Les évêques lors de leur assemblée d’automne à Lourdes annoncent qu’une « mission », visant à « comprendre ce qui s’est passé » dans le déclenchement des violences physiques et sexuelles au sein de l’enseignement catholique, va être lancée.
L’enseignement catholique va lancer une « mission » sur sa feuille de route à l’horizon de dix ans, a affirmé mercredi le nouveau secrétaire général de l’enseignement catholique, Guillaume Prévost, lors d’un point presse à Lourdes (Hautes-Pyrénées) relayé par l’AFP. Elle devrait débuter dans les prochaines semaines, a-t-il affirmé à l’issue d’une rencontre avec les évêques lors de leur assemblée d’automne à Lourdes.
Il s’agirait de « comprendre ce qui s’est passé » dans le déclenchement des violences physiques et sexuelles au sein de l’enseignement catholique, et notamment d’en saisir « la nature systémique », a-t-il ajouté. « Il faut qu’on prévienne l’occurrence de tels crimes (…) et qu’on construise ensemble les garanties qui font que ça n’arrivera plus », a-t-il précisé, plaidant pour « une réflexion très profonde sur notre fonctionnement », car ces violences « blessent profondément le projet éducatif chrétien ».
De son côté Matthieu Rougé, nouvel évêque référent pour l’enseignement catholique, a estimé que l’année passée avait été « très traumatisante pour beaucoup d’acteurs de l’enseignement catholique, en raison des traumatismes dramatiques subis par les personnes victimes qui ont été mis au jour et par le discrédit jeté sur l’enseignement catholique en général ».
De fait, les révélations se sont succédées ces derniers mois, dans le sillage de celles commises à l’établissement Notre-Dame de Bétharram.
Ce projet de feuille de route intervient également après le rapport de la commission Sauvé, commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE), qui a révélé en octobre 2021 un phénomène « massif » et « systémique ». Elle évaluait alors à 330.000 le nombre de victimes.
Mais Guillaume Prévost a ajouté : « globalement, il y a une sorte de consensus en France sur le fait que l’enseignement dans sa variété tel qu’il existe contribue à la richesse de propositions éducatives », a-t-il estimé. Les évêques avaient prévu deux sessions consacrées à l’enseignement catholique mercredi, qui ont permis « de faire un tour d’horizon assez large des enjeux », a ajouté l’évêque de Nanterre.
Revenant sur l’audit des 600 internats annoncé au printemps, il a assuré qu’« à l’été 2027, on devrait être en mesure d’avoir passé en revue l’ensemble », d’entre eux. Quant au millier d’inspections annoncées avant l’été par l’ancienne ministre de l’Éducation Elisabeth Borne, l’évêque Matthieu Rougé a assuré que « 850 ont eu lieu » et qu’« au début, elles ont été parfois excessivement vigoureuses » mais il ajoute : « j’ai été témoin dans mon propre diocèse d’inspections assez toniques, mais qui ont abouti ensuite à des rapports extrêmement positifs ».
Olivier Savignac, le président de l’association dédiée aux personnes victimes d’abus sexuels dans l’église « Parler et revivre » y voit un signe positif dans la mesure où des rencontres ont déjà eu lieu avec des associations et collectifs. « L’idée, c’est que les associations et les collectifs puissent être forces de proposition et puissent aiguiller le secrétaire général dans sa mission », explique-t-il.
Il acte la volonté de changer les choses au plan national mais voit des obstacles qu’il faudra franchir. Sur le plan hiérarchique, des mesures peuvent être proposées « mais pas imposées aux différentes directions départementales de l’enseignement catholique ». Le vrai travail va être de faire en sorte que les directions diocésaines « puissent s’en saisir ». « Et ensuite, chacun des établissements car il y a une relative autonomie contrairement à ce qu’il se passe dans l’enseignement public ».
« Donc, ça veut dire que chaque directeur soit convaincu de la portée des actions menées, précise Olivier Savignac. C’est pour ça qu’une construction à 10 ans, c’est le minimum, parce que, comme ça l’était dans l’église, c’est un changement de culture à opérer ». D’autant que la particularité des directeurs d’établissement, c’est que les parents sont leurs clients. Ils payent pour que leurs enfants soient dans ces établissements.
« Et parfois, et ce qu’on voit énormément, nous, en tant qu’intervenants en prévention, et notamment avec le spectacle « L’Enfant du silence », on est resté à la porte des établissements parce que les directeurs, ne voulaient pas trop mettre le doigt sur des choses qui pouvaient les mettre en porte-à-faux avec des parents… On ne peut pas soulever le couvercle des violences intrafamiliales, de peur de créer des tensions entre des parents et des directions d’établissements ».
Les évêques de France sont réunis à Lourdes en assemblée plénière jusqu’au 9 novembre. Le cardinal Jean-Marc Aveline, qui succède à Eric de Moulins-Beaufort comme président de la conférence des évêques de France, conduit pour la première fois de son mandat les travaux de l’assemblée.
