Pour la Saint-Sylvestre, ce sera la dernière garde pour le docteur Laurent Savath, sur la base héraultaise de la Sécurité civile

Le docteur Laurent Savath est médecin anesthésiste de formation. Sapeur-pompier volontaire depuis 2001, il est actuellement médecin chef des sapeurs-pompiers de l’Hérault à la base hélicoptère de la Sécurité civile de Montpellier. Il va prendre sa dernière garde opérationnelle pour cette période des fêtes de fin d’année.

Quel est exactement votre rôle à bord de l’hélicoptère de la Sécurité civile ?

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Il consiste à la prise en charge médicale des victimes en pré-hospitalier, pour des détresses d’une particulière gravité ou dans des milieux particulièrement difficiles d’accès, en autonomie ou en collaboration avec les équipes médicales et les secouristes sapeurs-pompiers au sol.

Quelles différences avec le travail au sol ?

Le moyen héliporté permet de gagner du temps par rapport au transport routier pour les victimes qui exigent une prise en charge dans les plus brefs délais et qui sont éloignées des centres de soins de références. La spécificité du Dragon reste son treuil qui permet l’acheminement d’une équipe de secours au plus près de la victime et son extraction dans des milieux particulièrement périlleux ou éloignés d’une voie carrossable.

Quelles sont les compétences spécifiques nécessaires pour exercer en hélicoptère ?

Ne pas avoir d’appréhension de l’hélicoptère ou du treuillage. Avoir une capacité à travailler en totale autonomie en milieu très dégradé. Cela nécessite, compétence technique, sang-froid, capacité à improviser en fonction des contraintes aéronautiques.

Comment s’organise la coordination entre le pilote, le mécanicien de bord, les secouristes et vous ?

Le pilote s’occupe de la planification aéronautique de la mission et de sa faisabilité. Il est responsable de la sécurité de la machine et de l’équipage. Il reste aussi souverain. Le mécanicien s’occupe de la mise en œuvre technique de la machine et du treuil. Le sauveteur secouriste héliporté a pour mission de mettre en sécurité l’équipe médicale et la victime pendant les phases de treuillage et durant la phase de médicalisation de la victime au sol. Le binôme médecin/infirmier travaille de concert pour assurer les soins appropriés.

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Comment se passent les échanges avec les équipes au sol (pompiers, gendarmes, Samu, PGHM…) ?

Via un contact par radio sur un canal pré-défini qui permet de prévenir de notre arrivée sur zone, définir l’idée de manœuvre. D’un point de vue médical, nous prenons les infos comme sur chaque intervention auprès du commandant des opérations de secours, du chef d’agrès ou de nos confrères du Smur.

Quelles sont les particularités médicales de l’intervention en hélicoptère ?

Les contraintes principales telles que le milieu très bruyant rendant impossible la communication avec la victime. L’exiguïté peu adaptée des soins techniques complexes pendant le vol. Il faut donc anticiper ce qui pourrait se passer et bien conditionner la victime avant de la mettre dans la machine. Il y a aussi l’isolement des interventions sans aucune possibilité de renfort médical, avant le vol. Cela nécessite une grande autonomie et une certaine aisance technique.

Comment se déroule la prise en charge d’un patient pendant le vol ?

On essaie de penser à tout avant le vol pour ne pas avoir à intervenir pendant le vol parce qu’on sait qu’une fois installé dans la machine, même accéder à la perfusion va être compliqué. Donc on sécurise tout, on essaie de calmer au mieux la douleur avant de mettre la machine en route, etc.…

Quelle formation spécifique avez-vous suivie pour intervenir en hélicoptère ?

Au-delà de la formation médicale, nous avons une formation délivrée par les équipages sur les consignes de sécurité en vol et des formations régulières aux treuillages de jour comme de nuit. De plus, nous avons annuellement un stage « survie mer » pour nous apprendre à réagir en cas de crash maritime. Enfin, avec nos partenaires du GMP (groupe milieu périlleux) du SDIS34, nous avons des exercices annuels pour nous apprendre à évoluer en sécurité dans les milieux périlleux ou dégradés.

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Comment gérez-vous les risques liés à l’hélicoptère lui-même ?

Nous respectons les règles de sécurité de base, notamment celles liées au rotor et au RAC et ensuite on fait confiance au pilote qui reste seul décisionnaire de la faisabilité de la mission, quel que soit le moment. La décision du pilote concernant la sécurité du vol l’emporte sur l’urgence médicale… Ça ne se discute jamais !!!

Comment gérez-vous le stress et la pression dans des environnements parfois très hostiles ?

L’expérience, l’entraînement, l’humour et en général je profite du temps de vol aller pour anticiper la situation à laquelle je vais devoir faire face et les actions à faire. Il y a évidemment du stress, mais c’est ce qu’on vient chercher !

Qu’est-ce qui vous motive dans ce métier ?

L’adrénaline, sortir de sa zone de confort, amener sa compétence médicale hors de l’hôpital pour secourir les gens qui en ont besoin, être le dernier recours. Mais aussi le travail en équipe, la confiance entre les équipages et les soignants qui se connaissent et s’apprécient.

Quels sont les moments les plus difficiles ou les plus gratifiants ?

Les moments les plus difficiles : sans surprise, je vous dirais que c’est le décès de celui qui était vivant quand on est arrivé et que l’on n’a pas réussi à sauver, particulièrement quand cela touche les enfants.

Le plus gratifiant, c’est quand la victime blessée au milieu de nulle part, isolée, dans le froid, la pluie, incapable de se déplacer, se retrouve au chaud dans l’hélicoptère, sortie d’affaire alors qu’elle n’en voyait pas l’issue… Vous arrivez à sentir le soulagement dans son regard !

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Quels défis voyez-vous pour l’avenir de la médecine héliportée ?

Comme la médecine en général, le défi humain et sociétal. Les médecins d’aujourd’hui n’ont plus le même investissement que leurs aînés. Il en faut plusieurs pour compenser un qui part en retraite. Nous avons nous aussi des difficultés à combler les vacances et jours fériés. Il y a les contraintes budgétaires et un jour sans doute, la concurrence des entreprises privées qui voudront investir ce secteur. Des contraintes réglementaires les en empêchent pour l’instant.

Comment les technologies récentes ont-elles fait évoluer vos missions ?

Le GPS qui nous amène directement sur la victime, la communication avec Hélitracking qui permet des échanges entre tous les intervenants d’une mission. Cela garantit une fiabilité de communication de 100 % sur le territoire Français. Il permet ainsi de s’affranchir des problématiques de communication qui sont actuellement le talon d’Achille des opérations de secours. Sur le plan médical, il y a l’échographe miniaturisé qui permet un bilan d’imagerie rapide pour confirmer ou éliminer les grandes pathologies et affiner notre prise en charge ou l’orientation de la victime vers le lieu le plus adapté à son état.

Qu’aimeriez-vous que le grand public comprenne mieux sur le travail des équipages de la Sécurité civile ?

Les équipages sont disponibles tous les jours, à toute heure. L’hélicoptère de la Sécurité civile c’est un peu ce que les forces spéciales sont à l’armée régulière. C’est une équipe très entraînée, équipée de matériel spécifique et performant qui permet d’aller là où les secours classiques ne peuvent pas intervenir, et capable de réaliser le secours en totale autonomie en conditions dégradées.

 

https://www.midilibre.fr/2025/12/31/pour-la-saint-sylvestre-ce-sera-la-derniere-garde-pour-le-docteur-laurent-savath-sur-la-base-heraultaise-de-la-securite-civile-13121201.php

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