Top 14 – « C’est un monstre, une machine » : portrait de Gerard Fraser, l’indispensable cerveau du jeu de l’Aviron bayonnais

Gerard Fraser – Entraîneur de Bayonne Bras droit de Grégory Patat et responsable du rugby à l’Aviron bayonnais, l’ouvreur néo-zélandais a récemment prolongé son contrat au Pays basque, pour les quatre prochaines saisons. Technicien reconnu dans le milieu, il s’est construit une certaine légitimité grâce au travail colossal qu’il abat.

Mercredi midi, l’Aviron bayonnais a donc officialisé la prolongation de Gerard Fraser, le grand architecte du jeu ciel et blanc, pour les quatre prochaines saisons. Après de longues discussions, le technicien néo-zélandais a décidé de rempiler, et, s’il va au bout de son contrat, Fraser aura passé huit ans sur le banc du club basque. Dans le monde du rugby professionnel, c’est une éternité. « Les négociations étaient plus dans le contenu, les évolutions possibles, que sur l’aspect financier, explique le président de l’Aviron, Philippe Tayeb. On a voulu envoyer un message de stabilité avec un membre important du staff qui a une place assez flagrante. Les discussions ont été intelligentes et constructives. Il avait la volonté de rester, nous, on voulait le garder. Il fallait trouver le mode opératoire et la trajectoire qu’il veut donner à sa carrière d’entraîneur. »

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Delpoux : « C’était le Thomas Ramos de notre groupe »

Celle de joueur a démarré en Nouvelle-Zélande, où il a joué pour les Crusaders mais voilà près de vingt ans que Ged Fraser est arrivé en Europe, puisqu’il a posé le pied en Italie en 2002, du côté de Calvisano, où il a évolué de 2002 à 2005, puis de 2007 à 2009. Entre-temps ? Fraser a passé deux saisons à l’Aviron bayonnais où le regretté Gilbert Doucet l’avait recruté, et Bayonne restera un des quatre clubs qu’il a connus en France avec Grasse, Béziers et Bordeaux. « C’était le métronome de l’équipe, le Thomas Ramos de notre groupe, le gars qui faisait le relais essentiel entre le staff et les joueurs. Il savait retranscrire à la perfection ce qu’on lui demandait, et en bon Néo-Zélandais qu’il est, il répondait complètement aux attentes. Il avait une lecture de ce qu’on lui proposait et une discipline indispensable pour ce métier », raconte Marc Delpoux, qui l’a entraîné en Italie, puis à l’UBB.

Au fil des années, les deux hommes ont construit une relation forte et après l’avoir entraîné, Delpoux a sollicité Fraser pour s’occuper, avec lui, de Provence Rugby, de 2015 à 2017. « Comme il était à Grasse et que ce n’était pas loin, j’avais proposé au président de le récupérer, parce que j’avais besoin de quelqu’un de compétent pour s’occuper des trois-quarts, se remémore le Narbonnais. Vu sa carrière de joueur, il me semblait qu’il était fait pour ça. »

Avec Provence Rugby, alors en pleine construction, Fraser a appris l’exigence du Pro D2, et grandi en même temps que le club, avant que Jean-Noël Spitzer ne le débauche pour le faire venir à Vannes. « À l’époque, mon collègue avec qui j’entraînais depuis trois ans était en disponibilité et il reprenait son poste de cadre technique, se souvient Spitzer. Je cherchais un technicien. On avait joué le maintien pendant deux saisons et j’avais besoin d’un autre discours pour évoluer dans notre jeu et sur l’entraînement. On s’appuyait beaucoup sur l’état d’esprit de manière générale et basique. On faisait beaucoup de contre-attaques, de turnovers, on utilisait les ballons de désordre mais on manquait de précision sur les lancements, le jeu de possession ou les attendus techniques. En échangeant avec Ged, j’étais convaincu qu’il allait nous apporter quelque chose. »

