Né d’un pari un peu dingue, ce festival musical transforme, chaque été depuis deux ans, le petit village de Villemagne-l’Argentière en scène ouverte aux grands noms de la chanson. Désormais, l’association éponyme propose des rendez-vous hors saison, pour maintenir le lien.
« Vous êtes gonflés ! « ou « Vous êtes fous ! » sont sans doute les réflexions qu’a le plus entendues Bérengère Casanova, l’instigatrice du festival Song d’une nuit d’été, à Villemagne-l’Argentière, dans les Hauts-Cantons biterrois. Elle qui, avec son armada de bénévoles, fait rimer depuis deux ans ruralité et grands noms de la musique et de la chanson et se lance dans le grand bain, à l’heure où la plupart des festivals de l’Hexagone connaissent de sérieux problèmes de trésorerie…
L’idée est partie d’un constat tout bête : la culture, du moins les grands rendez-vous ou tournées majeures, se fraie rarement un chemin jusqu’à ces contrées « reculées ». « Lors d’une conversation, une jeune fille du coin, en manque de concerts, déplorait la route qu’il fallait faire jusqu’à Montpellier, Béziers ou Narbonne, l’impossibilité de faire la fête en raison des retours nocturnes, etc. », poursuit Bérengère Casanova.
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Valoriser aussi le patrimoine local
Dès 2022, l’idée trotte dans la tête de celle qui a, notamment, été productrice aux côtés de Bernard Pivot, de l’émission Bouillons de culture. Avec sa compère Véronique Saul, qui a travaillé, pendant plus de vingt ans, sur des émissions musicales de la station RTL, elle met sur pied l’association Song d’une nuit d’été et rassemble les bonnes volontés.
« L’idée, sans aucun jugement de valeur, bien sûr, n’était pas de faire une fête de village ou un petit rendez-vous musical estival mais un vrai festival, avec des noms et des talents de la chanson ou de la musique qui font rêver et parlent à tout le monde », poursuit Bérengère Casanova. Tout en valorisant aussi le (riche) patrimoine paysager, patrimonial et humain des Hauts-Cantons.
Collines et soleil couchant
Accueillie avec enthousiasme par la municipalité de Villemagne, l’initiative séduit aussi ses voisines : Avène,
Graissessac, communauté de communes du Grand Orb, etc. pour mettre en place un réseau d’aide, de logistique et de mécénat bienvenu – les artistes sont ainsi logés gracieusement à l’hôtel Eau thermale de Pierre Fabre, à Avène. Les viticulteurs, producteurs et entreprises du territoire avancent leurs cartes (à leur mesure), « pour montrer que ce territoire, bien que rural, est vivant ».
En l’absence d’infrastructures dédiées, les organisateurs jouent du système D et de la débrouille. Ils font le pari de la saison estivale « pour limiter au maximum les aléas de la météo », inventent une grande scène de 160 m2 sur la friche qui jouxte l’abbaye : « Avec les collines en toile de fond et le soleil couchant lors des concerts, ça crée une atmosphère magique », sourit Alexandre Féchant, trésorier de l’association.
Créer des rencontres
Les artistes, eux, sont invités « à jouer le jeu de l’insolite et de la proximité ». Et ça marche ! La première édition, en 2024, rassemble 4 000 spectateurs au fil des quatre soirées proposées et tout autant en 2025. « On mixe les genres, avec une soirée classique, une pop-rock, une jazz et une chanson française ou internationale », reprend Bérengère Casanova. Sanseverino, André Manoukian ont illuminé l’été dernier.
Le village est à l’unisson : entièrement fermé aux voitures et rendu aux piétons, il offre food-truck, restaurant éphémère piloté par les bénévoles – « les juniors aux fourneaux et les seniors à la pluche » –, buvette, pour naviguer « de l’apéro-concert à la première partie, installée sur la petite scène de la place de l’église », jusqu’à l’invité principal.
Dans ce cœur battant, « des rencontres se créent, ajoute Marie-Hélène Lavastre, chargée de la communication. C’est ainsi que Murray Head a croisé Roland Romanelli, pianiste de Barbara et arrangeur de Jean-Jacques Goldman. Ensemble, ils ont interprété Le Sud, de Nino Ferrer, de façon totalement improvisée ». « C’est une démarche de politique culturelle au long cours, conclut Bérengère Casanova. On veut vraiment s’enraciner et faire rayonner le territoire ». Rendez-vous est pris pour juillet 2026.
Financement et rendez-vous hors saison
Pour financer son festival, outre les quelques subventions, le prix des places, la buvette et le restaurant éphémère, l’association Song d’une nuit d’été propose des masterclass musicales (tubas, voix lyriques…), « pour avoir un vrai partage autour de la musique. L’objectif est d’en avoir quatre sur quatre semaines durant l’été ». Elle noue également des partenariats avec les vignerons du terroir et propose des soirées thématiques hors saison. Le prochain rendez-vous est fixé à ce samedi 1er novembre avec un concert à la bougie, à l’église Saint-Majan, de Villemagne-l’Argentière. Ulrike Van Cotthem (soprano), Matthew Sharp (violoncelle) et Nathalie Steinberg (piano) proposeront des musiques et chants sacrés, profanes et traditionnels pour célébrer le culte des morts. Le concert sera suivi d’un dîner d’Halloween, également aux chandelles (mais il est complet). Autre ambiance, le vendredi 28 novembre, au cœur de l’abbaye avec une soirée cabaret de Montmartre. La chanteuse Laura Elko fera revivre les grandes heures du Lapin Agile ou du Chat Noir.
Réservations : www.songdunenuitdete.com.
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