Entrepreneur du Biterrois élu à la tête de la Capeb 34 en juin dernier, Pierre Charre ne cache rien des difficultés des artisans du bâtiment. Mais veut que son syndicat soit plus que jamais force de proposition pour sortir de la crise.
Les professionnels du bâtiment parlent d’une troisième année de crise profonde. Quelle est la situation dans l’Hérault ?
Personne ne peut nier cette crise qui touche tous les professionnels du secteur en France. L’augmentation des charges, des taxes, des prix des matériaux… les trésoreries se sont progressivement fragilisées et le Covid a crevé un ballon qui s’était déjà bien dégonflé. Dans l’Hérault, on est passé de 15 000 permis de construire à 4 500 entre 2015 et 2025. Aujourd’hui, il faut ajouter le poids du remboursement des PGE (les Prêts garantis par l’État, NDLR) qui, selon moi, n’était pas forcément une bonne idée. Plus de 80 % des entrepreneurs du bâtiment ont souscrit à la mesure, dans l’urgence, sans anticiper le remboursement.
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Pierre Charre : bio express
Directeur général du groupe Languedoc-Isolation, entreprise familiale fondée il y a une quarantaine d’années et qui compte soixante salariés, Pierre Charre est devenu le 18 juin dernier le nouveau président de la Capeb de l’Hérault, la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment.
Déjà membre du conseil d’administration, le Biterrois prend la tête de la plus grosse antenne syndicale d’Occitanie, la septième au niveau national. Avec 1 300 adhérents dans l’Hérault, la Capeb 34 se revendique comme le premier syndicat patronal du département. Pierre Charre, 55 ans, entame un mandat de trois ans. Il succède à Jean-Pierre Garcia.
L’instabilité politique de ces derniers mois est-elle un facteur aggravant ?
On va le dire clairement : le budget 2026 est vital pour les entrepreneurs, du bâtiment comme des autres secteurs. Il faut regarder les chiffres. Nous sommes autour des 30 % d’augmentation des fermetures d’entreprises dans les tribunaux de commerce du grand sud. Les liquidations se multiplient chez les entreprises les plus fragiles. Et derrière, ce sont des situations terribles. Des chefs d’entreprise en burn-out, des salariés sur le carreau… Les artisans sont rarement des entrepreneurs froids et comptables. L’humain est au cœur de nos métiers.
« J’ai vu débarquer des éco-délinquant qui ont pillé les aides à la rénovation »
Le projet de budget prévoit de restreindre les conditions d’accès à MaPrimeRenov’. C’est un levier de relance qui s’éloigne ?
Sans coup de pouce, c’est 80 % des foyers qui ne feront pas des travaux qui sont pourtant décisifs sur notre territoire. Depuis Paris, on parle toujours de l’isolation des passoires thermiques en plein hiver. Mais chez nous, c’est cinq mois de chaleurs toujours plus intenses qu’il faut affronter.
Mais je dois aussi dire les choses telles qu’elles sont, sans langue de bois. Il y a eu beaucoup de bonnes idées, très mal gérées dans la mise en œuvre. Je travaille dans le secteur de l’isolation. J’ai vu débarquer des éco-délinquants qui ont pillé plus de la moitié du montant des aides. Mais là encore, l’artisan du bâtiment a son rôle à jouer en étant l’intermédiaire avisé entre le particulier et les aides de l’état.
À Montpellier, comment régler les problématiques d’accès au centre-ville, qui provoquent des tensions et font augmenter les devis ?
Le surcoût, il est logique si l’on regarde les difficultés d’accès, la perte de temps, les frais supplémentaires… Nous sommes un syndicat et nous sommes là pour dire les choses quand elles ne vont pas. Mais je veux aussi être un président de rupture, en proposant mon aide aux pouvoirs publics pour apporter des solutions. Hurler, crier, tout le monde sait le faire. En tant que président de la Capeb je suis apolitique. Je respecte la vision impulsée par Michaël Delafosse. Mais j’ai aussi demandé à la rencontrer pour apporter des pistes de réflexion. Travaillons ensemble.
« Pourquoi ne pas créer des maisons des artisans en centre-ville ? »
Par exemple ?
Il faut travailler sur le stationnement. L’artisan doit pouvoir garer son véhicule sans gêner les autres usagers, mais sans non plus devoir se préoccuper toutes les deux heures de son véhicule. J’ai d’ailleurs proposé à Michaël Delafosse que nous fassions une déambulation, à la recherche de zones de stationnement pour les professionnels.
L’autre axe, c’est d’aider les petits artisans à s’installer directement en cœur de ville. Je ne parle pas de gros œuvre, mais des professionnels qui répondent aux besoins du quotidien des habitants de l’Écusson. Et pourquoi ne pas aller plus loin ? Pourquoi ne pas créer des « maisons des artisans » où on retrouverait plusieurs corps de métiers qui, en mutualisant leurs compétences, pourraient accepter des travaux de plus grande ampleur ?
Vous avez aussi suggéré un « plan façade » pour les centres-villes…
Je l’ai proposé à Montpellier, mais aussi dans toutes les localités auxquelles je rends visite depuis juin dans ma tournée des maires. Les façades des centres-villes, c’est la carte de visite d’une commune. Il y a beaucoup à faire, et nos artisans ont le savoir-faire.
Au-delà, n’y a-t-il pas la question de la préférence locale dans la commande publique ?
Je l’assume, comme mon syndicat. Je veux un circuit court du bâtiment, dans le respect des règles. Quand vous faites travailler un artisan du territoire, la richesse reste sur ce territoire. Au niveau national, la Capeb a d’ailleurs proposé un amendement pour rehausser le plafond en dessous duquel une commune n’a pas à faire un appel d’offres. Ça n’empêche pas la mise en concurrence, mais d’entrepreneurs locaux.
Cette tournée des maires de l’Hérault va-t-elle se transformer, dans quelques mois, en tournée des candidats aux municipales ?
J’en ai déjà rencontré, mais ma porte est ouverte aux candidats de tout bord politique. Nous aurons des propositions concrètes à leur faire pour soutenir le secteur du bâtiment et les acteurs qui le portent.
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