Pour des raisons physiques ou sportives, François Cros, Peato Mauvaka et Cyril Baille faisaient partie des grands absents de la tournée d’automne. Même s’ils ont retrouvé du temps de jeu depuis peu, ils pourraient tous trois faire leur retour dans la liste élargie des Bleus pour préparer le Tournoi des 6 Nations. En voici les raisons.
C’est ce mercredi, en cours de journée, que le staff du XV de France dévoilera à travers un communiqué la première liste des quarante-deux joueurs retenus pour préparer le prochain Tournoi des 6 Nations. Une compétition qui va arriver vite, très vite même. Pour rappel, le match d’ouverture entre les Bleus et l’Irlande – soit le choc XXL de l’édition 2026 – aura exceptionnellement lieu le jeudi 5 février. D’ici là, et même si Fabien Galthié pourra protéger vingt-huit joueurs (au lieu de vingt-trois) lors du week-end du 31 janvier, à l’occasion de la 16e journée de Top 14, le sélectionneur sait qu’il aura peu de temps pour faire travailler son groupe et l’amener à dominer le XV du Trèfle. Pourtant, et selon les dernières indiscrétions, il pourrait choisir de rappeler dans le groupe des éléments qui sont revenus très récemment de blessure, ou qui avaient moins joué ces derniers mois. Trois noms marquants sont régulièrement cités depuis quelques jours, ceux des Toulousains François Cros, Peato Mauvaka et Cyril Baille. Trois cadres des années Galthié. Trois cas très différents aussi.
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Cros, l’indispensable
Pour ce qui est de Cros, sûrement le joueur français le plus performant et le plus régulier en sélection depuis la Coupe du monde 2023, son retour est évidemment une excellente nouvelle pour l’encadrement tricolore, tant il est un maillon essentiel du paquet d’avants. Le hic ? Il est tout de même qu’il existe un doute sur l’état physique du troisième ligne, lui qui n’a retrouvé la compétition que samedi dernier, contre Sale. Une entrée en jeu, à une demi-heure de la fin, qui a rassuré sur sa forme, puisqu’il s’est tout de suite mis en évidence dans le jeu courant et en défense. « C’était à son image, disait Antoine Dupont après le match. On a vu des plaquages dans les tibias et, surtout, beaucoup d’activité, des soutiens offensifs, des rucks mais, aussi, du jeu debout. On l’a vu s’exprimer ballon en main. Je pense que lui aussi, pour sa première, a pris du plaisir. Et nous, on est très contents de le retrouver parce que c’est un joueur qui compte dans les moments importants. » La définition même de l’utilité suprême de Cros dans n’importe quel dispositif, que ce soit celui de Toulouse ou des Bleus.
Le joueur règne tellement dans les tâches obscures que Galthié espère pouvoir compter sur lui pour conserver le titre dans le Tournoi. « Dès lors qu’il est sur le terrain, il est forcément rassurant pour l’équipe, expliquait aussi son manager Ugo Mola samedi. Il travaille fort et permet certainement à l’équipe de jouer mieux. C’est bien pour lui. Sincèrement, je loue souvent les qualités humaines et sportives de mes joueurs. Mais François est tellement dans ce que les autres ne veulent pas faire. C’est tellement agréable d’avoir ce genre de joueur. » Reste que Cros a connu de gros problèmes au genou cette saison, avec des douleurs récurrentes qui l’ont empêché de jouer après la première journée de championnat, à Clermont le 7 septembre, et l’ont même contraint à subir une intervention chirurgicale en novembre pour nettoyer ce même genou. Il avait ainsi manqué la tournée d’automne. Même s’il monte en puissance, Mola a tenu à demeurer prudent sur son cas : « Il faut qu’il arrive à gérer au mieux l’inflammation qui est la sienne au niveau de son genou. On va avoir des moments un peu délicats et des moments où il sera bien. » Sera-t-il prêt pour affronter l’Irlande ? Une interrogation à laquelle Galthié et ses adjoints chercheront à répondre rapidement.
