France – Afrique du Sud. « À quoi cela servirait d’en faire une revanche ? » : interview exclusive de Thomas Ramos avant le choc face aux Springboks

Il est une figure incontournable du rugby français. Encore auteur d’une dernière saison monumentale, qui l’a vu s’offrir un cinquième titre de champion de France avec Toulouse et devenir le meilleur réalisateur de l’histoire des Bleus, Thomas Ramos a reçu l’Oscar d’Or Midi Olympique mardi soir, au Pavillon Cambon à Paris. Et, ce samedi, il sera un des guides tricolores pour défier les doubles champions du monde sud-africains au Stade de France, là même où les Springboks avaient fait vivre à Ramos et ses partenaires la plus grande désillusion de leur carrière il y a deux ans. L’arrière international se confie.

Après avoir été Oscar d’Argent les deux années précédentes, vous avez reçu mardi soir l’Oscar d’Or Midi Olympique. Que représente ce genre de récompense dans une carrière ?

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Ce que ça représente vraiment, je crois que je ne le sais pas encore… Disons que je le vois plus comme une récompense de la longévité d’une carrière, de sa stabilité aussi et du fait de pouvoir être performant saison après saison.

Pourquoi ?

Parfois, je pense qu’on oublie qu’une carrière ne dure pas juste un ou deux ans. C’est plutôt sept, huit, dix ans, voire plus encore. Et, à mes yeux, cet oscar symbolise tout ce qu’il s’est passé pour moi depuis maintenant sept ou huit ans.

Thomas Ramos a reçu l’Oscar Or Midi Olympique. Midi Olympique.

Justement, même si vous êtes en haut du palmarès pour la première fois, votre nom revient presque systématiquement parmi les joueurs en bonne position depuis plusieurs saisons (deuxième en 2023 et 2024, NDLR)…

Oui et cela rejoint ce que je disais auparavant. Être nommé une fois ou qu’on parle de toi pendant un ou deux ans, c’est bien. C’est même déjà super. Mais, personnellement, ce n’est pas ce que je recherche. Ce que je veux, c’est être le meilleur et surtout le plus longtemps possible. Oui, mon nom peut revenir depuis quelque temps mais je ne m’attache pas à la distinction individuelle en elle-même. Je préfère insister sur ce que ça démontre : la volonté de répondre présent année après année.

Pour vous qui baignez dans ce sport depuis tout jeune, que ressentez-vous à l’heure de voir votre nom à côté des Jean-Pierre Rives, Serge Blanco, Thierry Dusautoir ou Antoine Dupont ?

Cela va rester gravé. Et me met dans cette catégorie, avec des légendes de notre sport. Honnêtement, je ne vais pas le cacher, cela fait plaisir. Inscrire mon nom à côté de ceux que vous venez de citer est une grande fierté.

D’autant que ce n’est pas simple d’accrocher un prix quand on joue dans la même période que Dupont !

C’est sûr (sourire). Ces derniers temps, les récompenses lui étaient dédiées régulièrement lorsqu’il n’était pas blessé. Pour les autres autour de lui, que ce soit Jack Willis qui a été élu meilleur joueur de Top 14, ou moi avec cet Oscar d’or, on essaye de profiter du peu de moments qu’il nous laisse pour pouvoir, de temps en temps, prendre une récompense !

Vous citez Jack Willis qui avait aussi été élu Oscar Europe l’an passé ou Antoine Dupont qui a cumulé les récompenses. Cela reflète-t-il la suprématie, ou en tout cas la réussite, du Stade toulousain ?

Je ne sais pas si on peut parler de suprématie ou même de domination, mais quand Toto, Jack ou moi recevons ce genre de récompense, ça montre effectivement la réussite de cette génération du Stade toulousain et de tout un club en général. Oui, réussite, je pense que c’est le bon mot. Mais derrière ça, que fait-on au quotidien pour en arriver là, collectivement ou individuellement ? C’est cette question que les gens doivent se poser et je crois qu’on est capable d’y répondre.

Alors, que faites-vous ?

Avant toute chose, on a cette capacité à toujours se remettre en question, chaque année, cette obsession de vouloir progresser encore et donc continuer à s’entraîner fort pour y parvenir. La vérité, elle est là. On ne devient pas triple champion de France en regardant les autres travailler et en disant : « On va mettre le maillot et ça va le faire. » La remise en cause, malgré les titres, est perpétuelle. Comme cette envie d’être le meilleur, chacun à son poste. Et cela pousse le collectif à être constamment plus performant.

