Ce sont principalement les collectivités publiques qui déblayent les routes après la levée des blocages des agriculteurs, et en assurent la charge financière. À Rodez, la mairie parle de 20 000 euros de frais pour déblayer tous les déchets, et à Auch, on évoque un coût d’au moins 50 000 euros.
C’était le dernier barrage des agriculteurs en Ariège … La route est désormais libre à Tarascon au niveau du rond-point de Sabart sur la RN20. Les agriculteurs ont levé le camp dans la nuit de dimanche à lundi. Mais la circulation n’a mis plusieurs heures à reprendre : avant cela, place au nettoyage, car des tonnes de déchets ont été laissées sur place.
Alors dès l’aube, une dizaine d’agents de la direction interdépartementale des routes Sud-Ouest (DIRSO) sont entrés en action pour nettoyer la chaussée. Ils dégagent cet axe stratégique vers Ax-les-Thermes, impraticable depuis dix jours. « On a de tout : du fumier, également des ballots de paille, des parpaings, du béton, des restes de palettes « , décrit Amaury Bregeault, chef du district sud de la DIRSO.
Tous ces déchets vont être déblayés, triés puis envoyés vers les filières adéquates. Un nettoyage coûteux pour les collectivités. Rien que pour les routes nationales en Ariège, le coût est évalué à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Parfois, des panneaux ou autre mobilier urbain sont endommagés, il faudra donc également financer leur remplacement.
Ailleurs dans la région, le nettoyage des barrages est également en cours. Lorsque ce sont des rues ou des routes secondaires, ce sont les communes qui sont chargées de régler la facture. À Rodez par exemple, la mairie parle de 20 000 euros de frais pour déblayer tous les déchets, et à Auch, le directeur général des services de la ville chiffre carrément ce coût à au moins 50 000 euros, voire 100 000 euros ! Cela inclut l’enlèvement, le tri et le traitement des déchets. Parfois, il faut faire appel à des prestataires spécialisés, et cela coûte d’autant plus cher à la collectivité. Le lisier ou les pneus ne peuvent en effet pas être recyclés par n’importe qui.
Dans le Gers mais aussi dans l’Aude, des voies ferrées ont parfois été occupées. Des déversements sur les voies peuvent aussi vite coûter cher. Il y a parfois des dégâts sur les aiguillages. La SNCF devra chiffrer les réparations. Pour l’heure, il est trop tôt pour connaître le coût exact de la remise en état des routes en Occitanie, mais il représentera pour sûr une enveloppe de plusieurs centaines de milliers d’euros d’argent public.
Ailleurs en France, la facture s’annonce aussi salée. Dans le département de la Vienne par exemple, la Préfecture a estimé que le nettoyage des déchets laissés ce mois-ci par les agriculteurs en colère coûtera 600.000 euros.
Le Préfet de la Vienne veut porter l’affaire en justice, espérant que des agriculteurs pollueurs soient contraints de rembourser ces coûts de nettoyage. Théoriquement, la loi encadre le nettoyage des routes après le passage d’engins agricoles. En cas de litige, la condamnation peut aller d’une amende de 1.500 à 3.000 euros, au regard de l’article R 116-2-4 du code de la voirie routière qui sanctionne toute personne qui répand sur la chaussée des substances nuisant à la salubrité et à la sécurité publique.
Suite aux blocages survenus lors de la révolte agricole de janvier 2023, une partie des communes ayant dû assurer le nettoyage avaient ensuite sollicité une indemnisation auprès de l’Etat.
Propos recueillis par Justine Salles, Pascal Dussol et Laurent Dubois.
