« Rejoindre Paris pour manifester, c’est symbolique car on sacrifie l’agriculture française », toujours des barrages filtrants en Aveyron

La crise agricole s’accentue cette semaine. Après Toulouse hier, le ras-le-bol des agriculteurs s’exprime ce jeudi 8 janvier à Rodez. Des barrages filtrants ont été installés autour de la ville. À Toulouse, 17 agriculteurs ont été mis en examen hier après avoir bloqué de nombreux axes routiers.

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Après Toulouse hier, à son tour, Rodez est bloqué, ce jeudi. Et Paris, au même moment. Les agriculteurs continuent d’exprimer leur colère et leur ras-le-bol.

Ils s’insurgent depuis plus d’un mois contre le protocole d’abattage systématique des troupeaux de bovins en cas de dermatose modulaire contagieuse, mais aussi contre la signature à venir du traité du Mercosur (accord de libre-échange entre l’Union européenne et des pays d’Amérique latine) qui, selon ces manifestants, serait très préjudiciable aux agriculteurs français.

En Aveyron, ce qui a mis le feu aux poudres c’est l’arrestation dans la nuit de mercredi à jeudi de plusieurs membres de la Coordination rurale (CR) dont Eloi Nespoulos, le président de la CR Occitanie et son vice-président qui étaient en direction de Paris.

En Aveyron, ils ont mis en place différents barrages filtrants sur les ronds-points de l’agglomération ruthénoise ce jeudi matin. Cette nouvelle action perturbe fortement la circulation après celle d’hier autour de l’agglomération toulousaine qui a provoqué des kilomètres de bouchons autour de la métropole.

L’opération a été satisfaisante hier car on a réussi à rentrer sur le périphérique toulousain et à se faire entendre pour alerter sur notre situation.

Rey

Membre de la Coordination rurale 82

« L’opération a été satisfaisante hier car on a réussi à rentrer sur le périphérique toulousain et à se faire entendre pour alerter sur notre situation, explique Rey, membre de la Coordination rurale 82. Mais quand vous voyez l’accueil qui nous a été fait par les forces de l’ordre, quand j’entends la ministre de l’agriculture qui nous parle d’ordre, c’est n’importe quoi! »

Les différents points de blocage sont aujourd’hui levés à Toulouse mais l’Etat hausse le ton face à ces mobilisations. Hier, Pierre-André Durand, le préfet de la Haute-Garonne a condamné ces manifestations.

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Des agriculteurs installés sur le fil d’Ariane mercredi 7 janvier sur le périphérique toulousain. © FTV/ Pascale Felix

Tout rassemblement et toute circulation de tracteurs sur les principaux axes étaient en effet interdits sur l’ensemble du département. Le préfet « déplore que ces manifestations se soient tenues en dépit des interdictions prononcées et ce, malgré un dialogue entretenu avec les organisations syndicales depuis plusieurs semaines avec une volonté partagée d’apaisement ».

Selon les services de l’État, plus de 170 tracteurs et 70 véhicules légers se sont mobilisés hier autour de Toulouse et ont bloqué de nombreux axes : A68, A61, RN124, A64 et RD820.

Ces manifestations considérées comme des troubles à l’ordre public, selon la préfecture, ont donné lieu à 17 interpellations et mises en garde à vue d’agriculteurs en Haute-Garonne.

Tous sont ressortis en fin de journée mais des tensions se sont produites avec les forces de l’ordre hier soir, notamment sur le rond-point route d’Espagne à Portet-sur-Garonne où des agriculteurs ont été encerclés par des gendarmes mobiles en fin de journée et obligés de quitter les lieux après une intervention des forces de l’ordre.

Les agriculteurs ne sont pas violents envers les forces de l’ordre et ne veulent pas l’être. Mais la répression peut pousser à bout.

Luc Mesbah

Secrétaire générale de la FDSEA 31

« Un manifestant a été blessé durant la soirée, explique Luc Mesbah, secrétaire générale de la FDSEA 31. C’est pas la réponse d’un gouvernement vu la situation actuelle, les agriculteurs ne sont pas violents envers les forces de l’ordre et ne veulent pas l’être. Mais la répression peut pousser à bout, la proportion n’est pas équilibrée. Nous, on ne va pas disparaître en silence! »

Ce jeudi 8 janvier au matin, des gendarmes se sont installés à l’entrée de l’exploitation agricole du secrétaire général de la FDSEA 31, là où sont stockés les tracteurs qui ont manifesté hier. « Cette surveillance me fait rire, cela ne va pas nous arrêter », précise Luc Mesbah.

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En parallèle, des agriculteurs du sud-ouest, partis mardi, ont réussi à atteindre la périphérie parisienne ce jeudi. Mais ils sont désormais bloqués par les forces de l’ordre aux portes de la capitale.

Nos engins ont été bloqués aux alentours d’Etampes par les forces de l’ordre cette nuit, certains tracteurs ont même été saisis par la police.

Julien Aurières

Arboriculteur et vice président de la CR 82

durée de la vidéo : 00h00mn21s

Un groupe d’agriculteurs venus du Tarn-et-Garonne est stoppé dans sa progression vers Paris à Etampes (Essonne) par les forces de l’ordre

« On avait un groupe de dix tracteurs tarn-et-garonnais, explique Julien Aurières, arboriculteur et vice-président de la CR 82. Mais, nos engins ont été bloqués aux alentours d’Etampes par les forces de l’ordre cette nuit, certains tracteurs ont même été saisis par la police. »

Des forces de l’ordre bloquent jeudi 8 janvier l’entrée sur Paris des agriculteurs de la CR82 au niveau d’Etampes en région parisienne. © Julien Aurières, vice-président CR82

La délégation d’agriculteurs de la Coordination rurale 82 est finalement partie à pied et en transport en commun rejoindre l’Assemblée nationale pour manifester avec des agriculteurs venus de toute la France.

« Rejoindre la capitale pour manifester, c’est symbolique car on est en train de sacrifier l’agriculture française. C’était important de remettre de la pression sur le gouvernement car deux ans après la précédente crise agricole, rien n’est réglé! Nous n’avons toujours aucun cap, ni aucune vision. La moitié des exploitations sont en difficulté, 20% pourraient mettre la clé sous la porte. Tous les voyants sont au rouge et personne ne réagit », précise Julien Aurières.

Les agriculteurs devraient être reçus par des députés ce jeudi au palais Bourbon. Dans le sud-ouest, ils restent déterminés. De nouvelles actions sont en réflexion d’ici aux prochains jours.

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