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Vous véhiculez désormais la réputation d’un buteur au sang-froid sans égal. L’image de votre pénalité en coin décisive, dans les arrêts jeu du quart de finale de Champions Cup à Toulon, avait ainsi fait le tour du monde. Cela vous plaît-il de laisser cette image ?

Je ne me suis jamais posé la question de savoir si ça me plaisait ou pas. Mais il est évident que, quand tu affrontes une équipe qui possède un gros buteur et qui sait mettre les points importants quand ça compte, tu sais que tu n’as pas trop le droit à l’erreur. Donc ça met une pression sur l’adversaire et sur sa discipline. Mais bon, sur ce match de Toulon…

Quoi ?

Comme ça peut arriver parfois, j’ai mal buté durant toute la rencontre et j’ai connu trois échecs, dont deux poteaux je crois. Alors, quand cette dernière pénalité est arrivée et quand tu sais que c’est pour faire gagner ton équipe… Là, tu entres un peu dans un autre monde où tu te dis que c’est seulement toi face tes responsabilités. Tu portes tout un club derrière. D’ailleurs, juste après ce match, j’ai craqué en interview parce que toute la pression est redescendue. Je savais que j’avais failli faire perdre mon équipe. J’aime ces moments mais ils sont aussi très intenses.

C’était effectivement émouvant d’observer vos larmes au micro ce jour-là. D’autant qu’on a peu l’habitude de vous voir fendre l’armure…

Je sais. Il est certain que tout le monde a une certaine image de moi. De celui qui aboie, qui crie derrière ses coéquipiers ou qui chambre. C’est vrai, parfois (sourire). Mais j’ai aussi des côtés gentils, attentionnés, doux et sensibles. Simplement, je préfère les garder pour moi, pour ma vie privée. Mais, de temps en temps, ça peut ressortir sur un terrain de rugby. La charge émotionnelle est tellement élevée que tu ne peux pas toujours l’empêcher.

Quel regard portez-vous sur votre début de saison ?

Je me suis plutôt bien préparé cet été pour être en forme dès l’entame de la saison. Mais j’ai eu un petit souci de tendinite au niveau du tendon d’Achille qui m’a embêté pendant plusieurs semaines. Je l’ai traîné sur les quatre ou cinq premières journées, donc c’est toujours un peu frustrant. Mais là, ça va mieux et ça fait du bien dans la tête aussi.

D’autant plus que votre actualité personnelle fut chargée, puisque vous êtes récemment devenu

papa…

Oui. L’attente de notre fille a entraîné beaucoup d’excitation et d’impatience. Maintenant qu’elle est là, c’est énormément de joie, de bonheur de pouvoir être parents. Même si ça m’a fait un pincement au cœur de l’avoir laissée alors qu’elle avait à peine dix jours. Mais j’ai la chance d’avoir une femme extraordinaire. Donc, je ne doute pas que les choses se passent bien en mon absence et il va me tarder de les retrouver à la fin de la tournée.

On dit souvent qu’on devient quelqu’un d’autre le jour où on découvre la parentalité. Le confirmez-vous ?

Pour l’instant, c’est un peu rapide pour ce genre d’analyse. Mais quand tu rentres à la maison, tu vis à trois désormais et tu sens que tes responsabilités changent. Tu ne fais plus les choses que pour toi ou que pour deux. C’est pour notre enfant, maintenant. Mais, dans notre construction de vie, je crois que nous étions prêts pour connaître ce changement. C’était le bon moment pour accueillir notre fille. Ce qu’on veut, c’est qu’elle soit épanouie.

En accord avec le staff, vous n’avez pas participé au début du stage à Marcoussis pour rester quelques jours supplémentaires auprès de votre fille et de votre femme. Est-ce révélateur de la relation de confiance avec le staff ?

Oui. Avec Fabien (Galthié), on a discuté de cette possibilité de rester trois jours de plus à la maison. Pour que je passe un peu plus de temps avec la petite et avec Sophie (son épouse, NDLR), donc que je me sente bien mentalement. Cela m’a permis de partager une semaine entière à la maison avec elles et de partir, même si ce n’était pas facile, en ayant l’impression d’avoir vu notre fille grandir un peu, de l’avoir accompagnée dans ses premiers jours chez elle.

