Comme tous les ans à cette époque, ICI Hérault reçoit une personnalité du département, hors de toute actualité. L’occasion de prendre le temps faire sa connaissance autrement. Rencontre avec une véritable figure locale, et à double titre : Jacques Gravegeal.
Rencontre avec Jacques Gravegeal, 78 ans, viticulteur et maire de Campagne depuis 54 ans.
ICI Hérault : Vous êtes un personnage public à deux facettes. Il y a l’élu local, maire du village de Campagne, et il y a le viticulteur. Si je dis que la vigne, le vin, c’est dans votre ADN est-ce que j’exagère ?
Jacques Gravegeal : Pas du tout. C’est une vérité totale : fils, petit fils, arrière petit-fils de vigneron. Quand vous êtes dans une petite commune rurale où l’essentiel de l’économie était basé sur la viticulture, à l’école primaire, on était tous des fils de vignerons. Ou filles aussi, bien sûr.
Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance dans ce milieu ?
Ce sont de très bons souvenirs, la jeunesse c »est toujours un bon souvenir. Nous n’étions pas, comme aujourd’hui, préoccupés dans les familles par le revenu, on va dire. La satisfaction, c’était de pouvoir tous les jours manger à sa faim et boire à sa soif.
Moi, j’ai tout le temps connu des poules, des dindons, des canards, des lapins, un jardin avec des pommes de terre, des tomates, et pour donner un peu plus de grandeur à tout cela, une cheminée dans la maison. C’est à dire pouvoir brûler du bois, avec des souches, des sarments et autres, et faire de la rôtisserie de qualité.
On va faire un grand bond en avant pour arriver en 1987, date de la création de l’IGP Pays d’Oc dont vous êtes le co-fondateur. On passe alors de la quantité à la qualité, mais pas que…
Savoir faire du bon vin, on peut, techniquement, œnologiquement, mais savoir faire du vin qu’on commercialise, ça c’est autre chose.
Vous êtes le président du Syndicat des vins du Pays d’Oc, vous avez été président des Jeunes agriculteurs de l’Hérault, vous avez été président de la FDSEA, vous avez été président de la Chambre d’agriculture, vous êtes maire. D’où ma question : est-ce que vous avez besoin de tenir les rênes, d’être leader en quelque sorte, pour pouvoir avancer?
(Hésitation…) C’est une question qui est difficile… J’ai mené une vie intense. Mon premier modèle électif à 23 ans, ça a a été maire, j’ai été un des plus jeunes maires de France, le plus jeune de l’Hérault, ça c’est sûr. J’ai été président des Jeunes agriculteurs après. On avance en marchant et on marche en avançant : j’ai commencé à mettre le doigt, ça a pris le bras, puis ça a pris tout le corps.
Mais vous préférez quand même être aux commandes, non?
Je suis l’aîné de la famille, et c’est paradoxal ce que je vais vous dire mais j’ai toujours rêvé que j’ai un frère aîné. Parce qu’il y a des moments où vous vous posez la question de savoir : ‘est-ce que j’ai raison ?’
Et puis vous savez que vous êtes devenu, quelque part, un exemple et si vous êtes un exemple, vous ne pouvez pas être mauvais exemple. C’est ce qui m’a toujours taraudé. Je n’ai pas le droit d’être mauvais, mais je sais que, quelques fois, je le suis.
Cette question va peut-être vous paraître bête, mais vous êtes grand, 1m93, vous avez une voix qui en impose, alors est-ce que ça, ça aide à être un peu plus charismatique ?
Objectivement, je vous réponds franchement que je pense que oui. Le jour où j’ai découvert ces deux attributs et que je pouvais m’en servir, je vous avoue franchement que je m’en suis servi.
Vous avez été élu maire pour la première fois en 1971, donc c’était il y a 54 ans. On peut dire que c’est pratiquement toute une vie, en tout cas, c’est une grande, grande partie de votre vie. Certains diront que vous êtes un passionné de cette fonction et d’autres diront que vous vous accrochez à cette fonction. Où est la vérité ?
J’aurais tendance à dire ni l’un, ni l’autre, mais bon, la fonction, ce n’est pas une vocation au départ.
Neuf mandats, ce n’est pas rien. C’est quoi votre moteur ?
Moi, je suis un homme de projets. Dans ma propriété, tout d’abord, et malheureusement, il y a ici un incident, pour ne pas dire plus, qu’il faut que je vous relate. J’ai été élu maire le 18 mars 1971 et le 8 octobre, j’ai perdu mon père dans un accident de voiture, en pleines vendanges. Aîné de la famille, je me retrouve alors avec cette fonction de maire et j’ai passé la cap.
Vous vous êtes posé la question de renoncer ?
Non, pas du tout. Parce que j’ai reçu un réconfort extraordinaire des gens du village et je me suis retrouvé obligé d’avoir des projets. Des projets d’exploitation et en même temps des projets communaux que nous avions mis en avant dans la campagne électorale.
Cela a été salvateur ?
Oui, c’est ça.
Mais vous l’aimez votre village…
Oui et je suis fier d’avoir amené à mon village le plaisir d’y vivre, à tous ceux qui viennent.
On arrive à la fin de cet entretien, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour 2026 ? Un 10e mandat par exemple ?
La question est de naturelle, je vous comprends très bien, alors vous comprendrez très bien que cette réponse, je la réserve à mon conseil municipal. Quand on jugera opportun de dire ce que nous avons l’intention de faire, nous, l’équipe, à ce moment là, on le dira officiellement.
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