Mauvaka, au nom des garanties
Pour Peato Mauvaka, il n’y a guère d’incertitude. Le talonneur toulousain devrait bien faire partie du premier groupe annoncé ce mercredi. Il y a d’ailleurs là une forme de logique, dans le sens où le Calédonien a toujours été retenu, depuis des années, dès lors qu’il a été disponible. Mais, s’il a raté la dernière tournée de novembre, c’est évidemment qu’il était blessé. Gravement touché à un genou droit en avril 2025 (rupture du ligament croisé antérieur), l’intéressé n’a retrouvé les terrains du Top 14 que le 3 janvier, à Perpignan. Il était remplaçant ce jour-là, comme ensuite aux Saracens et face à Sale. Trois entrées en jeu qui lui permettent de revenir dans le rythme, sachant qu’il devrait enchaîner samedi pour le choc du championnat, contre Pau. Même si lui reconnaissait, voilà deux semaines dans ces colonnes, qu’il avait besoin de retrouver toutes ses sensations : « Je sais que je suis moins fort que sur le genou gauche pour l’instant. »
Pour autant, alors que son objectif est de se rapprocher au plus vite de son meilleur niveau, lui apporte de sérieuses garanties à l’échelle internationale. « J’ai confiance en mon jeu, nous expliquait-il également. Et je sais que, si j’ai confiance en moi, ça va rouler derrière. » Au-delà, le binôme qu’il forme avec Julien Marchand, son partenaire de club, est une assurance tous risques pour le staff du XV de France. L’un qui débute, l’autre qui termine. Et les coachs tricolores comptent bien s’appuyer sur la complémentarité de ce duo-là jusqu’à la Coupe du monde 2027 en Australie. S’il donne suffisamment de gages sur son état physique, malgré son maigre temps de jeu, il pourrait donc retrouver la place qui est la sienne en équipe nationale, à savoir sur la feuille de match, dès ce Tournoi 2026.
Baille, la caution expérience
En ce qui concerne Cyril Baille, la situation est encore plus complexe. En effet, jusqu’à présent, le pilier gauche a vécu une saison tout à fait particulière. Déjà parce qu’il souffre encore d’une cheville, à laquelle il avait été gravement touché et dont il avait été opéré en juin 2024. Une souffrance que le Toulousain a appris à surmonter, comme il l’expliquait récemment : « J’ai toujours ce problème d’arthrose qui me gêne, mais on travaille là-dessus, pour bien remuscler aussi le mollet et bosser sur cette mobilité. Il a fallu reprendre quelques bases à zéro pour essayer de revenir au mieux possible. On a bien travaillé avec les préparateurs, qui m’ont beaucoup aidé. » Des soucis qui expliquent en grande partie ses difficultés sportives depuis un an. S’il était présent lors des cinq matchs du Tournoi des 6 Nations remporté en 2025 (tous comme remplaçant), alors qu’il est revenu à la compétition peu de temps avant, il a ensuite perdu sa place de titulaire en club dans la dernière ligne droite de l’exercice 2024-2025.
Surtout, alors que ses problèmes à la cheville l’ont freiné, Baille a vécu des derniers mois compliqués à Ernest-Wallon. Entre le 20 septembre et le 28 décembre, il n’est apparu que sur deux feuilles de match, à chaque fois sur le banc. « Ça n’a pas été simple, affirmait-il aussi. Quand on est compétiteur, on n’a qu’une envie, c’est d’être sur le terrain. » Forcément, il n’a pas été retenu par le staff des Bleus à l’automne, lui qui est un taulier de l’équipe nationale depuis 2020. Mais les ponts n’avaient évidemment pas été coupés entre les deux parties, comme le soulignait Baille : « Fabien (Galthié) m’a appelé avant la tournée. On a pas mal débriefé ensemble. Et William (Servat) m’écrit très régulièrement. Il a pris énormément de nouvelles pour savoir comment j’allais. Je l’en remercie. Ça fait plaisir de se sentir soutenu là-dessus. Maintenant, c’est à moi de jouer. » Et il l’a fait.
Performant pour son retour dans le XV de départ toulousain face à La Rochelle lors du boxing day, le gaucher était également titulaire contre Sale samedi dernier. Suffisant pour être rappelé à Marcoussis ? C’est probable. En tout cas, il a rassuré sur sa capacité à retrouver son véritable niveau. William Servat, qui le connaît parfaitement pour l’avoir aussi entraîné à Toulouse, sait aussi qu’il apporte de grosses garanties dans le secteur de la mêlée fermée et que son expérience (56 sélections) peut être précieuse. À un poste où personne ne s’est imposé aux côtés de Jean-Baptiste Gros en son absence (même si Baptiste Erdocio et Rodrigue Neti n’ont pas déçu), Baille pourrait se voir offrir une chance de montrer qu’il peut encore jouer un rôle jusqu’en 2027.
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