Là encore, le druide breton a vu juste, puisque du côté de la Rabine, l’expertise du Néo-Zélandais a permis au club breton de se qualifier à deux reprises (2019, 2021) pour la demi-finale du championnat. Jamais le RC Vannes n’avait atteint un tel stade de la compétition avant son arrivée. « Ged nous a fait grandir, poursuit Jean-Noël Spitzer. On s’appuie encore sur beaucoup d’éléments qu’il nous a apportés. Il a amené de la précision sur l’aspect technique ou l’organisation générale du jeu. Il a également été précieux sur la mise en place des lancements de jeu au niveau de la ligne des trois-quarts. Ce fut une grosse évolution, pour nous. » Pour Fraser aussi, étant donné que ses bons résultats dans le Morbihan lui ont ouvert les portes du Top 14, en tant qu’adjoint de Grégory Patat à Bayonne.

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Un bourreau de travail

Au Pays basque, l’ancien demi d’ouverture a pris du galon, d’entrée. Patat l’a nommé directeur du rugby et, du côté de Jean-Dauger, le technicien néo-zélandais façonne le projet de jeu ciel et blanc depuis trois ans. Il n’est peut-être pas le numéro un, car Grégory Patat a l’étiquette d’entraîneur en chef mais son opinion compte énormément, il anime toutes les séances, pendant lesquelles il donne de la voix et lorsqu’il n’est pas sur le terrain, Fraser est derrière son ordinateur, où il travaille, beaucoup. « À Calvisano, il passait des heures, à la Wilkinson, à buter. Tant que ce n’est pas propre, Ged continue », appuie Marc Delpoux. Du côté de Jean-Dauger, on dit de lui que c’est un acharné de boulot. « Pour réussir dans ce métier, il faut l’être. Il a cette caractéristique, et il a fait d’énormes sacrifices, car il est loin de sa compagne, qui est en Italie. Pour Ged, le rugby c’est plus de la passion que du travail », juge Delpoux. « Il est obnubilé par le rugby, c’est quelque chose qui prend énormément de place dans sa vie », confirme Spitzer. « Franchement ? C’est un grand malade, il ne fait que ça, se marre le directeur sportif de Nice, Matthew Clarkin, qui l’a côtoyé du temps où il évoluait à l’UBB. Il m’arrive de l’appeler pour parler d’un joueur qu’il a eu, et souvent, je l’appelle pour parler de mecs qu’il n’a pas eus, car il connaît tout le monde. Il passe sa vie à étudier les joueurs et les différentes équipes. »

C’est un expert et les joueurs le perçoivent comme un entraîneur qui va les faire progresser

Ce qui lui permet d’avoir, souvent, une longueur d’avance sur les autres. « Il a une forme de légitimité avec les joueurs et l’encadrement, souligne Tayeb. Il est passionné et excessif avec ce côté irrationnel dans l’engagement. C’est tant mieux ! Il en faut toujours dans les clubs et dans les staffs. C’est quelqu’un qui veut tout contrôler, tout piloter. Ça fait la contre-balance avec d’autres personnes moins perfectionnistes que lui. C’est un expert et les joueurs le perçoivent comme un entraîneur qui va les faire progresser. C’est tout bénéfique pour le club. »

Joueur jusqu’à l’été dernier, Camille Lopez, qui a depuis raccroché les crampons pour intégrer le staff de l’Aviron bayonnais, a découvert ces derniers mois une nouvelle facette de l’ouvreur néo-zélandais, qui l’a quelque peu pris sous son aile. « Notre staff est jeune, il doit acquérir de l’expérience. C’est important de venir prendre le meilleur de chacun. Ged transmet naturellement par rapport à son leadership », glisse le président Tayeb. « C’est un monstre, une machine dans ce rôle-là, avoue Lopez. Il va à 10 000. Il a une capacité d’analyse… Je vais devoir revoir trois fois quelque chose, à l’entraînement, qu’il aura identifié en une seule fois. Je ne sais pas comment il fait. Il est gentil avec moi et il ne me décourage pas. Il me dit que, lui aussi, il a mis du temps. » Lopez n’est pas le seul à être dithyrambique, à son sujet, dans le staff ciel et blanc. « La meilleure chose qui me soit arrivée est de travailler en dessous de Ged Fraser, estime l’entraîneur de la défense Nick Abendanon. Il est vraiment fort sur tout. C’est un fou de rugby, un très bon entraîneur. J’ai énormément appris à ses côtés. »

