Le 13 novembre 2015, Hugo Sarrade, étudiant montpellierain de 23 ans, était tué au Bataclan, tombé sous les rafales de Kalachnikov des terroristes qui avaient pris d’assaut la salle de concert. Dix ans après, son père publie chez Taillandier, un livre poignant, intitulé « Au bout du chagrin ».
On commémore aujourd’hui le 10e anniversaire des attentats du 13 novembre 2015 en France, ceux du Bataclan, du Stade de France et des terrasses de cafés parisiens. Un bilan terrible : 132 morts et plus de 1.800 blessés.
Parmi les victimes du Bataclan, Hugo, un étudiant montpelliérain de 23 ans qui était à Paris ce soir-là pour assister au concert du groupe Eagles of Death Metal. Il a été tué par les rafales de Kalachnikov des terroristes qui ont fait irruption dans la salle de concert.
Dix ans après, son père, Stéphane Sarrade, publie aux Editions Taillandier, un livre intitulé « Au bout du chagrin ». Un récit intimiste dans lequel il raconte le vertige de la disparition, les regards tremblants des autres, la violence de l’absence de ce fils adoré et son chemin de reconstruction, jusqu’au moment crucial du procès. Une leçon universelle de courage et d’espoir. Stéphane Sarrade est l’invité d’ICI matin.
ICI Hérault : A-t-il été difficile à écrire ce livre qui nous replonge, vous a replongé dans cette tragique soirée du 13-Novembre ?
Stéphane Sarrade : Finalement, ce livre, il a été nécessaire, puisque, comme beaucoup de victimes survivants, ou comme moi, victimes ayant perdu en proche, cette date anniversaire était compliquée à appréhender, et le fait d’écrire ce livre, puisque je l’ai écrit très rapidement en six semaines, au mois d’avril, a été une manière pour moi de poser les choses et donc de mieux appréhender cette date symbolique, donc effectivement, il a été cathartique et il a été nécessaire à écrire.
Hugo, votre fils est bien sûr au cœur de cet ouvrage, mais vous parlez aussi beaucoup des gens que vous avez croisés dans les jours, les mois, les années qui ont suivi, vos collègues, vos proches, votre famille, des policiers, un psychologue, qui vous ont aidé à continuer à vivre, et quelque part, vous leur rendez aussi hommage ?
Tout à fait, c’est d’ailleurs un des moteurs de ce livre aussi, et c’est au-delà de ce chemin de la résilience qui est forcément escarpé, il y avait aussi le fait de remercier toutes ces personnes, toutes ces mains tendues que j’ai eues pendant dix ans, qui m’ont permis de me rendre l’humanité que nous avons connue il y a dix ans, dans ce qu’elle peut avoir en pire acception, il est possible de rencontrer des gens qui vous aident à vous reconstruire, et c’est aussi pour eux que je voulais écrire ce livre pour les remercier.
Dans ce livre, vous parlez aussi évidemment du procès qui s’est tenu en 2021, ça a été éprouvant pour vous, ce procès ?
Le procès a été éprouvant puisque pendant neuf mois, il y a eu une inversion qui s’est opérée, c’est-à-dire que les parties civiles, dont je faisais partie, avaient tous le sentiment d’être coupables, moi, je me sens coupable d’avoir acheté ces billets de concert. Les survivants sont tous coupables de se sentir vivants alors que 132 personnes ne sont plus là.
Donc, on a vu ce sentiment-là global et en face de nous, nous avions dans le box, des accusés qui se considéraient comme des victimes, victimes parce qu’ils sont des gros consommateurs de drogue, qu’ils ne sont pas responsables de leur acte, qu’ils ne sont pas responsables de leur mauvaise fréquentation.
Et ça, c’était très compliqué à vivre, et le procès a eu cette vertu, au bout de neuf mois, quand le verdict est tombé, nous avons, nous, parties civiles, été reconnues comme victimes, et la République nous a reconnus comme victimes, et puis les accusés ont été reconnus comme étant coupables.
Après, moi, la sentence, ça ne m’intéressait pas, c’était vraiment le fait de mettre les choses dans le bon sens et qu’il y a une incarnation de la responsabilité. Et oui, ce procès a été long, mais il y a eu tellement de chaleur humaine entre les parties civiles dans la salle d’audience que ça restera un souvenir très très fort pour moi.
Dans le box, il y avait notamment Sala Abdeslam qui demande aujourd’hui à rencontrer les familles des victimes dans le cadre de ce qu’on appelle la justice restaurative, est-ce que vous seriez prêt à le rencontrer ?
Alors oui, la justice restaurative c’est quelque chose d’important, en tout cas moi j’y crois beaucoup, vous avez sûrement vu le film « Je n’oublierai jamais vos visages », il m’a beaucoup marqué ce film et je crois beaucoup à ça, en revanche, il y a le fond et la forme, sur le fond, c’est important, sur la forme que cette information arrive maintenant, dans cette période, moi ça me dérange un petit peu quand même, parce que je pense que… comme par hasard, ça tombe maintenant, juste après l’histoire de la clé USB trouvée, donc il y a une espèce d’écran de fumée qui me dérange, donc oui, sur le fond, je suis pour la justice réparative, et pourquoi pas rencontrer Salah Abdeslam, bien sûr, sur la forme, je pense que l’agenda de l’annonce de cette nouvelle me pose un petit problème.
Pour terminer, cérémonie ce soir à Paris, je crois que ce n’est pas trop votre truc les cérémonies, est-ce que vous allez y participer ?
Non, en fait, je ne vais pas y participer, la seule cérémonie à laquelle j’ai participé, c’est la cérémonie des Invalides, il y a 10 ans, c’était le lendemain des obsèques de Hugo à Montpellier, je suis allé à Paris pour cet événement-là, et je pense que ça m’a un peu traumatisé, donc depuis 10 ans, je ne participe à aucune cérémonie, je ne suis pas allé au Bataclan, je ne suis même pas allé… sur la stèle sur laquelle il y a son nom, pourtant j’habite Paris, j’ai même beaucoup de mal de toute façon à aller sur sa tombe à Montpellier, donc voilà, pour moi, il n’est pas au Bataclan, il est ailleurs.
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