lisible pour tous« .
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