La Cie Le Théâtre du Centaure, composée de Camille et Manolo, présente son dernier spectacle, utopie poétique sur la lumière et l’ombre, l’humain et l’animal, ce samedi 13 décembre (20 h 30), à la Scène de Bayssan. Interview croisée.
Qu’est-ce que le Théâtre du Centaure ?
Manolo : C’est un rêve d’enfant. Quand j’avais 6 ou 7 ans, on m’a demandé ce que je voulais faire quand je serai grand et j’ai répondu : centaure ! Et quand j’ai eu 19 ans, j’ai fondé la compagnie.
Camille : Le Théâtre du Centaure existe depuis 35 ans et je l’ai rejoint en 1992. On développe une démarche particulière autour de cette créature, mélange entre l’humain et le cheval. Évidemment, il n’existe pas mais c’est justement ça qui nous intéresse. C’est une utopie, une recherche.
Comme le Sagittaire qui a son arc bandé vers les étoiles, vers les rêves, vers une sorte d’impossible, en tout cas de transcendance, il a aussi les quatre fers ancrés dans la glaise, le Centaure se construit au quotidien. C’est une histoire de liens entre nos parties animales et notre âme humaine.
Manolo : On parle de théâtre équestre, c’est une forme rare et donc précieuse. On a une démarche singulière car c’est un projet de vie, une relation fusionnelle entre l’humain et le cheval.
Comment travaillez-vous avec vos chevaux ?
C. : Un poulain, quand il rentre dans la compagnie, il a à peu près 6 mois et on va construire avec lui une vie commune jusqu’à ce qu’il nous quitte, vers 25-30 ans. On va construire un langage ensemble, parfois infime, fait de petits riens, qui fait que l’on va pouvoir communiquer de façon extrêmement fine, entrer en osmose pour qu’il n’y ait plus qu’une seule créature. C’est notre quotidien.
Vous vous apprivoisez finalement, en nouant une relation de confiance ?
C. : Cette notion de confiance est fondamentale. On ne va jamais en force sur un exercice, ils nous font confiance et savent qu’on ne les trahira jamais. On peut les faire entrer dans une prison, dans un avion et dans un théâtre, donc… On prépare tout pour ça. Le sol du théâtre, par exemple est vraiment spécifique, il y a plusieurs couches pour créer une élasticité, un effet rebond pour que leurs membres soient protégés. Donc, ils se sentent très sereins et très en paix avec nous.
« Apprivoiser, c’est créer des liens »
Et pour en revenir au fait de s’apprivoiser mutuellement, oui, à la façon du Petit Prince quand il parle de sa rose au renard. Quand ce dernier lui dit qu’apprivoiser, c’est créer des liens.
Entre chiens et loups, c’est une heure indéfinie, qui n’est ni l’un ni l’autre, c’est aussi le titre de votre spectacle…
C. : C’est une sorte d’entre-deux qui abolit les lisières, entre le domestique et le sauvage, l’humain et l’animal. Ça parle de nos parts indomptées et civilisées. On tisse des liens, on crée des passerelles entre ces notions.
M. : C’est un spectacle testament, celui du Théâtre du Centaure, après 35 ans à avoir inventé des chemins nouveaux, une collaboration artistique longue et féconde. On l’avait, au départ, imaginé avec un texte et, finalement, il est fait uniquement de corps et de sons et permet de s’ouvrir à bien des lectures différentes. Ensuite, il sera temps de passer à d’autres aventures.
Comment s’appellent vos chevaux et de quelle race sont-ils ?
C. : Moi, j’ai des frisons, surnommés la perle noire de Hollande et ils s’appellent Sombre et Ouest.
M. : Les miens sont des étalons lusitaniens et un pure race espagnole, Didi et Saha.
Le spectacle était prévu au printemps dernier, en extérieur, comment vous êtes-vous adaptés à cette configuration en intérieur ?
On aurait adoré le jouer dans l’amphithéâtre pour profiter justement de cet entre chien et loup mais on a gagné d’autres choses : on a une création lumière plus fine, on gagne en précision et en proximité avec le public. Et puis le piano se révèle magnifiquement en intérieur.
Justement, comment avez-vous travaillé avec Agathe Di Piro et Walid Ben Selim pour la musique ?
C’est rare d’avoir une compositrice féminine aussi virtuose. Walid, lui, a joué les parties qui ne sont pas au piano et fait les voix. La spécificité d’Agathe, c’est d’avoir des chevaux et donc de connaître les différents rythmes et temps des chevaux.
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