Avec lui, c’est droit au but

Au quotidien, le technicien a le regard vif, la poignée de main sèche et chez lui, le silence est d’or. On l’entend peu en dehors du terrain, et il s’exprime assez rarement face à la presse, mais ses interventions sont toujours précises et constructives. « C’est quelqu’un de très discret, décrit Clarkin. Il ne fait pas beaucoup de bruit pour exister mais il regarde et examine tout. Il est très introverti, n’a pas besoin de montrer quoi que ce soit ou d’être vu et entendu. » On dit parfois de lui qu’il est froid. « Certains pensent qu’il est dans son monde et estiment qu’il faut qu’il dialogue un peu plus. Ça viendra avec le temps. Il a la volonté de progresser, d’évoluer. C’est très bien », apprécie Tayeb. « Ged n’est pas un mec de façade, il ne joue pas un personnage », décrit Spitzer. « C’est pour ça qu’il passe bien avec les joueurs, rebondit Clarkin. Il est droit et honnête avec eux. S’il a quelque chose à leur dire, il le dit. »

Philippe Tayeb, le président de l’Aviron, a pu longuement échanger avec lui ces dernières semaines, en marge de sa prolongation. Elle a abouti sur un bail plus long que le manager en place, puisque Patat n’a prolongé que deux saisons. « Mais il n’y a pas de débat là-dessus. Greg n’a pas demandé un contrat de quatre ans », coupe Tayeb. Ce dernier aime la sincérité de son technicien. « Ged veut des discussions en face-à-face, il n’aime pas les discussions au téléphone, confie le patron du club basque. Il va droit au but. On appelle ça, dans le jargon managérial, un pilote d’objectifs. Il sait exactement où il veut aller. À côté de ça, c’est quelqu’un de très jovial quand tu discutes avec lui. Dans son domaine, il a des objectifs à atteindre et il avance. Ça peut poser problème pour ceux qui n’avancent pas à son rythme, mais je pense que c’est quelqu’un d’ouvert, qui discute. Il faut peut-être aller le chercher, mais c’est une personne constructive, car elle va amener une forme d’analyse pertinente sur les performances des joueurs. C’est rassurant et encourageant. Il ne faut pas des Ged Fraser partout mais en avoir un dans le staff, c’est rassurant. »

Verrouillé jusqu’en 2030, Fraser n’aura que 52 ans lorsque se terminera le bail qu’il a récemment signé au Pays basque. Pourrait-il, un jour ou l’autre, devenir numéro un et prendre la lumière destinée au manager ? « C’est un métier ô combien difficile. Lui, ce qui l’intéresse, c’est le jeu, les relations humaines qu’il a avec ses joueurs. Rugbystiquement, il en a l’étoffe, mais en a-t-il l’envie ? », se demande Delpoux. « Ged, c’est no limit, pense quant à lui Clarkin. Pour moi, il a les aptitudes et le caractère suffisants pour entraîner sur la scène internationale. Je pense qu’il n’est pas pressé, il ne sent pas le besoin d’aller chercher la reconnaissance tout de suite. Il s’est construit des expériences à un niveau inférieur et je ne vois pas de plafond à son évolution. » Laquelle l’a vu, en dix ans à peine, passer du banc de Grasse, en Fédérale 2, à celui de Bayonne, demi-finaliste du dernier Top 14…

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