XV de France – « C’est encore une cicatrice pour tout le monde » : Patrick Arlettaz revient sur le traumatisme de la Coupe du monde 2023

À l’aube d’un premier choc face à l’Afrique du Sud, double championne du monde en titre, l’entraîneur des trois-quarts du XV de France Patrick Arlettaz a accepté de se confier longuement. Il parle ici de stratégie, décrypte le jeu sud-africain, évoque les hommes qui forment sa ligne d’attaque et affiche ses ambitions. Toujours avec autant de sincérité et d’enthousiasme.

Vous n’étiez pas encore avec le staff de l’équipe de France, mais que reste-t-il de ce quart de finale de Coupe du monde 2023 perdu contre l’Afrique du Sud ?
Je n’étais pas encore dans le staff effectivement. Mais, ce match, je l’ai vécu un peu comme tout le monde, en tant que spectateur et supporter de l’équipe de France. Les sentiments étaient mêlés entre grosse tristesse, frustration et peut-être un peu d’injustice. Quand j’ai intégré le staff, ces sentiments existaient encore. C’est encore une cicatrice pour tout le monde, moi y compris, mais sur laquelle il faut bâtir, pour aussi être plus performant. Le dernier tournoi et même la tournée de novembre 2024 le prouvent. Nous sommes passés à autre chose, mais on ne peut pas se projeter sur ce match à venir sans se souvenir de cet épisode.

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Avec un sentiment de revanche ?
Non, pas du tout. Ça pourrait être le cas si nous devions les affronter dans un même contexte de Coupe du monde, sur un match éliminatoire. Ce n’est pas le cas. Cette tournée de novembre, on se doit de l’appréhender avec de la distance. Nous serons à quinze jours de préparation alors qu’ils sortent d’une compétition de quatre mois. C’est très différent d’un match de Coupe du monde où les deux équipes se retrouvent à peu près à égalité. Il n’empêche que la volonté de battre cette équipe est très forte. Vraiment.

On vous a vu travailler en début de semaine dernière les ballons hauts. N’est-ce pas tout de même lié au fait que sur ce quart de finale, le XV de France avait failli dans ce secteur de jeu ?
C’est une arme que les Sud-Africains utilisent beaucoup tant dans le couloir des 15 mètres qu’au milieu du terrain. On essaie donc de mettre tout en place pour maximiser nos chances de récupérer la possession aussi bien en l’air qu’à la retombée du ballon.

C’est à dire ?
Dans notre organisation, l’idée, c’est de multiplier les joueurs autour de cette zone où le ballon retombe. Et si on ne récupère pas le ballon, parce que, fatalement, ça va arriver, le moins souvent possible, je l’espère, on essaie de mettre en place une organisation défensive pour ne pas avoir à subir des séquences difficiles à défendre.

Peut-on encore parler d’escorte alors la règle l’interdit désormais ?
C’est interdit effectivement. Mais cela n’exclut pas d’avoir des joueurs dans la zone qui quadrillent le terrain pour récupérer la possession. Les termes sont différents parce que les tâches le sont. Avant le changement de règle, le joueur était plus concerné par la protection de son partenaire pris par le duel que par la reconquête d’un ballon libre.

XV de France – Les Springboks avaient anéanti le rêve des Bleus dès les quarts de finale. Icon Sport – Hugo Pfeiffer

Vous attendez-vous à être copieusement arrosé de ballons hauts contre les Boks ?
Les Sud-Africains tapent en moyenne entre 15 et 17 ballons hauts par match. C’est largement plus que le nombre de mêlées, c’est similaire à peu près au nombre de touches. On n’a donc pas le choix que de prendre en considération ce secteur de jeu et d’y passer du temps à l’entraînement. On sait qu’on ne fera pas 100 % de réussite en l’air, on doit donc s’organiser en conséquence. Surtout qu’aujourd’hui, les Boks récupèrent au moins 50 % de ces jeux au pied hauts.

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Est-ce dans votre philosophie d’utiliser aussi cette arme ?
On ne va pas miser là-dessus, mais c’est un outil que l’on emploie également. Certes, beaucoup moins que les Springboks. Mais le niveau international l’exige, notamment pour notre part, sur des pertes de momentum. Alors que les Boks ont tendance à faire des séquences de jeu très courtes et à utiliser le jeu au pied assez rapidement. Pour la bonne raison qu’ils en récupèrent 50 % et qu’ils laissent l’adversaire sous pression.

