« L’alcoolique, tu ne pourras pas l’empêcher de boire » : comment les commerçants de Béziers vivent l’arrêté interdisant la vente de bière à l’unité ?

Après modification, un nouvel arrêté municipal encadrant la vente de bière à l’unité sur un périmètre déterminé est entré en vigueur le 10 novembre. Comment les commerçants de Béziers concernés vivent ces nouvelles règles voulues par le maire Robert Ménard ? Éléments de réponse.

La méthode a été assumée d’entrée par le premier édile. Comme à chaque fois. Le 25 septembre dernier, un arrêté municipal a été pris par la mairie de Béziers afin d’interdire la vente de canettes de bière à l’unité, dans le secteur du centre-ville, sur un périmètre déterminé. Sans prévenir les professionnels concernés, le maire, Robert Ménard, voulait faire bouger les choses.

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« C’était fait exprès, je voulais mettre la pression et qu’on avance là-dessus. C’était pour leur dire « je ne veux plus de ça » », avait-il déclaré à Midi Libre, après avoir rencontré les propriétaires d’épiceries, de moyennes surfaces ou de bureaux de tabac.

Avant de revoir sa copie, à la suite de cette réunion avec les potentiels vendeurs de bières. Le nouvel arrêté, entré en vigueur le 10 novembre, a toujours le même objectif : lutter contre les nuisances et les troubles à l’ordre public causés par la vente d’alcool, en particulier « de bière conditionnée en récipient individuel, métallique ou en verre », explique-t-il.

« C’est le bon sens et puis ça pourra amener une autre clientèle »

Le maire avait promis, lors de sa rencontre avec les professionnels, ce nouveau cadre, qui permet une vente sous certaines conditions (voir encadré), de 11 h à 22 h. Comment ces derniers ont-ils pris son entrée en vigueur ? « C’est déjà mieux que l’autre arrêté, avoue Eddy, propriétaire du bureau de tabac « Le Sultan », près de la mairie. Déjà qu’on n’était pas très bien… En plus, la bière, c’est le seul produit où on arrive à gagner un peu d’argent dessus. Robert Ménard a été à notre écoute, c’est bien. »

« La première fois, c’était très violent, déplore une commerçante concernée par l’arrêté. La police municipale est arrivée avec l’arrêté et on a tout de suite dû l’appliquer. Personnellement, j’en suis quand même ravie. Les personnes visées par cette consommation de bière à l’unité ne me gênent pas. Mais ils sont quand même insupportables par moments. Je suis pour cette solution. Ça peut permettre d’éviter qu’ils traînent dehors, à boire de l’alcool. »

Patron du tabac des Halles, Jerry a consenti à ce changement de règles avec entrain. « Je sais que beaucoup de buralistes étaient contre mais, moi, je suis à 200 % d’accord, dit-il d’emblée. Même si la perte pourrait impacter son chiffre d’affaires à hauteur de 2 500 € par an. « Je m’en fous, je suis prêt à les perdre. C’est le bon sens et puis ça pourra amener une autre clientèle comme des touristes, parce qu’il n’y aura pas des bières partout par terre ou des marginaux dans les rues. J’ai déjà vu des touristes poursuivis et insultés par ces gens-là pour 20 centimes. Il faut continuer à avoir une belle image de Béziers », dit-il.

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« Déjà que c’est compliqué, on ne va pas nous enlever le pain de la bouche »

Mais l’arrêté municipal est-il vraiment respecté ? Dans les faits, difficile à évaluer de manière objective. Certains, en tous cas, estiment que cela ne change pas grand-chose. « Faut bien qu’on travaille vous savez, justifie un commerçant qui n’applique pas l’arrêté. Déjà que c’est compliqué, on ne va pas nous enlever le pain de la bouche. Ça ne va pas changer grand-chose, c’est encore du cinéma. Si le mec veut sa bière, il la trouvera. Ils ont pris cette décision parce que le maire habite en centre-ville et qu’il a vu que c’était le bordel le soir, c’est tout. »

Un comportement que regrettent évidemment ceux qui sont dans les clous. « C’est dégueulasse, c’est de la concurrence déloyale. De toute façon, depuis le début, il n’y a eu aucun contrôle. Même pour nous dire que c’était bien ce qu’on faisait », se désole un vendeur.

« Moi, un mendiant qui est à trois grammes d’alcool, je ne le sers pas. Il faut arrêter ! »

Un autre dénonce, lui, l’aménagement du premier arrêté : « Prendre un sandwich ou des biscuits avec une bière après 11 h, vous pensez que ça va les arrêter ? C’est du bricolage… L’alcoolique, tu ne pourras pas l’empêcher de boire. Il prendra le bus, qu’il ne payera même pas, et il ira acheter sa bière dans un hypermarché. On déplace juste le problème ».

Alors que certains pointent directement la responsabilité des commerçants. Et pas uniquement ceux qui ne respectent pas l’arrêté. « De toute façon, il n’y a plus de vrais commerçants qui sont responsables de leur magasin, décrie un patron. Moi, un mendiant qui est à trois grammes d’alcool, je ne le sers pas. Il faut arrêter ! Ménard a pris une mesure pour protéger sa ville. Et si ça fait baisser mon chiffre d’affaires, je m’en fous. »

Pour une autre commerçante, la solution pour lutter contre ceux qui polluent les rues biterroises est toute trouvée : « Si déjà ils étaient arrêtés quand ils sont ivres sur la voie publique… Il faut que la loi soit respectée. Et quand ils se font attraper, qu’on les envoie nettoyer les rues pour qu’ils se rendent compte ».

Quelles sont les nouvelles règles ?

Après un premier arrêté pris le 24 septembre, la mairie de Béziers a fini par revoir sa copie, écoutant les demandes des commerçants vendeurs de bière. Le 22 octobre, Robert Ménard a signé un autre arrêté, qui suspend le premier et change la donne. Il a même laissé jusqu’au 10 novembre avant qu’il n’entre en vigueur. La vente de bière à l’unité – canette ou en bouteille – reste toujours interdite entre 22 h et 11 h du matin, mais elle est aménagée entre 11 h et 22 h.

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Les professionnels concernés peuvent désormais vendre une canette individuelle, si elle est achetée avec un autre produit « d’un montant au moins équivalent à celui de la bière vendue ». Il faut tout de même que son prix ne soit pas inférieur à cinq euros par litre, précise l’arrêté. Sinon quoi, le vendeur s’expose à une amende forfaitaire de 35 €, pouvant être majorée jusqu’à 150 €.

Concernant le périmètre, il a lui aussi évolué. Il touche désormais toutes les rues du premier arrêté et non pas qu’une partie d’entre elles. Et d’autres quartiers, comme le Four à Chaux et Quai Port Neuf sont aussi régis par cet arrêté. Pour une raison simple, selon les services de la mairie : ce sont des endroits qui accueillent beaucoup de touristes et où les agents municipaux ont pu remarquer un amoncellement de canettes et de bouteilles.

https://www.midilibre.fr/2025/11/29/lalcoolique-tu-ne-pourras-pas-lempecher-de-boire-comment-les-commercants-de-beziers-vivent-larrete-interdisant-la-vente-de-biere-a-lunite-13079930.php

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