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Dans quel état d’esprit abordez-vous cette tournée d’automne, qui va débuter par un duel face aux doubles champions du monde en titre ?

Je crois que beaucoup de monde parle de ce premier match, à juste titre au vu de l’équipe que l’on va affronter. Mais, ce qui nous motive par-dessus tout, c’est de gagner les trois rendez-vous chez nous, comme à chaque fois qu’on enfile ce maillot de l’équipe de France. On a conscience du gros morceau qui nous attend d’entrée. Mais, peu importe le résultat, il faudra ensuite continuer à être sérieux et performants sur les deux autres rencontres. Ce sera quand même face à deux équipes très dangereuses avec des individualités assez incroyables.

Parlons tout de même de ce premier rendez-vous, d’abord…

On a hâte d’y être parce que ce sont les doubles champions du monde en titre. Forcément, chacun a envie de se confronter à eux, et de retrouver le Stade de France. Tout est réuni pour que ce soit un grand match. À nous justement, je l’espère, de faire un grand match.

Dès que vous avez eu connaissance du programme de l’automne, vous saviez que les références au quart de finale perdu en 2023 allaient se multiplier. Vous êtes-vous préparé de façon particulière pour ce rendez-vous ?

Non. Je ne vais pas dire que c’est quelque chose qui m’est complètement égal mais, de mon côté, je ne fais pas une fixette sur ce quart de finale perdu il y a deux ans.

Vraiment ?

Oui, c’est arrivé et c’est du passé. Quel que soit le résultat, cela ne changera rien à ce qu’il s’est passé il y a deux ans. Aujourd’hui, on a tous envie devant nous, plutôt que derrière. Même si j’ai conscience qu’on va nous sortir les mots de revanche ou autre.

Vous ne l’employez pas, ce terme, pour définir ces retrouvailles ?

Non, je trouve que le groupe a évolué. Et beaucoup de joueurs, qui vont jouer ce match, n’étaient pas là en 2023. À quoi cela servirait d’en faire une revanche seulement pour la moitié ou pour un tiers du groupe ? Il faut que ce soit un match international pour le XV de France, qu’on ait envie de le gagner et de faire une belle prestation. Voilà tout.

De leur côté, les Springboks ont fait monter la sauce, avec plusieurs séquences publiées en guise de provocation sur les réseaux sociaux, notamment celle de Cheslin Kolbe qui contre votre transformation. Comment l’avez-vous reçu ?

Honnêtement, ça me fait plus rire qu’autre chose. C’est sûr que ça reste un événement incroyable dans une compétition comme une Coupe du monde. Mais voilà, ça m’est arrivé une fois dans ma carrière, certes pas au meilleur des moments, et cela ne m’arrivera très certainement plus jamais. C’est simplement à moi d’être vigilant sur ce match, pour que les Sud-Africains ne puissent me remettre de la pression sur les transformations. Après, ce qu’on voit aujourd’hui avec les réseaux sociaux… Je répète qu’il vaut parfois mieux en rire.

Le XV de France sort d’une saison très aboutie. Avez-vous le sentiment que ce défi arrive au bon moment dans la construction de votre groupe ?

Effectivement, la dernière tournée de novembre s’était très bien passée, avec des succès contre trois belles équipes, notamment l’Argentine et les All Blacks. Derrière, on a réussi à enchaîner avec cette victoire finale dans le Tournoi des 6 Nations qui nous a fait beaucoup de bien. Aujourd’hui, on a envie de se confronter à ce qui se fait de mieux au niveau mondial. Et le faire d’entrée en novembre va permettre de se jauger, de voir où on en est à deux ans de la Coupe du monde.

Battre le double champion du monde marquerait forcément une étape décisive en vue de cet objectif de 2027…

Si on gagne contre l’Afrique du Sud, cela peut évidemment amener beaucoup de confiance dans le groupe. Mais je sais aussi qu’on avait déjà battu les Springboks en 2022, à Marseille. Finalement, ce sont quand même eux qui ont été champions du monde un an plus tard. Donc, même si c’est un rendez-vous important, cela n’assure rien pour la suite.

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En quoi est-ce réellement important, alors ?

Dans notre parcours. Déjà, pour préparer le prochain Tournoi des 6 Nations, qui arrivera dans quelques mois. Et évidemment dans l’optique de la Coupe du monde qui aura lieu dans moins de deux ans. Il faut le voir comme une étape. Et ce qui est important, c’est de la passer. Dans notre progression, on a besoin de montrer qu’on peut battre toutes les grosses nations.