Avez-vous le sentiment que l’Afrique du Sud est encore plus forte qu’en 2023 et a élargi son réservoir de joueurs ?
C’est une constante. Le système sud-africain n’est pas du tout le même qu’en France. Ils ont beaucoup plus de joueurs que nous à disposition. On ne les connaît pas trop parce qu’ils évoluent dans des championnats que l’on ne voit pas. On s’étonne donc, à chaque fois qu’on les rencontre, de découvrir des nouveaux joueurs, mais ce n’est pas d’aujourd’hui. On sait qu’on sera confronté à de nouvelles forces, même si on a une idée que l’équipe que l’on va affronter. Ils viennent de remporter le Rugby Championship. Quand on connaît la difficulté de cette compétition, les équipes qui y participent, fatalement, on se dit que cette nation est encore plus forte. Mais ça veut dire quoi plus fort ? Ils sont déjà champions du monde.

N’ont-ils pas étoffé leur palette de jeu ?
Le cœur du rugby sud-africain reste le même. S’ils ont remporté le Rugby Championship, c’est d’abord sur le défi physique. Mais entre deux coupes du monde, ils ont tendance à tester de nouvelles options et deviennent un moins prévisibles.

Existe-t-il la crainte, en raison aussi de nombreuses absences, de ne pas pouvoir rivaliser ?
On ne se pose pas cette question. On se sent capable de « matcher », même si l’on sait que nous ne bénéficions pas des mêmes conditions de préparation que les Sud-Af et qu’on ne part pas à égalité. On le sait, ça fait partie du jeu. Aucun problème avec ça. Ce qui n’enlève en rien notre forte volonté de battre cette équipe. Au contraire.

Le XV de France dénombre beaucoup d’absents mais aussi une profusion considérable de joueurs au poste de trois-quarts centre. Les choix sont-ils difficiles à faire ?
Tous les choix sont difficiles à faire. Il y a tellement de talent au centre qu’on est déçu de voir certains joueurs quitter le groupe, mais on serait aussi tristes de ne pas garder ceux qui restent avec nous. C’est un problème de riche. Nous avions six centres avec nous la première semaine, tous avec des qualités et des profils différents, une expérience et des parcours différents aussi. Le petit Fabien Brau-Boirie, très jeune, avec un certain style, des courses très épurées ; le petit Kalvin Gourgues qui est passé à deux doigts de ne plus pouvoir jouer au rugby et qui revient maintenant avec toutes les qualités que l’on voit avec le Stade toulousain ; Emilien (Gailleton), que l’on connaît par cœur, qui fait tout bien. Et puis, nous avons gardé avec nous Pierre-Louis (Barassi), Nicolas Depoortère, et Gaël (Fickou) qu’on ne présente plus.

XV de France – Gaël Fickou fera partie des tauliers historiques des Bleus face aux Boks. Icon Sport

En quoi Gaël Fickou a-t-il été précieux lors de la tournée en Nouvelle-Zélande ?
Il compte quand même 96 sélections. L’équipe de France, c’est son club. Gaël pèse lourd dans le vestiaire. Son expérience est précieuse, son extrême motivation aussi, tout en étant capable d’être détaché de l’événement pour ne pas subir la pression. Il sait prendre de la hauteur. Un sentiment qu’il transmet à l’équipe et aux joueurs plus jeunes. Je pense à Louis Bielle-Biarrey qui n’a que 22 balais et une poignée de sélections ou encore Pierre-Louis Barassi qui n’en a que 8. En plus, Gaël joue un peu moins avec son club, ce qui était prévu. Il a donc une fraîcheur, cette année, très intéressante. Cela ne l’empêche pas d’être sujet à la concurrence, ce qui le fait avancer encore à 31 ans.

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D’ailleurs, il a été placé sur le banc des remplaçants l’an passé pour le premier match de la tournée de novembre face au Japon…
Oui, dans un contexte où il avait beaucoup joué avec son club.

N’avez-vous pas parfois l’impression qu’il performe davantage en équipe de France qu’en club ?
Gaël a cette faculté exceptionnelle à élever son niveau, parce qu’il connaît les exigences du rugby international. Il est donc toujours capable d’arriver, de se mettre au niveau de la compétition. Même si Gaël ne traverse pas le terrain avec le Racing, on sait qu’il saura se mettre au niveau requis pour évoluer avec l’équipe de France. On sait, a minima, qu’il aura 14/20.

Est-ce que ça en fait un bon capitaine ?
Il était le capitaine de la tournée en Nouvelle-Zélande, il n’a pas déçu. Il y a d’autres prétendants, mais ce n’est pas une idée farfelue que de le mettre dans les potentiels capitaines pour cette tournée.

