Le XV de France ne vit pas sa meilleure période. Entre doutes sur son jeu et crispations internes, récit d’une semaine… à fleur de peau.
Vous en conviendrez, le XV de France, époque Galthié II, ne vit pas sa meilleure période. Doux euphémisme. Quand, l’an passé à la même époque, les Bleus sortaient de deux succès probants, le premier face au Japon (52-12), le second face à la Nouvelle-Zélande (30-29), et se préparaient à parachever leur œuvre face à l’Argentine (37-23) dans la douceur d’une joie de vivre ensemble, l’automne 2025 ressemble davantage à un long tunnel qu’à un roman du bonheur. En clair ? Rien ne s’est franchement passé comme prévu. Au contraire. « Depuis le début de cette tournée, c’est un peu moyennasse », a même confessé le deuxième ligne Thibaud Flament, dans un élan de sincérité qui tranche sérieusement avec la posture adoptée par le sélectionneur Fabien Galthié, nous servant au menu du débriefing d’après-match un discours qui flirte avec le déni devant les difficultés de son équipe.
Évidemment, force est de s’interroger. Le sélectionneur peut-il vraiment ne rien voir de la situation ? La réponse est non. Sa posture, empreinte d’un optimisme de façade, sonne comme un message destiné avant tout aux supporters qu’il s’efforce inlassablement, à chaque prise de parole, de remercier, jusqu’à épuisement. Dans l’intimité du CNR de Marcoussis, son discours tranche sérieusement. Depuis la défaite face à l’Afrique du Sud, il économise ses sourires et ses bons mots pour les conférences de presse. « Il est à fleur de peau », témoignait un membre de la délégation lundi dernier dans ces colonnes, où il joue façon « poker face ». En interne, Galthié s’agace du poids des absents et de la difficulté à élargir le réservoir. Tout comme il s’inquiète de l’avenir et des négociations avec la Ligue Nationale de Rugby pour le renouvellement de l’avenant à la convention liant FFR et LNR sur la mise à disposition des internationaux, même s’il n’en dit rien officiellement. Les sujets de crispations ne manquent pas et pèsent sur le quotidien.
Entre les murs du CNR
Cette dernière semaine de préparation s’est donc révélée sous tension. La copie bordelaise ne l’a pas convaincu. Habituellement, Fabien Galthié réuni son staff le dimanche soir, au lendemain de la rencontre pour commencer à évoquer la composition de l’équipe pour le match suivant. Au retour de Bordeaux en fin d’après-midi, après un succès laborieux vivement critiqué dans les médias, il a décidé de reporter ce rituel au lundi matin. Un temps de réflexion supplémentaire pour lui et son staff, soucieux de trouver des réponses aux difficultés rencontrées. Plusieurs secteurs de jeu lui ont déplu, révélant un édifice fragile. L’animation offensive le préoccupe autant que Patrick Arlettaz. Si, globalement, la touche de Laurent Sempéré le satisfait, il constate que sa mêlée n’est pas un point d’ancrage suffisamment fort. Une évidence que partage William Servat, en charge de l’exercice. Ce dernier aurait même dit aux joueurs en regardant la mêlée de la 52e minute face au Fidji, celle où le pack français a littéralement emporté les Îliens : « C’est notre meilleure mêlée en deux ans. » « On est bien conscients des prestations qu’on rend, même si tout n’est pas à jeter non plus, a tempéré le deuxième ligne Thibaud Flament. Face aux Fidji, des tribunes, j’ai eu l’impression qu’on ne se régalait pas vraiment sur le terrain, c’est plus ça qui m’a marqué. Du coup, c’est ce dont on a parlé en début de semaine. »
En effet, les joueurs auraient partagé avec le staff leurs difficultés à se retrouver dans le jeu actuellement mis en place. L’un d’eux glissait samedi soir : « Ce qui me saoule, c’est notre manque de maîtrise à partir du moment où on a mené 21-0, comment on peut déjouer comme ça ? » Entre les murs du CNR, on dit que les échanges ont été parfois « tendus mais très constructifs », que le visage de Fabien Galthié s’est détendu à partir de mercredi. Mais, assurément, le début de semaine n’a rien eu de la douceur d’un massage balinais.
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