Parce que c’est Noël et parce que le 25 décembre nous avons tous et toutes envie de douceur et de bonnes nouvelles, Midi Libre a choisi, ce mercredi, de revenir pour vous sur les belles histoires de l’année 2025. Les belles trajectoires, les grandes surprises et les jolies destinées. Parmi elles, celle du passionné Olivier Fury. On a souvent évoqué les malheurs du sexagénaire, envoyé à la barre du tribunal par les services de l’État pour avoir rénové une église délabrée sans autorisation. Si la justice a fini par le relaxer en mars dernier, sa vie n’en a pas moins été bouleversée.
Il continue de percer. Non plus les murs qu’il a patiemment rénovés, mais les mystères de son église, la Chapelle des Augustins à Montagnac dont il est le propriétaire depuis 2011. Sa dernière découverte ? « Tout laisse à penser que les bénédictins de l’abbaye de Valmagne (située à 10 km de là, sur la commune de Villeveyrac, NDLR) ont d’abord occupé ce lieu à partir du XIIIe siècle avant de déménager par manque de place. Ils ont laissé ce monastère que les moines augustins ont entièrement réhabilité« , décrit Olivier Fury, montrant ensuite quelques vestiges, dont un puits à l’eau réputée vertueuse, qui permet une plongée dans… l’histoire. « Il amène sur un réseau de galeries qui conduit lui-même dans une grande salle où un drone a permis de trouver des piliers et des voûtes. Une autre église se trouverait donc quinze mètres sous nos pieds« , ajoute-t-il.
La passion semble toujours intacte. Pour autant, le sexagénaire ne le cache pas : il est aujourd’hui fatigué par plusieurs années de combat pour sauver cet élément majeur du patrimoine religieux héraultais, qui aurait peut-être disparu sans son action.« Je n’ai pas dormi pendant trois ans, j’ai usé ma santé, j’ai perdu de l’argent et j’y ai laissé ma vie de famille. Je suis en instance de séparation« , regrette-t-il.
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« Rouleau-compresseur »
Pourtant, Olivier Fury en a définitivement fini avec ses déboires judiciaires le 24 mars dernier, lorsque la cour d’appel de Montpellier l’a relaxé, au bout de plus de deux ans de procédure.« Un soulagement« , se souvient-il, lui qui a longtemps cru qu’il pourrait se voir punir de trois ans de prison et 500 000 € d’amende, la peine théorique maximale pour avoir effectué des travaux dans un bâtiment inscrit au titre des monuments historiques, sans l’autorisation idoine de la direction régionale des affaires culturelles (Drac).
À Midi Libre, qui suit son affaire depuis mars 2023, l’Héraultais d’adoption l’a toujours admis, « c’est vrai, j’ai commis une négligence administrative« . Mais, pensait-il, son investissement personnel, « plus de 360 000 €« , et le temps passé avec les bénévoles de l’association de sauvegarde du monastère des Augustins de Montagnac à retaper cette église, désacralisée à la fin des années 60 et devenue une ruine quarante plus tard, devaient lui permettre d’éviter de tels ennuis. Il avait même reçu une médaille de la ville et un courrier de la Première dame, Brigitte Macron, pour le féliciter de son action. « Et puis, des agents de la Drac avaient effectué des visites et, parce que j’avais respecté l’esprit d’une rénovation patrimoniale, ils ne m’avaient jamais fait la moindre remarque« .
Mais la machine administrative est parfois cruelle. « Un rouleau compresseur« , compare-t-il. Il a suffi d’un signalement de l’un de ces agents de l’État au procureur de la République de Béziers pour que la Justice s’en mêle et, respectant la règle à la lettre, le condamne en première instance, en juillet 2023, à une double amende de 3 000 € et à tout remettre en état.
Le bout du tunnel
Sonné, Olivier Fury avait alors lui aussi choisi de suivre le juge à la lettre et a menacé de redonner à l’église, l’apparence qu’elle avait quand il en a fait l’acquisition. Notamment avec un trou béant dans la toiture, ainsi qu’il le montre sur une photo. « Les premiers coups de marteau ont vite fait réagir« , rembobine-t-il. De fâcheries en réunions, le Montagnacois s’est finalement vu accorder, rétroactivement, un permis de construire, « même si j’ai dû faire revenir un architecte pour cela« .
Dès lors, le jugement en appel n’apparaissait plus que comme une formalité. « J’ai même senti le procureur agacé de devoir juger un tel dossier« , analyse Olivier Fury. Qui a tout de même attendu avec fébrilité, jusqu’au bout, le délibéré.
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« Ce fut la fin d’un cauchemar, mais celui-ci laisse des traces« , observe-t-il. Neuf mois plus tard, il n’a toujours pas l’autorisation d’ouvrir son lieu au public, sauf pour des visites privées, et a abandonné tous ces projets de son et lumière, d’exposition d’œuvres contemporaines ou de dégustation de vins. Il y a de l’amertume, forcément.« Celle d’avoir subi tout cela alors que j’ai sauvé une église quand il en disparaît une chaque semaine, faute d’entretien« . Mais de ces douze ans, Olivier Fury veut aussi retirer du positif. « J’ai reçu des milliers de messages de soutien, et pas uniquement de catholiques. Il y a aussi les félicitations de tous les gens qui viennent visiter l’église, ça réchauffe le cœur« . Et cela pousse à chercher les trésors que cache encore ce monastère.
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