Y pensez-vous tous les jours ou presque à ce rendez-vous majeur en Australie, en 2027 ?

Non, pas vraiment.

Ah bon ?

Sincèrement, de 2019 à 2023, je trouve que je m’étais tellement mis en tête la Coupe du monde 2023… J’en avais fait un objectif suprême pour différentes raisons, personnelles notamment. Mais aussi collectives parce qu’à partir d’un moment, on nous parlait constamment de cette Coupe du monde en France. C’était logique d’ailleurs, vu qu’elle se déroulait dans notre pays.

Et donc ?

On a peut-être un peu oublié de faire les choses étape par étape, comme je l’évoquais précédemment. Et on a peut-être un peu trop vite pensé qu’on allait être champions du monde. Bien sûr, on sait tous qu’il y a une Coupe du monde dans moins de deux mais, à titre personnel, j’ai envie de mettre les choses dans l’ordre.

Est-ce à dire que l’expérience du précédent mandat vous pousse à ne pas vous polluer

l’esprit ?

Oui, c’est exactement ça. Deux ans, c’est encore long. Je préfère me concentrer sur cette tournée d’automne. Il y aura ensuite un Tournoi. Puis, d’autres tournées et encore un autre Tournoi. Et je ne parle que du XV de France. Il ne faut pas oublier que, pour aller à la Coupe du monde 2027, il faudra aussi être performant tous les week-ends en club.

Vous êtes devenu le meilleur réalisateur de l’histoire du XV de France depuis le dernier Tournoi (il en est à 450 points, NDLR). Qu’est-ce que ça change pour vous ?

Je ne me prends pas la tête avec ça. C’était forcément une fierté de devenir le meilleur réalisateur de mon pays et je ne m’appuie pas sur ce record pour justifier ma place. Puis, il faut savoir prendre du recul.

En quel sens ?

Il y a tellement de grands buteurs dans ce sport. Et certains, comme le disait Fred Michalak, ont dépassé les mille points. Moi, très humblement, je n’en suis même pas à cinq cent… Disons que ça montre le fait d’être là depuis quelque temps. C’est bien mais je n’ai pas envie de m’arrêter là-dessus, de trop m’y attacher ou de me dire que ma carrière est réussie parce que je détiens ce record. Sinon, je raccroche les crampons maintenant (sourire). Et j’ai encore beaucoup d’ambitions collectives et personnelles.

Cela ne ramène-t-il pas au statut de leader, de jeu et de vestiaire, qui est le vôtre en sélection ?

Il a beaucoup évolué en sept ou huit ans. Je suis un peu passé par toutes les étapes et j’ai la chance aujourd’hui d’être titulaire à ce poste de numéro 15. J’en profite au maximum. Au fur et à mesure, j’ai pris confiance en moi et, je le pense, montré au groupe que j’étais là pour lui.

Et vous assumez vos responsabilités…

Oui, cette confiance m’amène à prendre davantage la parole qu’il y a quelques années. Quand elle est là, on peut se permettre de communiquer un peu plus. Mais, comme au Stade toulousain, le groupe du XV de France est fait de grands joueurs et fortes personnalités, donc de leaders. Dans ce contexte, chacun sait quand il peut parler et quand il doit rester à sa place. C’est plutôt sain.

Avez-vous le sentiment, à 30 ans, d’avoir atteint un vrai épanouissement personnel, familial et sportif ?

Sur la façon d’être, de me préparer et de m’exprimer, j’ai l’impression d’avoir franchi un cap depuis deux ou trois ans. Puis, je dis souvent que quand tu es heureux chez toi et que tout va bien dans ta vie, c’est plus simple d’aller s’entraîner tous les matins, d’avoir le sourire et de penser exclusivement au rugby. Cette combinaison fait que je me sens très bien dans mes baskets. J’espère que ça va continuer.

Les changements dans votre vie personnelle peuvent-ils influencer votre réflexion sur votre avenir international après 2027 ?

(Il réfléchit longuement) Joker.

https://www.rugbyrama.fr/2025/11/07/france-afrique-du-sud-a-quoi-est-ce-que-cela-servirait-den-faire-une-revanche-interview-exclusive-de-thomas-ramos-avant-le-choc-face-aux-springboks-13037116.php

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