À plusieurs reprises, vous avez décidé avec le staff de composer un banc des remplaçants avec sept avants et un seul trois quarts. Comment s’adapte l’entraîneur des trois quarts que vous êtes ?
Moi, je suis quelqu’un d’assez têtu. En Catalogne, c’est quasiment une religion. C’est donc plus confortable d’avoir deux ou trois arrières, je confirme. Mais quand c’est argumenté, le 7-1 a sa logique aussi. Ça nous oblige à avoir un avant en capacité de jouer derrière. Or, on a tendance à faire un raccourci en disant que n’importe quel troisième ligne peut jouer derrière. Je ne suis pas d’accord avec ça. La lecture du jeu est quand même très différente. Certains repositionnements, que ce soit en défense ou en attaque, sont très compliqués lorsque la largeur diminue. Est-ce que je dézone, est-ce que je ne dézone pas ? Pour le dernier tournoi, on a regardé quelles pouvaient être les solutions. Et j’ai trouvé qu’Oscar (Jegou) avait cette capacité. Il nous a donné satisfaction, ce qui me rend moins frileux. C’est même assez cohérent surtout qu’il a joué au centre lorsqu’il était plus jeune, il en a conservé des automatismes.

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Le XV de France a perdu Matthieu Jalibert sur blessure, ce qui évite l’éternel débat entre lui et Romain Ntamack. Mais où vous situez-vous sur ce sujet ?
Tout ce qui touche à Mathieu anime le rugby français. En France on adore ces débats. Si l’on prend les trois ouvreurs à l’heure actuelle qui évoluent en équipe de France le plus souvent, que ce soit Romain, Thomas ou Mathieu, ce sont des profils très différents. Fatalement, il y a des amoureux de chaque profil. Mathieu, c’est un personnage qui ne laisse personne indifférent, quoi qu’il fasse. Sur le terrain, il a des qualités offensives incroyables. Personne ne peut le nier. Il est en train de progresser sur sa défense, sur son tri de ballon, sur sa gestion. Romain et Thomas qui sont revenus à leur meilleur niveau ont d’autres qualités que lui mais aussi des qualités offensives indéniables. Et en plus, une solidité défensive indéniable également. Thomas est un véritable stratège et sait utiliser tous les outils qu’il a à sa disposition quand il joue à l’ouverture.

Qu’est-ce qui sépare aujourd’hui Nolann Le Garrec de Maxime Lucu ?
Nolan est capable d’exploit individuel. Il a des appuis, une vitesse, parfois de la vista. Il est capable de faire des gestes un peu… fous. Il a cette capacité tout en étant un très bon demi de mêlée. Et Max est excellentissime dans sa façon de mener, de construire un match. Il a une qualité du jeu au pied incroyable. C’est un capitaine par l’exemple. Mais c’est chouette de voir Nolan évoluer au contact de Max pour progresser là-dessus. On se plaît à croire que Nolan, tout comme Baptiste Jauneau, progresse et s’inscrit dans le plan de succession. Parce qu’il ne faut pas oublier Antoine (Dupont).

XV de France – Nolannn Le Garrec devrait être titulaire face à l’Afrique du Sud. Icon Sport

Quels objectifs vous êtes-vous fixés sur cette tournée ?
Notre seule volonté, c’est de gagner les matchs. Ensuite, c’est de continuer à construire notre jeu, notre identité et d’emmener les joueurs pour être le plus cohérent possible. Notre nouvelle organisation offensive, nous l’avons mise en place en novembre l’année dernière. Elle n’a pas été totalement maîtrisée, mais les joueurs se la sont appropriée durant le Tournoi. On veut continuer à développer notre boîte à outils pour que les joueurs piochent dedans.

Quand on entraîne l’équipe de France, qu’il y a les Springboks qui arrivent, qu’on prépare une Coupe du Monde, est-ce qu’on est quand même impacté par ce qui se passe au sein de son ancien club ?
Ce n’est pas mon ancien club, c’est mon club de toujours, même si je suis passé par Narbonne et Montpellier. J’ai toujours dit l’attachement que j’avais pour l’Usap. J’ai quasiment appris à marcher dans les travées d’Aimé-Giral. Tout le monde chez moi est supporter de l’USAP.

Donc ?
Bien sûr que je suis impacté. Comment pourrais-je être indifférent ? Je suis triste de la situation, triste d’avoir vu des amis quitter le club. Pour moi, c’est une double peine. J’espère que ça va mieux se passer dans les prochaines semaines. Mais ça n’altère en rien l’énergie et la motivation que j’ai tous les jours pour faire mon boulot. Je reste focus pour faire en sorte que l’équipe de France soit performante et gagne ses matchs.

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