Alors que la NBA, la ligue professionnelle de basket nord-américaine, est secouée par un vaste scandale de paris truqués, le rugby français n’est pas totalement épargné. Des joueurs de Top 14 et de Pro D2 avouent miser sur leur propre sport malgré l’interdiction du règlement. Un phénomène inquiétant.
La puissante ligue de basket nord-américaine, la NBA, doit actuellement faire face à un immense scandale de paris sportifs truqués lors de certaines rencontres. Le rugby français est-il concerné par ce genre d’histoire ? Dans des proportions qui n’ont rien à voir avec le fait divers qui ébranle littéralement la balle orange, il semble bien que oui. Des joueurs de rugby professionnels de Top 14 et de Pro D2 parient sur leur sport, leur compétition ou, plus grave mais plus rare, sur leur propre rencontre, alors qu’ils n’en ont pas le droit. L’article 100 du règlement de la LNR est explicite : « Les acteurs des compétitions ou rencontres de rugby ne peuvent engager, directement ou par personne interposée, des mises sur des paris reposant sur une compétition ou rencontre de rugby. » Sauf qu’entre la théorie et la pratique, il y a une vraie différence. En off, de nombreux joueurs nous ont indiqué jouer sur leur compétition. Très souvent, il s’agit de petites sommes pour « l’adrénaline du jeu » ou encore pour « pimenter notre match ». Ce qui nous a le plus marqués dans notre enquête, c’est la jeunesse des joueurs concernés (moins de 26 ans), leur manque de maturité, et aussi le fait que le Pro D2 semble beaucoup plus touché que le Top 14.
Une situation prise très au sérieux
L’affaire Bosviel devrait éveiller les consciences. L’ouvreur montalbanais révélait mi-octobre souffrir d’une véritable addiction aux jeux : « Je suis tombé dans les jeux, le poker et le PMU. Je l’ai caché à tous mes proches. » Il expliquait que, pour financer ses paris en ligne, il avait en grande partie pioché dans la caisse des joueurs. Le Montalbanais a exclu le rugby de ses paris mais a mis en lumière une face sombre : l’addiction.
Provale et la LNR ont pris ce sujet à bras-le-corps et la santé mentale des joueurs est devenue un enjeu majeur. De la prévention a été mise en place. Sur les paris sportifs liés au rugby ? « Pour le moment, ce n’est pas un énorme problème, cela ne remet pas en cause l’intégrité des championnats », indiquait il y a une dizaine de jours le directeur général de la LNR, Emmanuel Eschallier.
Toutefois, plusieurs managers interrogés sur le sujet nous ont confié qu’ils prenaient la situation très au sérieux et que, dans l’intimité du vestiaire, ils s’étaient lancés dans une forme de chasse aux sorcières, conscients qu’une révélation d’une affaire de paris pourrait gangrener tout un groupe. Un président de Top 14 a lui-même avoué que, dorénavant, comme pour la cocaïne et ses contrôles, il faisait stipuler dans le contrat de ses recrues l’interdiction de parier sur le rugby, sous peine de licenciement.
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