Alors qu’on l’attendait de nouveau très frontal et cantonné autour des rucks en vertu du retour de Dupont, le jeu des Bleus a agréablement surpris face à l’Irlande, avec une volonté affichée de déplacer le ballon en passant davantage par le duo Jalibert-Ramos. Un « ménage à trois » plus que prometteur…
La scène a surpris la semaine dernière, lorsque le staff des Bleus refusa aux cameramen présents de capter certaines images de l’entraînement ouvert. La raison ? Une cachotterie de bon aloi, dans le désir de camoufler jusqu’au dernier moment les évolutions de leur système offensif, qui furent très claires face à l’Irlande… En effet, alors qu’on l’attendait très frontal, autour d’Antoine Dupont et de ses avants, le jeu des Bleus a moins penché autour des rucks que d’habitude, illustré par la statistique d’une moyenne de passes par ruck supérieure à 2, du quasi-jamais-vu sous l’ère Fabien Galthié. « Il y a eu quelques modifications au niveau du système qui nous ont permis de toucher pas mal de ballons, appréciait après coup Matthieu Jalibert. Il faut pour cela féliciter les gros qui nous ont mis dans l’avancée. » Le fruit d’un travail de l’ombre exemplaire, dans le sillage d’un François Cros plus indispensable que jamais sur ses premiers soutiens, mais surtout d’un Antoine Dupont moins gourmand que lors du dernier Tournoi en termes de prises d’initiatives individuelles. « Avec Matthieu, on s’est mis au service du collectif, commentait sobrement le capitaine. On a tenté de faire jouer les autres du mieux que nous pouvions. On a su alterner entre nos avants et le jeu derrière, on a touché les extérieurs, on s’est fait des passes (plus de 200 selon AiA Sports dont 22 après contact pour 19 franchissements, N.D.L.R.). C’est donc très positif. »
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En zone de marque, quasiment dansun rôle de « cinq-huitième » après Ramos
Positif, oui, et surtout prometteur, sachant que les Bleus pourront encore rôder leurs repères face aux Gallois puis aux Italiens. L’influence du duo Jalibert-Ramos se faisant déjà clairement sentir, puisque les deux hommes se sont trouvés directement impliqués sur les cinq essais français. Avec cette tendance – pas forcément prévue – très intéressante, qui consiste à voir Jalibert jouer en zone de marque dans un rôle de cinq-huitième, en deuxième attaquant derrière Ramos. « Dans notre système, il y a le 9, le 10 et le 15 qui sont très influents, confirmait Jalibert. Thomas, c’est quelqu’un qui adore être au cœur du jeu et prendre les responsabilités. C’est positif d’avoir deux numéros 10 sur le terrain parce qu’on ne peut pas être partout. Ça nous permet d’être menaçants des deux côtés du terrain. » Dupont et Jalibert ajoutant à cet arsenal leur capacité à faire peser simultanément du danger dans les trois rideaux, de par leur lecture supérieure du jeu et leurs aptitudes techniques enfin mises au service d’un vrai dessein commun, à l’image de ces essais d’Ollivon ou de Bielle-Biarrey nés de petit « chips » improvisés par la charnière bleue, sans oublier la réalisation personnelle de Jalibert dans un côté fermé parfaitement ménagé par son binôme, ou encore ce dernier bijou d’Attissogbe sur lequel la cohabitation Ramos-Jalibert fut optimale (voir ci-dessus). L’unique réserve ? Elle relève d’une finition pas optimale, ce qui n’est pas anecdotique si l’on veut se souvenir qu’avec le trio Dupont-Jalibert-Ramos, les Bleus avaient signé l’an dernier une partition offensive remarquable en Angleterre gâchée par un même manque de froideur près des lignes. En souhaitant ne pas voir l’histoire bégayer…
De l’appétit et de la « jouerie », enfin !
C’est peu dire que l’impression globale laissée par les tests de novembre avait été désastreuse. Celle d’une équipe terne, sans enthousiasme, incapable de dynamiser une pénalité à la main ou de jouer rapidement une touche. Un état d’esprit qui a singulièrement tranché avec celui affiché contre l’Irlande, où les Bleus ont enfin (re) pris des initiatives. « On voulait mettre du rythme car l’Irlande peut parfois pécher physiquement, expliquait après coup Matthieu Jalibert. C’est pourquoi on voulait emballer le match pour les sortir de leurs structures. Avec la vitesse qu’on a derrière, on savait que les touches ou les pénalités vite jouées pouvaient les mettre à mal. » Une « jouerie » incarnée par la charnière tricolore qui s’est avérée contagieuse, à l’image de cet essai d’Ollivon venu d’une touche rapidement jouée par Jalibert avant d’être bonifiée par un petit par-dessus de ce dernier, ou encore du deuxième essai de Bielle-Biarrey. « Dans mon dernier geste, il y a de la chance, souriait Thomas Ramos au sujet de sa « passe au pied ». Mais ça montre qu’on a tenté des choses, comme ce petit jeu au pied d’Antoine Dupont par-dessus le ruck, qu’on n’osait plus faire depuis un moment » Or, la chance ne sourit qu’aux audacieux…
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