Le Stade français a profité du derby parisien pour communiquer sur la mise en place d’une application permettant de mieux accompagner la détection des commotions cérébrales. Explications.
Depuis la dernière journée de Top 14, et malgré l’intermède européen, le derby à venir contre le Racing 92 occupe tous les esprits dans les rangs du Stade français. Logique, forcément logique. Le rendez-vous a son importance. Mais dans ce laps de temps, un autre temps fort est venu se glisser dans l’emploi du temps parisien, même s’il ne concerne pas directement le groupe professionnel.
La prise en charge des commotions cérébrales constitue aujourd’hui un enjeu majeur dans le rugby, en particulier chez les jeunes joueurs et dans le rugby amateur, où l’accès au suivi médical reste limité. C’est dans ce contexte que les dirigeants du Stade français ont décidé de mettre à disposition de leurs joueurs l’application « BrainEye », un outil innovant de dépistage basé sur l’analyse des mouvements oculaires.
Accessible depuis un simple smartphone, BrainEye repose sur un principe scientifique clair : « Les mouvements des yeux sont directement contrôlés par le cerveau, explique le médecin du club, le docteur Elliot Rubio. Or, une commotion cérébrale ou une autre pathologie neurologique peut perturber ces mouvements, parfois de manière infraclinique, c’est-à-dire sans signes cliniques visibles à l’œil nu. » L’application propose donc un test de « eye tracking » au cours duquel le joueur doit suivre un point rouge se déplaçant à l’écran. Le système analyse alors la précision du suivi oculaire et le temps de réaction lors des changements de direction de la cible.
« S’aider d’un outil de « eye tracking » standardisé peut être utile pour détecter des anomalies que l’examen visuel seul ne permet pas toujours d’identifier », souligne le docteur Rubio. Pour autant, il insiste sur un point essentiel : BrainEye n’est pas un outil de diagnostic. « C’est une aide à la décision, qui vient s’intégrer dans un faisceau d’arguments, mais en aucun cas un test qui permettrait, à lui seul, de poser un diagnostic de commotion cérébrale. »
L’un des intérêts majeurs de l’application réside dans la réalisation d’un test de référence, appelé « test zéro ». Lorsque le joueur est sain, il permet d’établir une baseline individuelle. Et désormais, en cas de doute, les résultats peuvent être comparés à cet état initial. « C’est comme une photo du cerveau à J0, avant toute commotion, ce qui est particulièrement précieux pour repérer des commotions plus silencieuses », précise le docteur Rubio.
Une phase de déploiement chez les U18
Au Stade français, la phase de déploiement a débuté chez les U18, avec l’objectif d’évaluer l’intérêt de l’outil avant une extension à l’ensemble des catégories. Cette démarche répond à une réalité bien connue du rugby amateur : « Beaucoup de jeunes joueurs n’ont pas de suivi médical régulier. Dans certaines catégories, avoir un kiné est déjà une chance, alors un médecin… », constate le praticien. BrainEye peut alors jouer un rôle de premier filet de sécurité, notamment après un match, lorsque des symptômes apparaissent à distance, comme des maux de tête ou une fatigue inhabituelle. « On a considéré que c’était une catégorie un peu charnière, explique le directeur de l’association Mathieu Blin. Il y a une évolution significative des gabarits et l’intensité due à la préparation des joueurs se développe. C’est donc un excellent laboratoire. L’idée étant, pour nous, de tester à grande échelle dans cette catégorie, avant de le déployer sur l’ensemble des catégories du Stade français pour que l’ensemble des licenciés puissent bénéficier de cet outil. »
Concrètement, l’utilisation est volontairement simple : l’utilisateur place son visage dans un cadre affiché à l’écran, lance le test, puis suit le point rouge pendant quelques secondes. En cas de résultat jugé anormal par rapport à la baseline, une alerte incite à consulter un professionnel de santé. « L’idée est de déclencher une consultation, pas de remplacer le médecin », rappelle le docteur Rubio.
Chez les joueurs professionnels, où le suivi est déjà très structuré, BrainEye commence également à trouver sa place. L’application est notamment utilisée comme outil complémentaire lors de l’évaluation à 48 heures après une suspicion de commotion, en appui de l’examen clinique, des tests cognitifs et des protocoles HIA. À l’image de l’application Neurracure, développée par le Dr Mikaël Cohen au CHU de Nice, déjà utilisée dans la gestion des commotions au sein du groupe professsionnel. À terme, l’usage de BrainEye pourrait encore s’élargir. Pour le docteur Rubio, le message est clair : « La commotion cérébrale est multifactorielle et multidisciplinaire. Aucun test ne doit être utilisé seul. Mais si des outils simples et accessibles permettent de rater moins de commotions, alors on va dans le bon sens. »
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