Le Toulousain de 44 ans qui a floué plus de 400 victimes, a été condamné par la cour d’appel de Toulouse à trois ans de prison avec sursis avec l’interdiction de gérer une entreprise ou de travailler dans le milieu de la fiscalité. « Un premier pansement » pour les plaignants, enfin « reconnus victimes ». L’accusé va se pourvoir en cassation.
Rejugé en appel le 11 septembre 2025 pour « escroquerie et abus de confiance« , Loïc Raymakers a été reconnu coupable de « tromperie » et condamné à trois ans de prison avec sursis avec l’interdiction d’exercer toute activité de conseil juridique de manière définitive et de gérer une entreprise. Une peine déjà prononcée en première instance par le tribunal correctionnel de Toulouse en 2023.
Maître Manon Cabaré, l’avocate des parties civiles se dit satisfaite de cette décision de justice : « C’est une victoire. La cour les a reconnus en tant que victimes, c’est la fin d’une première étape mais est-ce qu’ils vont récupérer leur argent? »
Selon l’avocat de l’accusé, Maître Ludovic Sérée de Roch, » la tromperie a été retenue par la cour et non l’escroquerie. La cour a rejeté l’exercice illégal de la profession d’avocat, cela prouve que sur le plan juridique, des interrogations se posent. »
Ce Toulousain de 44 ans se faisait passer pour un spécialiste de la fiscalité, une tromperie et un préjudice pour les victimes qui se chiffre à plus de 2 millions d’euros.
Il proposait aux personnes d’effectuer leurs déclarations fiscales et promettait des économies en bénéficiant de 10% des fameux montants économisés. Fausses déclarations fiscales, pénalités et emprunts pour les remboursements, redressements fiscaux… pour les 400 victimes regroupées en collectif, cette condamnation est un réel soulagement.
« Chaque victime se voit reconnaître comme préjudice financier le montant des majorations appliquées par les impôts, des montants de 40 à 50%. En raison des emprunts, de nombreuses victimes ont dû stopper des projets, et cela a été très douloureux à vivre », explique Manon Cabaré, l’avocate des parties civiles.
Une première étape mais c’est une affaire qui n’est pas sans marque, elle marquera à jamais tous les membres du collectif(…) cela fait partie de la blessure, nous sommes tous profondément atteint et blessés par cette histoire.
Jacqueline Dufour, présidente de ce collectif des victimes.
Dans le délibéré rendu ce mercredi 17 décembre 2025, la cour d’appel de Toulouse (Haute-Garonne) condamne également Loïc l’obligation de verser aux victimes les sommes annoncées lors du premier jugement ainsi que le remboursement des majorations des impôts.
Loïc Raymakers a aussi été condamné pour délit de blanchiment, il a perçu sur ses comptes sans qu’il ne reste aucune trace, plus de 631 000 euros et a déclaré dans le même temps moins de 10 000 euros de revenus à l’administration fiscale.
Dans l’arrêt de la cour d’appel, il est écrit que le prévenu « a fait plusieurs voyages en Belgique, et la perquisition a permis de constater qu’il a acheté des pièces, des bandes dessinées et autres biens pour un total de plus de 70 000 euros, qu’il a dépensé une partie de cette somme dans des travaux de rénovation de son habitation, ainsi que les chèques et les virements en remboursement d’emprunts retrouvés par les enquêteurs ».
« La gravité des faits tient au nombre de victimes, à la durée des faits, au système mis en place qui procède sans équivoque d’une emprise », a retenu la cour d’appel.
Pour les 400 victimes regroupées en collectif, c’est un soulagement, une première étape, « nous sommes vraiment reconnus victimes. L’État reconnaît que nous n’avons pas fraudé et que l’on a été sous la coupe de ce monsieur(…), c’est un premier pansement », explique la présidente du collectif de victimes, Jacqueline Dufour
Loïc Raymakers est condamné à verser des indemnisations pour préjudice moral et matériel, notamment s’acquitter pour chaque victime, du paiement de la majoration des impôts dû aux emprunts effectués pour couvrir cette dette fiscale. Une vaste affaire d’escroquerie qui laisse des traces au plan psychologique également : « Il y a eu des dégâts psychologiques pour certains, des séparations pour d’autres, c’est une affaire qui marquera à jamais tous les membres du collectif », précise la présidente
La cour retient que « les dépenses inconsidérées ne sont pas la démonstration d’un état mental perturbé, (…) que les pertes de mémoires et la lenteur peuvent être prétendues et simulées et qu’il suffit pour cela, ainsi que le prévenu l’a fait devant l’expert à cette procédure, de ne pas répondre aux questions. » C’est ce qu’a retenu l’expert psychiatrique en notant « le caractère peu crédible des troubles ».
Pourtant, pour son avocat, Maître Ludovic Sérée de Roch, « la cour a confirmé la mesure de mise sous tutelle sur l’irresponsabilité pénale, c’est pour cela que je vais former un pourvoi en cassation ».
Pour sa défense en première instance, l’escroc présumé, se disait victime d’une machination, et dénonçait la complicité de ses clients : « ce que proposait mon client, c’était faire des faux pour baisser le montant de leur imposition », avait déclaré en juillet 2023, son avocat, Maître Ludovic Sérée de Roch.
« Il a un vrai talent d’acteur, à l’audience j’avais l’impression que son tuteur était lui aussi sous son emprise », explique Maître Manon Cabaré pour les parties civiles. L’accusé n’a jamais assisté aux audiences, en première instance comme en appel, une déception pour les victimes.
400 personnes ont déposé plaintes mais selon l’avocate des parties civiles, les victimes d’arnaque seraient beaucoup plus nombreuses, la capacité d’emprise de l’accusé sur ses sujets ne daterait pas d’aujourd’hui. Dans la toile de Loïc Raymakers, des particuliers de tous milieux sociaux, comme des chefs d’entreprises, des policiers, des fonctionnaires… « certains ont eu honte, ils ont payé les majorations d’impôts et n’ont pas porté plainte de peur que cela leur soit préjudiciable dans leur activité professionnelle », raconte Maître Manon Cabaré.
La prochaine étape se déroulera devant le tribunal administratif. Les victimes souhaitent que leur statut de victimes soit reconnu par l’administration fiscale.
Par la voix de leur présidente, le collectif espère désormais que les impôts reconnaissent leurs statuts de victimes. « Nous souhaiterions que les impôts reconnaissent que nous avons été victimes de ce monsieur, que nous n’avons pas eu l’intention de dissimuler de l’argent ou d’escroquer l’Etat, ce n’était pas du tout le but. Nous sommes des petits propriétaires, nous n’avons pas de biens surdimensionnés, c’était juste un accompagnement par rapport à une déclaration fiscale, cela, il faut que ce soit reconnu. Cette condamnation est un premier pansement mais il faut maintenant que les impôts le reconnaissent », conclut la présidente du collectif.
