Ce dimanche matin, un café avec Robert Margé. On ne présente plus l’éleveur de toros des Monteilles, ancien directeur des arènes. À 71 ans, ce passionné a fait de la défense du monde paysan et des traditions taurines son combat.
« Je vais très bien, en pleine forme », répond Robert Margé, installé au comptoir du Plaza, devant un café, et à deux pas des arènes biterroises qu’il a dirigées pendant 32 ans. « J’ai des journées bien remplies », ajoute-t-il.
L’éleveur des Monteilles, à la lisière de Vendres et Fleury-d’Aude, est le président de l’Association des ganaderos français depuis 3 ans. Et à ce titre, il a quelques préoccupations majeures en tête : « D’abord, l’aspect sanitaire avec la dermatose nodulaire et l’IBR (rhinotrachéite infectieuse bovine) » qui menacent des cheptels entiers. « Mon projet est de sortir du volume des GDS (groupement de défense sanitaire) les toros espagnols et camarguais qui ne représentent qu’une niche, quelques bêtes porteuses d’un grand capital génétique, inestimable, irremplaçable. Cela permettrait d’avoir des dérogations (par rapport aux contraintes imposées NDLR) pour ces élevages porteurs de culture, de traditions et qui induisent une vraie économie. »
Contenus de la page
« Nos sorts sont liés«
Lui, ne dissocie d’ailleurs à aucun moment les manadiers camarguais des éleveurs de toros de combat destinés à la corrida : « Nos sorts sont liés », estime-t-il. Autre objet de son attention et pour lequel il multiplie les réunions : le taux de TVA appliqué à la facturation des éleveurs et des aficionados qui paient leur billet « et qu’il faut harmoniser. En régie municipale – ce qui n’est pas le cas à Béziers NDLR – par exemple, il n’y a pas de TVA… »
C’est le monde agricole, le monde paysan, celui de la terre et du terroir, de ses amis viticulteurs, que Robert Margé a à cœur de soutenir : « C’est que de la passion et défendre ce que nous sommes. Je me sens privilégié de défendre tout ça au plus haut niveau », dit-il.
Sans le toro, je serais que dalle
Un patrimoine, un mode de vie qu’il chérit : « Tous les jours, je prends mon 4×4, mes deux chiens, je fais le tour des 4 lots de vaches dont je suis amoureux, ce sont elles qui me font les grands toros. » Des toros à qui il « doit tout. Sans le toro, je serais que dalle… » Avec ses enfants, en famille, ils élèvent jusqu’à 600 bêtes entre les Monteilles et la Camargue et encore 150 Angus. Une charge de travail colossale. Et peu de candidats. « Il nous faudrait une personne de plus à l’année, ça soulagerait mon gendre… » Mais impossible à trouver.
Et aussi…
Politique. On se souvient de l’engagement de Robert Margé en 2024, pour les Européennes, sur la liste d’Alliance rurale, puis de son retrait. « J’ai toujours été un homme de liberté, je le vis mal quand je suis contraint, je ne suis pas fait pour le monde de la politique », explique-t-il. Il n’y aura donc, a priori, pas d’autre incursion. Pour autant, « je suis la politique locale et nationale. Sur Béziers, le couple Ménard fait un boulot formidable, il s’implique énormément, ils en ont fait leur vie. »
Rugby. « Le monde du rugby me passionne, c’est la culture du partage ». Quant à l’évolution de l’ASBH : « Joker », répond-il.
Gestion des arènes. C’est son fils Olivier Margé qui gère désormais les arènes avec la société Betarra : « Ce n’est pas facile, il se bat tous les jours, il a beaucoup de mérite. Moi j’ai connu la période dorée, aujourd’hui, c’est compliqué pour tous les secteurs. Je suis très fier de ce qu’il fait. »
« Oui je suis inquiet par la tournure que prennent les choses et le manque de respect et d’attention que le monde politique a pour le monde agricole. Il ne faut pas oublier que le monde paysan a façonné ce beau pays. J’étais au bord des larmes au moment des incendies dans l’Aude cet été. Heureusement qu’il y avait les vignes. Imaginez le désastre. Et si l’État ne se bouge pas, il va falloir qu’on mette le feu partout. Il y en a marre que ces gens-là ne soient pas à notre écoute ! Il faut que tout le monde agricole soit uni. » La colère gronde, elle est palpable : « On ne fait pas un grand élevage comme ça, on le fait pour le transmettre. »
Ses coups de cœur
Une adresse à Béziers. « Le Plaza. Mais j’aime aussi Chez Petit Pierre, ce sont des amis de toujours, je m’y considère comme en famille. Et puis pour le meilleur ris de veau, une œuvre d’art, il faut aller à L’Ambassade. Patrick Olry a voué sa vie à la cuisine, j’ai beaucoup d’estime pour lui ».
Une bouteille de vin. « Impossible de n’en citer qu’une seule. L’Ancely Château La Négly ; La cuvée des cistes Marlène Soria ; La Grange des pères de mon ami regretté Laurent Vaillé. Et j’aurais pu en dire encore bien d’autres. »
Une passion cachée. « La philosophie. À partir de l’histoire des civilisations anciennes. » Et de développer Pythagore, Platon, Socrate…
Un souvenir. Robert Margé parle volontiers de ce voyage au Mexique, en 1998, aux côtés du président Chirac, au sein d’une délégation de onze personnalités du monde de la culture et des sciences. « Ça m’a touché. Et Chirac : quelle humanité, quelle culture… »
.
