Les évènements météorologiques sont particulièrement intenses depuis le mois de décembre. D’après l’association Météo Béziers, composée d’amateurs fins connaisseurs du climat méditerranéen, tout porte à croire que c’est la conséquence du réchauffement climatique.
Le ciel est-il en train de tomber sur la tête des Biterrois ? Depuis le mois de décembre, des pluies hors normes s’abattent sur le territoire provoquant une crue de l’Hérault, puis une crue de l’Orb ce 18 janvier. Pour Mathieu Matéo, géographe et fondateur de l’association Météo Béziers, ces évènements, particulièrement intenses, sont la marque d’un nouveau système météorologique.
Ces trois derniers hivers ont été plutôt secs. Cette année, à l’inverse, nous vivons d’importantes inondations. Comment expliquer ces différences ?
Ce sont des cycles. La région a connu un épisode similaire entre l’année 1995 et l’année 1997. L’Orb et l’Hérault étaient sortis de leur lit en même temps. Un peu comme cette année. Ces trois derniers hivers, des anticyclones, aux Açores, nous protégeaient. En conséquence, nous avons connu des hivers plutôt secs. Cette année, depuis décembre, c’est un changement total : toutes les dépressions tombent sur la Méditerranée.
Pourquoi les pluies sont-elles aussi diluviennes ? Par ailleurs, nous sommes plutôt habitués à voir ces épisodes pluvieux surgir en septembre, octobre ou en mars.
Habituellement, les périodes propices aux dépressions en Méditerranée ce sont plutôt celles des équinoxes, en effet. Cette fois, c’est en décembre et en janvier et nous n’avons pas vraiment d’explication. On est sûr que c’est dû au changement climatique car il favorise la circulation des systèmes anticyclones et de dépressions sur l’océan Atlantique. Nous avons changé de système météorologique. En d’autres termes : les cartes sont rebattues.
L’Hérault puis l’Orb ont débordé de manière spectaculaire. Comment expliquez-vous de telles crues ?
La crue de l’Hérault, en décembre, a été exceptionnelle. Il tombait 500 mm autour du Mont-Aigoual et c’est descendu jusqu’à nous. Au pied du Mont-Aigoual, dans les Cévènnes, il y a ce qu’on appelle un bassin-versant. C’est une portion d’espace terrestre à l’intérieur de laquelle toutes les eaux pluviales, en surface ou en profondeur, se dirigent vers le même exutoire. Et là, le bassin-versant a pris l’eau et l’exutoire, situé à Agde, s’est retrouvé rempli en excédent. C’est pour cela qu’on a eu le plus gros de la crue entre Montagnac et Agde. C’est le même schéma pour l’Orb. Ici le bassin-versant part du nord d’Avènes, dans les hauts cantons, et va jusqu’à l’embouchure de l’Orb à Valras-Plage. Tout s’est rempli en même temps et, à l’exutoire, tout est descendu. Raison pour laquelle c’est entre Valras et Béziers qu’il y a eu le plus d’inondations.
Ces pluies vont-elles nous permettre d’échapper aux sécheresses cet été ?
Concernant le mois de décembre, nous sommes à 300 % d’excédent d’eau sur le département de l’Hérault. Pour janvier, le mois n’est pas fini mais nous devrions être à un excédent de 200-250 %. C’est énorme ! C’est 4 à 5 fois plus que la normale sur l’échelle du département. Autant d’eau est bénéfique évidemment. Mais s’il ne pleut pas entre mars et juin, l’eau s’évaporera et les sécheresses seront probables s’il ne pleut plu.
Que pouvons-nous attendre pour la suite ?
Il est raisonnable de penser que la fin du mois de janvier sera encore dépressionnaire. Il n’y aura pas nécessairement d’inondations. En revanche le temps restera agité.
En ce qui concerne une vision plus lointaine, il est clair que nous devons nous habituer à vivre avec des extrêmes. Il n’y a plus de juste milieu. Qu’il s’agisse de pluies très importantes ou de sécheresses, le dérèglement climatique, c’est surtout la multiplication des pics immodérés. Nous pouvons très bien avoir des pluies diluviennes en hiver et des sécheresses en été.
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