L’historien et sociologue sera ce jeudi 5 février à Béziers pour une conférence sur le thème de la crise démocratique : comment en sortir ?
Quels sont les différents visages de cette crise démocratique ?
L’histoire de la démocratie est celle d’une crise permanente. Le programme général de la démocratie – qui est de donner le pouvoir à la société et de représenter cette société en politique – a toujours été considéré comme inachevé. En France, depuis la Révolution, on a essayé beaucoup de constitutions, différentes formules d’élections… C’est un chantier permanent. La caractéristique de la crise actuelle, c’est qu’elle est mondiale. Partout, nous nous retrouvons face à des partis très affaiblis, qui ne sont plus adaptés à notre temps. Les partis fonctionnaient quand ils représentaient des grands groupes homogènes, comme les employés, les ouvriers, les cadres. Aujourd’hui, nous sommes dans une société plus éclatée.
Que vous inspire la situation à Béziers, avec un maire de droite qui n’est pas encarté, un candidat RN qui cherche à s’implanter, une gauche éclatée entre trois listes ?
Cela montre que l’on fait moins confiance aux partis. Les partis politiques ont régné un siècle, à partir de 1900, en organisant la population. Aujourd’hui il y a une autre attente, qui profite à de nouveaux entrants, extérieurs au jeu politique. L’élection d’Emmanuel Macron c’était ça. Les 10 % d’intention de vote pour Sarah Knafo à Paris, c’est ça aussi. C’est un signe de crise de la démocratie. Les partis politiques ne semblant plus représenter la société, on se tourne vers des personnalités qui sont supposées incarner la nouveauté, ou l’indépendance.
Les candidats aux municipales qui effacent leur étiquette politique des affiches électorales, c’est le même phénomène ?
Effectivement, ils se présentent comme des personnalités indépendantes, au service de l’intérêt général.
Les municipales, c’est une occasion d’apaiser cette crise ?
Oui, car toute une partie de ces élections se déroule dans des petites communes, où l’atmosphère est beaucoup plus apaisée, où le fait d’être maire est beaucoup plus une responsabilité qu’une dignité.
C’est pour cette raison que les Français ont un jugement moins sévère envers leurs maires ?
La démocratie tient beaucoup à la visibilité de l’action. Une action nationale a des résultats chiffrés dans les statistiques – plus ou moins de dette, de chômage, d’inflation – mais tout cela reste très global. L’action locale est plus lisible, plus visible. Cela rend la personne qui va être élue plus proche de celui qui est l’électeur.
Vous insistez souvent sur le fait qu’il faut faire vivre la démocratie en dehors des élections. Qu’entendez-vous par là ?
Effectivement. La démocratie, c’est aussi le fait de pouvoir discuter, délibérer, de jouer un rôle dans les décisions publiques. Et pas seulement pendant les campagnes électorales. La démocratie c’est également surveiller les pouvoirs, et pas seulement les élire tous les cinq ou six ans. Les partis politiques ont en quelque sorte réduit ces fonctions en disant : faites-nous confiance pour toutes les exercer.
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